15.11.2009

Identité nationale : une invention de Pasqua pour siphonner les voix de l’extrême-droite

pasqua et sarko.jpgEn 2007, Nicolas Sarkozy a réussi à amadouer une bonne partie de l'électorat de Jean-Marie Le Pen en lui promettant la création d'un Ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale.

Cette association de la question de l'immigration au thème de l'identité nationale, propre à flatter les passions nationalistes voire xénophobes d'une partie de l'opinion, fut considérée comme une invention diaboliquement habile du candidat Sarkozy.

Le patron de l'UMP n'a pourtant que réemployé une trouvaille, restée jusque-là inopérante, de son mentor neuilléen, Charles Pasqua.

Ce dernier avait en effet utilisé cette expression dans un but semblable près de vingt ans plus tôt, lorsqu'il préparait avec Jacques Chirac le débat télévisé précédant le second tour de l'élection présidentielle de 1988 (28 avril 1988).

 

debat-chirac-mitterrand.jpgJACQUES CHIRAC :

« S'agissant de l'immigration tout court, il faut la stopper, parce que nous n'avons plus les moyens de donner un travail à des étrangers. [...] S'agissant de l'immigration clandestine, il faut évidemment lutter contre cette immigration avec beaucoup d'énergie et reconduire les intéressés à la frontière ou les expulser. Ils ont pris leurs risques en venant chez nous de façon illégale, ils sont le vivier naturel, non pas en raison de leurs origines, naturellement, mais parce que ce sont des marginaux et qu'ils se cachent, ils sont le vivier naturel des délinquants, voire des criminels, il faut donc les expulser. [...]

Alors, je voudrais simplement poser une question : moi, j'ai fait voter des lois pour la sécurité [...] et contre l'immigration, et notamment l'immigration clandestine. En particulier, une loi très importante, celle du 9 septembre 1986 [1] relative aux conditions d'entrée et de séjour des étrangers en France. [...] Ma question est la suivante : les Français y sont sensibles, est-ce que votre intervention est de poursuivre ma politique dans ce domaine et, notamment, de maintenir la loi du 9 septembre 1986 ou, au contraire, votre intention est-elle de changer et, notamment, de la faire abroger dans l'hypothèse où vous seriez élu ?

C'est un problème d'identité nationale et de mode de vie des Français et de cohésion sociale. »

 

FRANCOIS MITTERRAND :

« Vous n'avez pas fait de clin d'œil, là, à personne ? » [2]

 

CHIRAC :

« Mais, moi, je n'ai pas changé ; j'applique une politique depuis deux ans, monsieur le Président [...] et là c'est en tant que Premier ministre que je l'ai fait. Maintenant, en tant que candidat, je dis à monsieur Mitterrand : qu'allez-vous faire ? Ma politique ou, au contraire, la vôtre ? »

 

MITTERRAND :

« Je vais vous répondre. Mais, est-ce la vôtre cette politique que vous venez de définir ? »

 

CHIRAC :

« Celle que j'applique depuis deux ans ... »

 

MITTERRAND :

« C'est cela, vous voulez dire celle qui pourrait réunir les 51 % dont parlait M. Pasqua l'autre soir ... »

 

Notes :

[1] La première « loi Pasqua » donne aux préfets le droit de prononcer la reconduite à la frontière des étrangers en situation irrégulière et rétablit le régime de l'expulsion tel qu'il existait avant 1981.

[2] Au premier tour de la présidentielle du 24 avril 1988, Jean-Marie Le Pen a réalisé un score important, de près de 15 % des voix. Afin d'additionner ce score à celui du candidat du RPR, Charles Pasqua convainc Jacques Chirac de droitiser davantage sa campagne et, surtout, de négocier directement avec Le Pen. La rencontre, organisée au domicile parisien d'un ami de Pasqua, se passe assez mal. Pourtant, le 1er mai, Le Pen appelle à faire barrage au socialisme en votant « pour le candidat résiduel », c'est-à-dire pour Chirac.

Pasqua 1987.jpgLe lendemain, dans Valeurs actuelles, Charles Pasqua déclare : « Sur l'essentiel, le Front national se réclame des mêmes préoccupations, des mêmes valeurs que la majorité. »

Après sa défaite au second tour, le 8 mai, Jacques Chirac lance à Pasqua : « Tu vois où tes conneries m'ont mené ... ».

 

Bibliographie :

Franz-Olivier Giesbert, La Tragédie du président : Scènes de la vie politique, 1986-2006, Flammarion, Paris, 2006, chapitre 5, pp. 36-41.

Face à face - Le débat télévisé au second tour de l'élection présidentielle (1974-1995), Textes rassemblés, Editions du Boucher, Paris, 2002 (téléchargeable en pdf)

 

01.11.2009

Les électeurs d'extrême-droite, c'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes ...

dupont_lajoie.jpgLe succès électoral de Nicolas Sarkozy en 2007 est dû, en grande partie, au siphonnage effectué auprès de l'électorat de Jean-Marie Le Pen. Ce n'est un secret pour personne : les cathos traditionalistes de St-Nicolas-du-Chardonnet, les nostalgiques rassis du pétainisme et, surtout, les Dupont Lajoie de bistrot ont massivement délaissé le borgne breton au profit de celui qui promettait de nettoyer la société française à grands jets de Kärcher, d'être intraitable en matière d'immigration, d'aller traquer la "racaille" jusque dans le génome, et d'instaurer un ministère de l'Identité nationale.

Que la polémique enfle au sujet du népotisme anti-républicain pratiqué par "le château", et l'on ressort aussitôt les vieilles marottes puantes, destinées non seulement à détourner l'attention des badauds mais aussi à flatter dans le sens du poil toute la multitude extrémiste que je viens d'évoquer plus haut. On se dépêche donc d'envoyer trois Afghans se faire embrocher sur les pals des Talibans avant d'annoncer à grands cris la tenue d'un grand débat sur l' "identité nationale".

Or, à défaut d'être un véritable homme d'Etat, Sarkozy est un politicien avisé : en tant que tel, il devrait se souvenir que les électeurs préfèrent toujours l'original à la copie. Du coup, le dernier sondage montre un Front national en progrès de trois points, à près de 10 % des intentions de vote aux régionales ... tandis que l'UMP perd deux points ainsi que la confiance d'une partie de l'électorat modéré.

Quand on joue avec le feu, on finit souvent par se brûler les doigts.

26.10.2009

Les Sarkozy et l'EPAD : reculer pour mieux sauter

népotisme.jpgFace à une levée de boucliers politico-médiatique qui commençait à trouver un écho (malgré les cloporteries des godillots de l'UMP) auprès des parents des classes moyennes dont les enfants ne trouvent pas de travail malgré leurs diplômes, Nicolas Sarkozy a fini par demander à son fils Jean (23 ans, aucun diplôme, aucune expérience professionnelle) de retirer sa candidature à la présidence de l'EPAD.

Mais le Dauphin sera tout de même un des administrateurs de cet établissement public stratégique. Le loup est donc bel et bien dans la bergerie : il ne reste plus qu'à trouver un quelconque élu UMP pour servir d'homme de paille afin de s'assurer de l'imbrication docile du quartier d'affaires dans les projets élyséens du "Grand Paris".

François Bayrou voit dans ce recul "un tournant", considérant que le pouvoir a cédé face au mécontentement du peuple.

Je ne partage pas vraiment cette dernière analyse. En réalité, Nicolas Sarkozy ne fait que reculer d'un pas après avoir, une nouvelle fois, "testé" l'opinion pour voir jusqu'où il pouvait aller dans ses tentatives quotidiennes de viol des valeurs républicaines. Quand l'opinion aura les yeux tournés vers un autre spectacle ou d'autres préoccupations, il avancera à nouveau de deux pas, acculant progressivement la République au précipice.

Louis-Napoléon 1849.jpgCette méthode, si l'on en croit l'historien Pierre Milza, était déjà celle du tout premier président, triomphalement élu, qui n'a fait que se servir de la République pour mieux l'assassiner :

"Les malheurs et les échecs avaient depuis l'enfance accoutumé Louis-Napoléon à dissimuler sa pensée, à ne pas dévoiler ses plans, à faire machine arrière lorsqu'il rencontrait une résistance trop forte, bien décidé à reprendre l'initiative une fois le danger écarté."

(Pierre Milza, Napoléon III, Perrin, 2004, p. 188-189)

20.09.2009

Les citoyens méritent quand même la cohérence

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[Illustration : Giovanni Benedetto Castiglione, L'Entrée des animaux dans l'arche, v. 1650-1664]

En écoutant l'émission L'Esprit public du 13 septembre, j'ai été amusé par l'intervention d'un des invités qui a comparé la majorité présidentielle à l'arche de Noé. Rappelons qu'à l'issue de l'épisode biblique, la myriade d'animaux embarquée par le vénérable ivrogne avait été sauvée de  la fureur du déluge et, par conséquent, de l'extinction. Dans le cas de la majorité présidentielle, il n'est pas exclu que certaines espèces se fassent dévorer par leurs compagnons de soute avant la décrue.

En effet, quoi de commun entre les laïcs radicaux-valoisiens et les catholiques ultraconservateurs de Mme Boutin ? Quoi de commun entre les ex-centristes pro-européens partis à la soupe et les souverainistes anti-européens de M. de Villiers ? Cela me rappelle un peu l'affiche de Sennep contre le Front populaire, sur laquelle le communiste Cachin fraternisait avec le radical Herriot et le socialiste Blum pour mieux les avaler goulûment. Dans le cas de la Droite de 2009, c'est bel et bien Sarkozy qui compte tenir le rôle de l'ogre. Mais attention aux indigestions ...

Cette étonnante et hétéroclite coalition devrait faire ses preuves dès 2010. Pour les régionales en Lorraine, la liste de l'UMP sera ainsi ouverte "du centre gauche à de Villiers" [Vosges Matin, 13/09]. Objectif ? Réaliser le plus gros score possible dès le premier tour afin de créer une dynamique pour le second tour.

Masseret.jpg

A gauche, le PS rêve de pouvoir réaliser le même grand écart acrobatique : « Qu’on se rassemble autour d’un compromis, jusqu’au MoDem, jusqu’au NPA ! » a récemment déclaré le président sortant de la région Lorraine, Jean-Pierre Masseret [Le Républicain lorrain, 13/09]. Il sait pourtant que les deux partis évoqués sont aussi conciliables que l'eau et l'huile. Le premier est humaniste et libéral, le second est extrémiste et antilibéral. Le premier tient à son indépendance, le second méprise le PS et exclut toute participation à l'exercice des responsabilités. Dans ces conditions, il paraît difficile à M. Masseret de coller, en faisant l'économie de tout choix politique et de toute cohérence, des alibis démocrates aux côtés d'alibis anticapitalistes sur la vitrine de l'unilatéralisme socialiste. Les communistes, eux, suivront (c'est leur seule chance de conserver leurs sièges), tandis que Les Verts, prenant leurs distances avec un Cohn-Bendit moins clivagiste, feront monter les enchères ... mais le MoDem, lui, restera indépendant.

[Illustration : Jean-Pierre Masseret en 2008]

Si nous, démocrates, avons renoncé à être l'armée de réserve "centre-droit" de l'UMP, ce n'est pas pour devenir les supplétifs "centre-gauche" du PS.

Nos électeurs comptent sur nous pour incarner et proposer une véritable alternative aux partis qui ont déjà eu l'occasion de faire leurs preuves. Nous ne devons pas décevoir cette attente, mais rester fidèles à nos valeurs, à notre impartialité, et construire un projet efficace pour nos régions. Un projet à défendre au premier tour ET au second. Une démarche cohérente, au service d'un projet cohérent.

12.09.2009

Polémique Hortefeux : l'exigence de transparence en question

hortefeux.jpgLe tumulte politico-médiatique suscité par les propos de Brice Hortefeux est disproportionné. Je pense que la plaisanterie en question joue sur les stéréotypes populaires : elle est par conséquent à prendre au second degré et ne doit pas être considérée comme une remarque raciste. Bien au contraire. N'oublions pas, d'ailleurs, que M. Hortefeux fait tout pour faire oublier son passage au ministère de l'Identité nationale (dont il faut tout-de-même signaler l'intitulé vichyssois, destiné à contenter un certain électorat) en posant en cosmopolite (le passeport béninois qu'il exhibe fièrement) et en antiraciste redresseur de torts (mise à la retraite expéditive d'un préfet accusé de xénophobie).

Les gesticulations de la vieille gauche m'amusent : elle s'est à nouveau engoufrée dans cette vaine polémique sans aucun recul mais avec un mélange de mauvaise foi opportuniste et de précipitation hystérique. Une aubaine pour se voir attribuer un certificat d'antiracisme (car à gauche, c'est bien connu, il n'y a pas de racistes) ou faire oublier les "révélations" sur les magouilles électorales internes au PS ?

Rappelons un précédent récent, quand une plaisanterie de Sarko sur Zapatero avait été présentée  par certains socialistes comme une insulte. Replacée dans son contexte, la boutade était cependant favorable au chef de gouvernement espagnol.

La Gauche aurait-elle perdu son sens de l'humour ? Sa culture politique et son discernement seraient-ils altérés par un visionnage intempestif des Guignols de l'Info ?

Il est vrai que les justifications de M. Hortefeux ont été pour le moins maladroites et peu convaincantes.

Cependant, même si les propos en question n'avaient, au fond, rien de raciste, il faut reconnaître que M. Hortefeux et ses amis politiques partagent une certaine responsabilité dans cet emballement médiatique.

En effet, de tels "buzz" ne sont possibles que dans un système politique où la forme et la communication prête-à-avaler priment sur le fond et sur les discours structurés et sincères. Si les responsables politiques s'adressaient plus souvent à leurs concitoyens avec un langage de vérité, sans les infantiliser ou les prendre pour des imbéciles, sans manier une langue de bois qui brouille tous les repères ... alors, les Internautes et les médias "traditionnels" n'en seraient pas réduits à fouiller les poubelles pour essayer d'y trouver des indices de la pensée authentique d'un ministre.

De même, un tel tumulte n'est possible que si les canaux d'information vitaux à la démocratie sont manipulés par le pouvoir : Internet doit alors prendre le relais et devient ainsi un défouloir où les vérités manquantes, réellement précieuses, se mêlent malheureusement à des analyses plus discutables, voire à de véritables tentatives d'intox'.

Ce n'est donc pas un prétendu abus de l'exigence de transparence qu'il faut dénoncer. C'est, au contraire, un pénible manque de transparence et de lisibilité politique et médiatique qui m'inquiète aujourd'hui.

Je ne partage donc pas du tout les déclarations d'Henri Guaino, conseiller et "plume" de Sarkozy, qui s'est exprimé récemment sur l'affaire Hortefeux :

« La transparence, ça veut dire qu'il n'y a plus d'intimité, plus de discrétion ; plus rien n'a d'épaisseur dans la transparence, à commencer par les êtres humains (…) on n'est plus responsable de rien, il faut juste faire attention de ne jamais rien dire. (...) La transparence absolue, c'est le début du totalitarisme. »

Ces propos, d'autant plus hypocrites qu'ils émanent d'un spécialiste de la com' trompeuse (Sarko héritier de Jaurès et de Blum, c'est de lui !), me rappellent étrangement ceux de M. Devedjian, qui essayait de minorer une insulte viriliste proférée - bien joué ! - dans la cour de l'Assemblée nationale et devant une caméra de télévision :

"la façon dont mes propos ont été diffusés et visionnés par des millions d’internautes pose quand même un vrai problème : si plus rien n’est privé, si tout doit être totalement transparent, le totalitarisme n’est pas loin et la liberté individuelle vraiment menacée".

J'avais commenté ces propos dans une de mes premières notes, que je me permets de rediffuser ci-dessous :

L'exigence de transparence : totalitarisme rampant ou garantie de démocratie ? [5 juillet 2007]

Sur son blogue, M. Devedjian s'excuse pour sa "grossièreté détestable à l’égard d’Anne-Marie Comparini".
Cependant, là où l'homme politique responsable clorait l'affaire par un pudique point final, le polémiste sans vergogne se croit obligé de retourner une contre-accusation à tous ceux qui ont légitimement condamné son insulte :
"la façon dont mes propos ont été diffusés et visionnés par des millions d’internautes pose quand même un vrai problème : si plus rien n’est privé, si tout doit être totalement transparent, le totalitarisme n’est pas loin et la liberté individuelle vraiment menacée".

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Que répondre à cela ? Tout d'abord, qu'il est peu de lieux qui soient moins privés que le parvis vénérable du Palais Bourbon, sanctuaire de notre démocratie. Il ne s'agit donc pas de vulgaires propos de couloirs, surtout si l'on considère que M. Devedjian s'adressait ainsi à un représentant du peuple français en plein exercice de ses responsabilités.

L'argument de M. Devedjian pose néanmoins une question fondamentale : l'exigence de transparence, manifestée par de nombreux citoyens et en particulier par les internautes, est-elle incompatible avec les libertés individuelles garanties dans toute démocratie qui se respecte ? Autrement dit, l'oeil scrutateur d'Internet et la mémoire implacable de ce nouveau média sont-ils à cet égard les prémices d'un Big Brother qui émanerait de l'avidité des masses ?

Nous ne le pensons pas.

Et cela essentiellement pour deux raisons.

Tout d'abord, le recul de l'indépendance des médias traditionnels (les récentes tribulations du Monde ou des Echos sont là pour démontrer la réalité de la menace) nécessite la création de nouveaux espaces médiatiques, au sein desquels l'Internet, s'il respecte des critères éthiques et méthodologiques stricts, peut occuper une position crédible et privilégiée.
Ensuite, il faut reconnaître que l'opacité est nuisible à la démocratie, comme nous le rappellent ces jours-ci les relents nauséabonds de l'interminable affaire Clearstream, avec ses coups-fourrés, ses corbeaux haut-placés et ses obscures manipulations.
La démocratie nécessite au contraire que les paroles, les décisions et les actes, surtout lorsqu'ils émanent d'élus du Peuple ou d'autres grands serviteurs de ce dernier, puissent être librement examinés et débattus sur la place publique.
La démocratie ne craint pas la lumière, contrairement aux vrais totalitarismes, qui produisent l'ombre et l'obscurité comme les nuées fourbissent l'orage, et qui ont un besoin vital de cette opacité pour dissimuler leur honteuse illégitimité.

Joseph

06.09.2009

Xavier Bertrand a de nouveau raté une bonne occasion de se taire

xavierbertrand.jpgSacré Xavier Bertrand !

Depuis l'Université d'été des Jeunes populaires (jeunes UMP) à Seignosse, il a cru bon de critiquer François Bayrou en affirmant que ce dernier "a tourné le dos à l'idéal européen". Idéal qui, aux dires du secrétaire général de l'UMP, serait aujourd'hui défendu par Nicolas Sarkozy.

Il est vrai qu'avec le souverainiste anti-européen Philippe de Villiers dans la majorité présidentielle, le sarkozysme a tout pour plaire aux europhiles !

19.08.2009

Brève de comptoir : les alliances de l'UMP

L'alliance de l'UMP avec le parti des chasseurs en vue des régionales de 2010 et de la présidentielle de 2012 ?

 

Normal. Continuité stratégique :

 

Aux européennes, leur meilleur allié a bien été le parti des pêcheurs ...

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05.08.2009

UMP-PPE : le Conservatisme libéral entre deux chaises

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Après avoir envoyé un bulletin d'adhésion aux restaurateurs concernés par la baisse de la TVA, l'UMP va-t-elle faire de même avec les producteurs de fruits et légumes ? Elle pourrait en effet glisser le précieux sésame dans l'enveloppe contenant la lettre du ministre de l'agriculture ... lettre réclamant le remboursement d'un demi-milliard d'euros de subventions versé contre l'avis de la Commission européenne.

Cette dernière, présidée par le conservateur ultra-libéral Barroso vient en effet de tirer l'oreille du mauvais élève français, qui a de nouveau oublié de respecter le principe de la libre concurrence non faussée. Ce principe est pourtant un aspect fondamental de la doctrine néo-libérale propre aux partis de Droite européens (dont l'UMP) coalisés dans le PPE (Parti populaire européen), grand vainqueur - abstention aidant - des dernières élections européennes.

Or, ce même principe entre en contradiction avec la vieille tradition agrarienne et protectionniste de la Droite française. Une Droite pour laquelle le monde agricole a toujours constitué une rentable assise électorale.

Cette contradiction embarrasse l'UMP, qui risquerait fort de perdre une peu de sa "popularité" en se montrant trop inflexible sur les principes ou trop respectueuse et solidaire des décisions européennes ... que ses membres ont pourtant consignées. Tout laisse supposer que le noeud gordien sera tranché de la manière classique : les "clients" du pouvoir seront plus ou moins épargnés, tandis que la note sera généreusement réglée par le contribuable (c'est-à-dire exclusivement par les classes moyennes).

On pourra toujours leur servir la sempiternelle antienne :

"C'est la faute à Bruxelles !"

29.07.2009

Les anomalies du redécoupage électoral

Salamander_2.jpgLes circonscriptions électorales nécessitaient un redécoupage. Le Conseil constitutionnel l'exigeait depuis une vingtaine d'années en raison des transformations démographiques. Il s'agissait donc de créer de nouvelles circonscriptions dans certaines zones très peuplées mais sous-représentées à l'Assemblée nationale, et, parallèlement, de supprimer certains "bourgs-pourris" dépeuplés.

Sur cette base logique, l'entreprise de redécoupage aurait pu être parfaitement consensuelle.

Or, plusieurs points légitiment la polémique :

1. Le chantier a été confié à des membres de l'actuelle majorité : cette dernière se retrouve ainsi juge et partie. Membre de l'UMP (dont il était "secrétaire national aux élections"), M. Marleix ne pouvait qu'être suspecté de préjugés partisans ... alors qu'une réforme de cette ampleur aurait du être confiée de A à Z à une personnalité neutre ou, à défaut, à une commission parfaitement mixte sur le plan politique.

circonscriptions.jpg2. Les électeurs sont libres : ils n'appartiennent à personne et peuvent voter, s'ils le souhaitent, contre leurs intérêts socio-professionnels et contre leurs intérêts de classe (ce qui s'est d'ailleurs largement produit en 2007). Ceci dit, les difficultés rencontrées par M. Marleix pour faire accepter par ses amis politiques la suppression de 15 circonscriptions actuellement détenues par la majorité (contre 18 à l'opposition) démontrent le poids des calculs partisans qui s'effectuent en prenant en considération le profil sociologique et politique propre à chaque zone.

3. On parle d'un critère objectif de 125 000 habitants par circonscription.

Or, pourquoi prendre en compte le nombre d'habitants plutôt que le nombre d'électeurs ? Je ne suis pas sûr que cela revienne absolument au même.

4. Ce critère ne semble pas avoir été appliqué partout. Si l'on regarde la situation des Vosges, département peuplé de moins de 380 000 habitants, on ne peut que s'étonner de la persistance de quatre circonscriptions : 380 000 / 125 000 = 3 (et des poussières). Or, ces quatre circonscriptions sont actuellement détenues par la majorité, dans un département où le poids politique d'un ancien président du Sénat reste très important : dans ces conditions, on peut se poser des questions sur l'impartialité du redécoupage.salamandre-bleue.jpg

5. A nombre de députés constant (577), on va créer 11 sièges pour représenter les "Français de l'étranger". Outre le fait que ces derniers sont plutôt favorables à la Droite, on peut s'interroger sur la légitimité de telles circonscriptions extra-territoriales. En quittant son pays, auquel il ne verse donc plus d'impôt et à l'économie duquel il ne contribue plus, un citoyen expatrié (quelquefois par volonté d'évasion fiscale) a-t-il autant de légitimité dans le débat démocratique qu'un citoyen vivant sur le territoire national ? On pourra objecter à cette remarque le principe suivant : les députés représentent des électeurs et non des territoires. Or, pourquoi ne pas rattacher dès lors ces expatriés à leurs circonscriptions d'origine ?

Tous ces points posent problème et font de cette réforme une usine à gaz contestable et contestée, mettant ainsi en cause la légitimité et la représentativité des députés qui seront élus en 2012.

Il y aurait bien un moyen de sortir de ce débat inextricable tout en renforçant la représentativité de la Chambre basse, mais il irait à l'encontre du monopole concerté de l'UMPS : l'adoption du scrutin de liste avec une part non négligeable (à définir) de proportionnelle. Dans ce cas, il n'y aurait plus de circonscriptions, plus de "bourgs-pourris" partisans, et tous les électeurs auraient le même poids !

Joseph

26.01.2009

Ça sent la carotte râpée !

Grande offensive médiatique de Roger Karoutchi ce week-end : après avoir fait savoir à l’avance qu’il révèlerait publiquement son homosexualité sur TF1, organe télévisuel du gouvernement, il est apparu dans une émission de France 5 pour vanter les mérites de ses programmes favoris : les séries Stargate (« la porte des étoiles », s’il vous plaît, et pas « Stargate - Atlantis », hein !) et Plus belle la vie, ou encore les chaînes diffusant en boucle des vidéoclips crétins ...
Voici donc un agrégé de Lettres qui a les mêmes goûts que les moins développés de mes collégiens ! De quoi permettre à la « France d’en bas » de s’identifier à la geste du secrétaire d'État, en rivalité avec Valérie Pécresse pour l’investiture de l’UMP aux prochaines régionales.

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Au passage, cela me rappelle un certain député de Seine-Maritime, qui révéla en 2003 qu’il vouait une coupable passion à la Star Academy (à force de « garder les gosses » ?) et aux carottes râpées.
Cet assaut de démagogie beaufisante ne le mena cependant nulle part ...

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Grâce à ces deux exemples (mais on pourrait les multiplier), on peut donc observer un double mouvement paradoxal dans la communication politique actuelle : on érige le personnage au-delà de son statut de citoyen en le starisant, en le « people-isant » ... tout en lui inventant une vie quotidienne « ordinaire » qui le rapprocherait de la « base » en le rendant plus humain.

Outre la comm’ pure et dure, il y a une autre vertu à la mise en avant des aspects anecdotiques ou triviaux de l’intimité des hommes et femmes politiques : cela leur permet d’apparaître dans les médias sans évoquer les questions qui fâchent.
Ainsi, quand la France s’émeut d’apprendre que M. Karoutchi est « heureux » avec son compagnon, elle ne s’émeut pas des restrictions apportées à l’expression des parlementaires dont M. Karoutchi est précisément l’interlocuteur gouvernemental.
De la même manière, la médiatisation de la naissance de la petite Dati a permis d’ « obstruer » (on entend beaucoup le mot « obstruction » en ce moment) l’actualité politico-judicaire de sa maman, actualité marquée par la disparition programmée des juges d’instruction.

Alors chère « France d’en bas », consomme, aime, passionne-toi pour la vie « privée » de tes gouvernants, regarde TF1 et sa Star Ac’, sans oublier le foot, garde du temps de cerveau disponible pour rêver de coca-cola ou de carottes râpées toutes préparées ... et ignore allègrement que, pour les Libertés et la République sociale, ces carottes sont bel et bien cuites.


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Joseph

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