14.06.2009
Les Très Riches Heurts du conseil municipal de Saint-Dié (III) : " Drôle de démocratie ! "
Le ton avait été donné dès lundi soir.
Dès l'annonce, par le Conseil d'Etat, de la validation du scrutin de 2008 et de l'invalidation de l'élection de Damien Parmentier, les bouchons de champagne étaient venus heurter les lambris de l'hôtel-de-ville, célébrant le soulagement de ceux qui craignaient devoir affronter, dans des conditions incertaines, la sanction du suffrage universel. A ce sentiment de soulagement avait rapidement succédé la tentation du triomphalisme. En effet, sitôt la bacchanale terminée, plusieurs affidés de Christian Pierret avaient bondi au volant de leur véhicule pour faire le tour de la ville en klaxonnant, histoire de marquer leur territoire à grand renfort de combustion d'énergies fossiles. Ce qui n'avait pas manqué de me rappeler cette expression imagée : "aller droit dans le mur ... en klaxonnant" (expression qui bien pourrait s'appliquer à la gestion de la ville par la "majorité").
D'autres blogueurs (pro-Pierret et anti-Pierret) ont déjà raconté, à leur manière, ce grotesque spectacle.
Le message était clair : l'ange gardien du Pierretisme étendait à nouveau son ombre sur la cité de Déodat. En faisant ainsi bruyamment crisser ses sombres élytres, il intimait aux opposants l'ordre de se taire à jamais.
Dans ces conditions, le conseil municipal de ce matin ne pouvait que pâtir d'une ambiance délétère. Et il en fut - malheureusement - ainsi.
Vice de forme
Arrivés en nombre par une entrée de service, les supporters de Christian Pierret occupaient les premiers rangs. En prenant le micro, M. Pierret avait peut-être en tête les lumineux discours d'un Blum et les glorieuses tribunes d'un Jaurès. Or, quand ses supporters se levèrent à son entrée en frappant frénétiquement des mains et en criant "Christian ! Christian !", on se serait davantage cru à un spectacle de Bigard ou de Patrick Sébastien. Le show pouvait commencer.
Le point principal de l'ordre du jour concernait le remplacement, à la table de l'opposition, de Damien Parmentier par son colistier Michel Boulet. Or, le conseil municipal ayant été convoqué et réuni avant la notification préfectorale de ce remplacement aux principaux intéressés, c'est la légalité de la séance toute entière qui est remise en cause par les membres de l'opposition.
Par respect des règles républicaines, Michel Boulet a par conséquent refusé de s'asseoir à la table du conseil.
Pendant ce temps, Christian Pierret lut et commenta le communiqué du Conseil d'Etat, se réjouissant de la décision de la plus haute juridiction administrative de l'Etat. Or, quelques minutes plus tard, évoquant une prétendue collusion entre l'opposition et le préfet, il affirma l'existence d' "une dérive dans l'impartialité de l'Etat". Je vous laisse, lecteur, le soin de démêler ce nouveau noeud d'incohérence ...
Triomphe de la "majorité"
Ce conseil à la légalité contestée fut l'occasion, une fois n'est pas coutume, d'un nouvel exercice d'auto-célébration.
Christian Pierret a en effet félicité son équipe pour le travail accompli depuis mars 2008, soulignant que cette équipe "serre bien la ville, et serre bien les Déodatiens" (l'exactitude orthographique de ma retranscription n'est pas garantie, je tiens à le préciser).
Plus tard, l'adjointe Lovely Chrétien a également affirmé qu'en un an "tous [leurs] projets sont sortis de terre". A ces mots, une partie de l'auditoire n'a pu s'empêcher d'avoir une pensée émue pour l'hôtel de la Banque de France ou, surtout, pour le complexe Nova America, qui a tout de même goûté une bonne pelletée d'humus lors du dernier conseil.
Sérénité démocratique ou diffamation ?
Protestant au début de la séance pour avoir la parole, les membres de l'opposition s'attirèrent les élégantes remontrances de M. Pierret : "M. Benoît, vous pouvez rejoindre la région d'Amiens ! Et M. Parmentier celle d'Epinal ...". Le parterre des spectateurs pierretistes manifesta alors bruyamment son contentement.
Afin de rappeler l'assemblée à davantage de dignité, Serge Vincent obtint enfin la parole pour demander au président de ce conseil de faire respecter une ambiance plus propice à un débat démocratique serein. Cette demande fut accueillie par des quolibets.
C'est alors que Christian Pierret voulut se montrer magnanime envers celui qui a été éloigné de la table, M. Parmentier, et menaçant envers l'autre leader de l'opposition, M. Vincent. Il déclara en effet "respecter" le premier, affirmant que les documents de campagne de la liste Pierret étaient conformes à ce "respect" républicain. Sur ce point, je me permets de reproduire ci-dessous la profession de foi de ladite liste, afin de vous laisser apprécier le "respect" témoigné par M. Pierret à ses adversaires.
Dans un second temps, M. Pierret annonça publiquement qu'il venait de "déposer plainte au pénal pour diffamations et injures" et que des "mises en examen" auraient lieu.
D'où viennent ces accusations de diffamation ? Les documents de campagne des groupes de l'opposition, encore accessibles sur leurs blogs respectifs, ne peuvent être mis en cause.
A propos de diffamation, Jean-Louis Bourdon rappela que c'est bien Christian Pierret qui avait annoncé publiquement (le 11 mars 2008, sur les ondes de radio France) la présence de deux membres du Front national sur la liste de M. Vincent ... or, à la lecture des conclusions du Conseil d'Etat à propos de cette accusation mensongère, on apprend que M. Pierret et ses amis "admettent qu’elle était dénuée de fondement".
Définition du verbe "diffamer" selon le Larousse : "Porter atteinte à la réputation d'une personne ou d'un corps constitué, par des paroles ou des écrits non fondés, mensongers" ...
Placé devant ses propres contradictions par la remarque pertinente de M. Bourdon, et ne sachant que répondre, Christian Pierret fit appel à sa stratégie préférée : l'esquive. Il se garda ainsi de répondre à l'élu de l'opposition et préféra affirmer, sans qu'aucun document ne puisse étayer ses propos, que les partisans de M. Vincent ou ceux de M. Parmentier avaient fait circuler une rumeur selon laquelle M. Pierret aurait acheté des voix en échange de téléphones portables. Or, cette accusation grotesque n'a jamais été diffusée par l'opposition, et je mets au défi quiconque de me prouver le contraire.
"Drôle de démocratie !"
Comme Damien Parmentier était membre de plusieurs commissions municipales, un point de l'ordre du jour portait sur la nomination de nouveaux commissaires municipaux. A la consternation de l'opposition et d'une partie de l'auditoire, M. Pierret et ses adjoints se mirent alors à jouer un étrange sketch, nommant arbitrairement des membres de l'opposition à ces postes avant de faire voter la "majorité" en faveur de ces propositions ... Et tout cela malgré les dignes protestations des intéressés, qui avaient beau signaler qu'ils n'étaient pas candidats. "Vous pourrez toujours démissioner !" leur répondit M. Pierret.
Peu entendu en raison de son micro coupé, M. Bourdon émit à cette occasion une remarque qui résume assez bien l'ensemble de la séance : "Drôle de démocratie !"
Joseph
16:07 Publié dans Saint-Dié | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : saint-dié, pierret, parmentier, vincent, boulet, bourdon, démocratie
20.04.2008
Le mur (ou la grande muraille) du çon ...
... franchi par Christophe Girard, adjoint (PS) au maire de Paris chargé de la culture, qui a déclaré au JDD :
"La Chine s'est éveillée et elle ne manquera pas de nous émerveiller. C'est un pays qui est en train d'inventer sa propre démocratie dans un contexte culturel que parfois les Occidentaux ne connaissent pas ou ne comprennent pas".

Une nouvelle forme de "démocratie", en somme, avec un Parti unique, sans élections libres, où les opposants sont traqués et emprisonnés par une justice arbitraire, où toute liberté d'expression est proscrite ... il fallait l'inventer, M. Girard l'a fait !
Il pourrait également déclarer que le gouvernement chinois invente ses propres Droits de l'homme et, partant, une nouvelle forme d'humanité dont la dignité, les aspirations, les sentiments et les droits fondamentaux seraient totalement différents de ceux du reste du monde.
Or les Droits de l'homme ne sont pas une vision occidentale ethnocentrée de l'humanité : ils s'adressent depuis 1948 à l'ensemble de la communauté internationale.
Un être humain est un être humain, à Paris comme à Pékin, à New-York comme à Lhassa. Tous les hommes, quelque soit leur origine, doivent avoir le droit de vivre en paix et de pouvoir s'exprimer librement.
Et l'aboutissement politique de ces principes n'est autre que la démocratie, régime qui ne peut que s'ébaucher par une démocratisation que la Chine n'a pour le moment appliquée que dans son modèle de consommation, gardant dans la sphère politique et sociale les bonnes vieilles habitudes dictatoriales et totalitaires.
Si nos modèles politiques "occidentaux" ne sont pas forcément transposables tels quels dans des pays en développement dont les systèmes de valeur diffèrent souvent sensiblement des nôtres, je reste persuadé que la démocratie est le seul régime capable de respecter et défendre les droits fondamentaux et inaliénables qui appartiennent à tous les êtres humains sans distinction.
Concernant l'essentiel, il n'y a aucune exception culturelle acceptable.
22:30 Publié dans Monde | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Christophe Girard, Chine, Droits de l'homme, démocratie
09.04.2008
Flamme de la honte à l'Est ...
Il y a quelques mois, ce blogue prenait déjà parti contre la tenue des Jeux Olympiques dans la capitale du régime dictatorial chinois : http://orangedemocratique.blogspirit.com/archive/2007/08/...
Huit mois plus tard, la question est plus que jamais d’actualité, suite aux manifestations qui ont émaillé le parcours de la flamme olympique, depuis sa naissance à Olympie jusqu’à son étape californienne, sans oublier le pathétique épisode parisien (où la délégation chinoise, après avoir éteint la flamme par réflexe sécuritaire, n’a pas hésité à « boycotter » une personnalité officielle telle que le maire de Paris ; où certains policiers français ont poussé le zèle jusqu’à dérober les drapeaux brandis par les manifestants ...), ces derniers incidents témoignant parfaitement du malaise suscité par les questions chinoises dans les opinions et les sphères politiques occidentales.
Si le détonateur a été l’indignation provoquée par la barbare répression du mouvement d’émancipation tibétain, il ne faut pas oublier non plus [comme le rappelle KAG] les autres violations graves des droits de l’homme commises par le régime de Pékin.
Celles-ci se manifestent notamment par la traque des opposants politiques, des internautes trop curieux et des journalistes (voir les emprisonnements récents d’Yang Chunlin ou d’Hu Jia, condamnés arbitrairement à cinq et trois ans de réclusion pour « subversion »), ou encore par les continuelles entraves à la liberté de conscience (qu’il s’agisse des catholiques ou des bouddhistes, brimés ou ostracisés par le pouvoir en place).
Sans parler de la violation permanente des valeurs démocratiques (nées, notons-le en passant, dans le même pays et à la même période que l’Olympisme) que constituent un régime dominé par un Parti unique ou encore l’absence de tout espace de débat ...


Est-ce faire preuve de racisme « anti-Chinois » (ou « anti-Han ») que de rappeler ces quelques faits ? Certainement pas, dans la mesure où les opposants à cette dictature inique, née du mariage monstrueux entre le totalitarisme communiste et le cynisme capitaliste ultra-libéral, ne sont pas seulement des Tibétains ou des membres d’autres minorités culturelles, mais également des Hans qui subissent quotidiennement les méfaits du gouvernement et de ses complices.
Contrairement à François Bayrou (le premier, ne l’oublions pas, à avoir évoqué l’éventualité d’un boycott, lors de sa campagne présidentielle), qui a récemment estimé sur les ondes d’RTL que la Chine était « extraordinairement sensible à ce qui se dit et ce qui se fait », je pense que les dirigeants chinois ne sont pas si sensibles que cela aux valeurs ou aux symboles qui les véhiculent, tant l’image de puissante respectabilité qu’ils s’efforcent de se donner est avant tout à but commercial.
Un exemple de cette absence de scrupules et de cette insensibilité aux principes fondamentaux : Pékin soutient sans vergogne le régime soudanais dont les exactions au Darfour ont soulevé l’opinion publique occidentale.
Dans cette optique, les barouds d’honneur symboliques n’ont que peu de poids, qu’il s’agisse des menaces d’absence de chefs d’Etats lors de la cérémonie d’ouverture (absence de toute façon inefficace pour un petit pays comme la France si elle n’émane pas d’une résolution de l’ensemble des Etats de l’Union européenne) ou, de façon encore plus anecdotique et timorée, le « pour un monde meilleur » [ou « douillet », cf. Grozbulles] arboré sur les badges des athlètes français. Ces actions symboliques sont d’autant plus inutiles – les récents événements nous l’ont rappelé – que la censure et la propagande chinoises contrôlent, bloquent ou déforment toutes ces initiatives avant que leur principal destinataire, le peuple chinois lui-même, en soit informé.

Il faut donc frapper le régime de Pékin et ses complices là où cela leur fera vraiment mal : au porte-monnaie.
Pour ce faire, outre un boycott pur et simple des événements olympiques de l’été prochain, il faudrait également ostraciser ponctuellement, le temps des Jeux, les produits chinois (ce qui n’est pas facile, j’en conviens) ainsi que tous les sponsors (asiatiques ou occidentaux) de ces Jeux de la Honte et, enfin, ne regarder aucune des cérémonies ou épreuves diffusées à la télévision. A défaut de toucher directement Pékin, on s’en prendrait à la stratégie actuelle de ceux qui, par appétit mercantile, font qu’un tel régime puisse encore exister et prospérer au XXIe siècle : les grandes firmes multinationales qui, en acceptant de collaborer avec cette puissance implacable, font passer leurs profits mondialisés avant le respect de la dignité humaine.
13:56 Publié dans Monde | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : JO, J.O., Pékin, Chine, Bayrou, démocratie, politique
18.03.2008
"Digne et posée" ...
Lu aujourd'hui sur le blogue d'Olivier Caspary (MoDem) :
" Merci à toutes les électrices et à tous les électeurs qui ont voté pour notre liste [Passionément pour Saint-Dié, étiquette PS] lors de ce second tour de scrutin. La campagne fut menée par une équipe dynamique et dévouée qui a toujours su rester digne et posée. Bref, une victoire avec panache !
Tous les noms des conseillers ont été cités hier soir à l'Espace Mitterrand, y compris ceux de l'opposition, afin que nous soyons tous sur l'estrade. Un seul était absent et a été copieusement hué à juste titre... La nouvelle équipe Christian Pierret ne va pas tarder à se mettre au travail. "
Intéressant n'est-ce pas ? La même personne, qui déclare faire partie d'une équipe "digne et posée", ne s'offusque pas qu'un élu du peuple soit "copieusement hué" ...
Cherchez l'erreur.
Vous l'avez trouvée ?
L'erreur réside dans l'attitude d'une personne qui se réclame du Mouvement démocrate et qui n'a pas hésité à rejoindre un maire sortant pourtant très loin d'être un modèle de démocratie, comme en témoignent son attitude lors des conseils municipaux (où les élus de l'opposition -droite, centre indépendant et PCF- étaient traités avec une intolérance et une injustice criantes) ainsi que l'ignoble campagne de dénigrement menée contre ses opposants ces derniers jours.
La contradiction choquante contenue dans les propos cités plus haut représente bien le climat délétère instillé par son équipe dans la campagne municipale de Saint-Dié-des-Vosges.
Quand on n'hésite pas à manier la rumeur et le mensonge, en prétendant à tort que son adversaire est inéligible ou qu'une liste concurrente constituée de citoyens sans étiquette comporte en fait deux adhérents du Front national (je vous laisse imaginer l'impact d'un tel mensonge), on ne peut être considéré comme un démocrate.
A Saint-Dié, le Mouvement démocrate a été traîné dans la boue par cette compromission révoltante, compromission qui a contribué à la défaite d'une coalition transpartisane de femmes et d'hommes de gauche, centre-gauche, centre, centre-droit et droite qui rêvaient de faire progresser leur ville et d'y rétablir une véritable démocratie ainsi qu'une gestion plus saine.
En tant que membre du MoDem, je ne regrette pas d'avoir fait partie de cette coalition progressiste et démocrate. Je ne regrette pas d'avoir participé à une campagne digne et honnête, respectueuse des électeurs car fondée sur la transparence et la vérité.
J'aurai l'occasion de revenir plus longuement sur toute cette campagne dans une prochaine note.
En attendant, je tiens à remercier toutes les personnes qui m'ont accordé leur confiance, et je tiens également à encourager tous les vrais démocrates - qui ont un peu souffert ces jours-ci - à ne pas baisser les bras : c'est un combat de David contre Goliath, et cela nous le savions déjà.
Mais nous savons aussi, qu'un jour, l'ogre philistin du sectarisme et de la démagogie sera à terre.

Démocratiquement vôtre,
Joseph
18:45 Publié dans Municipales 2008 | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Saint-Dié, Vosges, municipales, politique, MoDem, démocratie
06.01.2008
MMVIII
Chers lecteurs,
C'est après un mois d'une absence blogosphérique émaillée de nombreux doutes, enthousiasmes, désillusions, découragements, espoirs, colères ...etc. que je reprends la plume (ou, plutôt, le clavier) pour vous souhaiter à tous une excellente nouvelle année, une année 2008 non seulement riche en bonheur pour vos proches et pour vous-mêmes, mais également abondante en succès dans tous vos projets.
Certains d'entre vous auront remarqué que ce blogue a connu un changement "cosmétique".
Je peux déjà vous dire que cette mue, superficielle en apparence, annonce des changements plus profonds quant à l'orientation de ce carnet de bord électronique, orientation qui n'est pas sortie indemne de ce mois de réflexion.
Pas indemne certes, mais, paradoxalement ... renforcée.
Ainsi, à la paisible et plutôt consensuelle "Orange démocratique" des temps de fondation et de spéculation succède à présent l'"Orage démocratique" des temps d'action et de confrontation : plus indépendant sur le fond et dans le ton, moins "modémocentré" et modéré, mais toujours - et plus que jamais - farouchement démocrate.
A bientôt,
Joseph
11:22 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : Blog, démocratie, MoDem, 2008, municipales, politique, France
30.09.2007
Les démocrates face à l'équation lyonnaise : l'heure des choix appelle celle de la plateforme
Nous avons déjà parlé de Lyon, où le MoDem cherche sa stratégie municipale.
Il est vrai que la deuxième ville de France est tenue solidement par le sénateur PS Gérard Collomb, mais l’érosion de son propre parti politique obligera sans doute le maire sortant à miser sur une tactique d’ « ouverture », tout comme son challenger UMP, Dominique Perben, qui peine déjà à rassembler la droite locale [1].
Et les regards de se tourner vers les centristes d’hier et les démocrates d’aujourd’hui ...
Flash-back (printemps 2006) : L’indépendance à tout prix
La question avait déjà été évoquée il y a bientôt un an et demi.
Le MoDem n’existait pas encore, mais l’UDF avait déjà affirmé, dans le droit fil du congrès ... de Lyon (28-29 janvier 2006), son indépendance absolue vis-à-vis des autres grands partis comme l’UMP ou le PS, et une partie de ses élus avait même déclaré sa défiance au gouvernement UMP du moment en prenant part au vote de la motion de censure du 16 mai 2006.
Encouragé par ce nouvel élan de non-alignement visant principalement – il faut bien l’admettre – la traditionnelle alliance avec la Droite RPR-UMP, Gilles Vesco, un cadre UDF lyonnais (vice-président du Grand Lyon), s’était alors prononcé pour un rapprochement avec Collomb, afin de contrer un Dominique Perben considéré comme le mercenaire d’un gouvernement UMP honni.

Résultat : Vesco avait été immédiatement suspendu par le président départemental de l’UDF, le sénateur Michel Mercier (président du groupe centriste à la Chambre haute), un fidèle de François Bayrou.
Michel Mercier (tête de la liste UDF lyonnaise en 2001) reprochait en effet à M. Vesco d’avoir transgressé la nouvelle règle d’indépendance (au profit du PS, cette fois ci) et d’avoir sous-estimé les capacités d’une stratégie UDF 100 % autonome.
Marielle de Sarnez, vice-présidente de l’UDF, avait alors conclu : « L’UDF veut l’autonomie et l’indépendance. A Lyon, Anne-Marie Comparini fera une très bonne candidate ». [2]
Aujourd’hui (automne 2007) : Quelle stratégie ? Quelle tête de liste ?
Coup de théâtre : Battue (puis odieusement insultée) par la droite lors des dernières élections législatives, Anne-Marie Comparini décide de se retirer de la vie politique et de céder sa place aux nouvelles générations (18 septembre).

Dès lors, les démocrates doivent chercher une nouvelle de tête de liste ... et la stratégie qui va avec.
Autre élément nouveau : il s’agit de l’ « ouverture » sarkozyste, consistant à amalgamer à la majorité et au gouvernement UMP quelques électrons « libres » du PS ou du Centre (via la future Gauche moderne de Jean-Marie Bockel, ou le Nouveau centre rassemblant les UDF ralliés à Nicolas Sarkozy) pour mieux prétendre accomplir la démarche de « rassemblement » promise par François Bayrou (démarche que son concepteur basait sur des accords de compromis et de gouvernement transpartisans), histoire de donner l’illusion du consensus national (sur le thème de réformes nécessaires ne souffrant aucune alternative) ... tout en jetant la division et l’embarras dans les forces politiques concurrentes.
Or, après la première vague d’ « ouverture » occasionnée par la constitution puis le remaniement post-législatives du gouvernement Fillon, une deuxième vague se profile :
Nicolas Sarkozy, qui compte « remercier » plusieurs ministres dans les prochains mois, souhaite en effet réactiver cette stratégie ... en l’étendant à présent aux irréductibles du MoDem, inquiétants par leur masse militante et leur détermination, mais encore si vulnérables du fait de leurs hésitations stratégiques et de la pusillanimité de leurs cadres.
Dans ce contexte, Michel Mercier, qui s’entend aussi bien avec Perben qu’avec Collomb et qui a rencontré à plusieurs reprises M. Sarkozy, entretient une certaine ambiguïté et fait figure de cible élyséenne privilégiée.
Il est vrai que celui qui avait rappelé à l’ordre Gilles Vesco sur le thème de « l’indépendance à tout prix » est à présent dans une situation différente.

Comme la plupart des sénateurs UDF, le bras droit lyonnais de François Bayrou campe sur une position traditionnelle de centre-droit plutôt « sarko-compatible » qui l’amène à reconsidérer l’indépendance centriste-démocrate à la lumière de l’ « ouverture » affichée par le président de la République ... et à envisager d’empêcher la fusion (prévue pour le 25 novembre prochain) de l’UDF dans un grand MoDem considéré par certains comme gauchisant et promis à la marginalisation.
Par conséquent, Michel Mercier pourrait bien abandonner sa position de 2006 et accepter de négocier avec Perben et l’UMP.
Et c’est là que Gilles Vesco revient à la charge : si celui qui l’avait suspendu pour avoir agité une stratégie d’alliance se contredisait en passant un accord avec l’UMP sans avoir eu l’approbation des militants, il n’hésiterait pas à proposer à ces derniers « une vraie liste démocrate qui casse la bipolarisation ». [3]
Pour autant, l’idée d’une stratégie de rapprochement avec les socialistes hante toujours les esprits.
Et en premier lieu celui d’Azouz Begag (qui convoitait déjà Lyon, en rivalité avec Perben, quand ils appartenaient tous deux au même gouvernement), farouchement antisarkozyste et déterminé à faire de la capitale des Gaules l’oppidum de la résistance au système élyséen.Ce faisant, M. Begag réitère la « faute » commise par Gilles Vesco en 2006.
Soucieux de ne pas apparaître comme un supplétif naturel d'une opposition numériquement dominée par le PS (au moment précis où il rencontre le premier secrétaire de ce parti pour examiner leurs convergences sur la question institutionnelle), soucieux également de ménager les susceptibilités des sénateurs UDF sarko-compatibles et des partisans du maintien de l'UDF (à quelques semaines du double congrès, celui de l'UDF puis celui du MoDem, qui risque de voir quelques portes claquer en faveur des pro-UMP du Nouveau Centre), François Bayrou a par conséquent décidé de rappeler à l'ordre Azouz Begag sur la nécessité de ne pas mélanger la situation nationale du MoDem (ainsi que les ressentiments à l'égard des hommes de Sarkozy) avec les véritables enjeux locaux, plus subtils que les lignes de clivage traditionnelles.
Le travail à effectuer d’urgence : une plateforme précise et opérante, des investitures démocratiques, une clarification des positions
A cette occasion, François Bayrou a rappelé la ligne de conduite du MoDem :
- des listes indépendantes dès le premier tour, dans toutes les grandes villes et partout où une telle liste pourrait atteindre le seuil des 10 % donnant accès au second tour ;
- des possibilités d’accord au second tour, avec des gens de droite comme de gauche, sur la base de proximités programmatiques, en accord avec des valeurs partagées par le MoDem.
Or, nous savons tous que ce dernier critère (programme et valeurs) restera flou et sujet aux décisions arbitraires tant que le Mouvement démocrate n’aura pas défini clairement sa plateforme politique.
Nous espérons que ce sera chose faite dans les prochaines semaines, dans le cadre du congrès fondateur du 25 novembre, et que les militants auront, sinon le dernier mot, une place fondamentale dans la prise de décisions.
Dotés d’une base programmatique solide et clairement identifiée, nous pourrions en tirer des principes politiques généraux capables de nous guider à l’heure du choix, celui du second tour dans les grandes villes, celui qui se joue en ce moment même dans des communes moins importantes.
Pour en revenir à Lyon et à toutes les grandes villes où le MoDem se devra de présenter une liste autonome au premier tour, il paraît nécessaire d’y imposer des investitures démocratiques effectuées au sein des fédérations locales.
Les cartes d’adhérents ont été expédiées, les listings arrivent dans les départements : toutes les conditions et tous les moyens peuvent être aisément réunis pour organiser ce type de consultations militantes.
Sur son blogue, le lyonnais Sébastien Perros défend cette idée : « Il est indispensable, dans la droite ligne des positions de François Bayrou et d’Anne-Marie Comparini, de présenter des candidatures qui représenteront l’ensemble des sensibilités du MoDem et qui seront légitimes car choisis démocratiquement par les adhérents. »Dans ce sens, les militants lyonnais auraient le choix entre les personnalités précitées (Mercier, Begag, Vesco), sans oublier d’autres talents soucieux de rassembler la grande famille démocrate, comme Anne-Sophie Condemine ou Marc Augoyard.
Dernière urgence avant de se lancer dans la mêlée : résoudre le dilemme crucial posé par la dialectique entre un mouvement unitaire (voulu par François Bayrou, mais risquant de dévaloriser les apports spécifiques de l’UDF et de Cap21) et un mouvement fédératif (qui permettrait de ménager la pluralité des identités partisanes constitutives du MoDem, au risque toutefois de nuire à la cohérence du discours démocrate et de faciliter la spirale des défections).
D’abord partisan de la seconde option, je pense que celle-ci pourrait être une solution transitoire en attendant le renforcement et l’unification finale (un peu sur le modèle de la Nouvelle UDF de 1998) du Mouvement démocrate.
Là aussi, les militants seraient en mesure de trancher, car les solutions démocratiques qui traduisent les aspirations profondes de la base sont toujours plus légitimes que les diktats imposés d’en haut.
Les démocrates ont par conséquent trois grands chantiers à achever avant de pouvoir se lancer dans les prochaines batailles électorales :
- construire démocratiquement une plateforme qui dépasse les pieuses valeurs au profit de prises de position concrètes et précises ;
- construire démocratiquement des listes autonomes dans les grandes communes, et prévoir au besoin des stratégies de rassemblement transpartisan ;
- construire démocratiquement le MoDem, en faisant le choix d’une structure ouverte à un grand nombre de sensibilités mais aussi cohérente, solidaire et efficace que possible.
Ledru-Rollin 2007
[1] Droite lyonnaise marquée, il est vrai, par des hommes de centre-droit plutôt hétérodoxes (pour le meilleur comme pour le pire), comme Raymond Barre ou Charles Millon.
[2] Bruno Jeudy, « A Lyon, un centriste sanctionné pour avoir prôné une alliance avec le maire PS », Le Figaro, 23 mai 2006.
[3] Sophie Landrin, « A Lyon, Michel Mercier, le bras droit de François Bayrou, est courtisé par l’Elysée », Le Monde, 28 septembre 2007.
10:50 Publié dans Municipales 2008 | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : Politique, Lyon, MoDem, démocratie, UDF, Bayrou
27.09.2007
Prise de conscience et projets d’espoir : en attendant le « Grenelle » (3/3)
Des débats et des consultations jusqu’aux propositions, des propositions jusqu’à la table ronde finale, de la table ronde aux « plans programmes », de ces « plans programmes » à l’inévitable arbitrage omniprésidentiel ... il faudra sans doute attendre encore un bon mois avant que les résolutions du « Grenelle », récemment rebaptisé « Etats généraux de l’environnement » [1] par M. Sarkozy, puissent passer à un stade plus concret.
Pour autant, ira-t-on courageusement vers de réelles mesures dissuasives et coercitives, ou s’orientera-t-on vers un large plan de communication ménageant les intérêts des lobbies industriels et agroalimentaires ?
Si la question reste encore ouverte sur les mesures qui seront adoptées, entre autres, en matière de politique des transports ou de taxations, il ne faut pas oublier pour autant tout le volet démocratique qu’induit une responsabilisation générale sur la résolution des problèmes environnementaux.
En effet, entre la prise de conscience récente de la majeure partie de la population et les sacrifices ainsi que les efforts qui devront être demandés à l’ensemble de la Nation, il importe de mettre en place des structures consultatives et décisionnelles fondées sur les citoyens et qui déboucheront, inévitablement, vers la prise en main d’autres thématiques par ce même corps civique.
Par conséquent, pour finir avec cette sélection des propositions de Corinne Lepage adressées aux comités de réflexion préparatoires au « Grenelle de l’environnement », je vous propose de nous pencher aujourd’hui sur les pistes proposées au groupe de travail n°5, intitulé « Construire une démocratie écologique ».

5. Démocratiser les processus de réflexion et de prise de décisions
En premier lieu, Corinne Lepage propose de « confier à un Conseil de la Société Civile la mission de contribuer à l’élaboration et à l’évaluation de la stratégie nationale de développement durable, d’organiser les grands débats de société sur le mode des conférences de consensus danoises et de participer de manière consultative au fonctionnement des institutions. »
Il est en effet indispensable, pour pouvoir mettre en place une stratégie engageant l’ensemble de la Nation, de créer des instances capables de relayer les propositions et les attentes de la base civique. Et, à défaut d’un consensus absolu (chimérique, si l’on considère les conflits d’intérêt socioprofessionnels), on pourrait tout de même en dégager des éléments intéressants et pertinents, renouant ainsi avec la pratique des consultations populaires.
Mme Lepage conçoit ces dernières sur le mode des « conférences de consensus danoises ».
De quoi s’agit-il ?
Portant nécessairement sur des questions d’intérêt public dont les solutions prêtent à controverse dans les milieux spécialisés, ces conférences mettent en scène des « panels » de citoyens. Ces derniers, recrutés sur la base du volontariat puis formés aux thématiques abordées, sont chargés de définir l’angle d’approche, de consulter les « experts » (ce qui, dans le modèle danois, inclut également les lobbyistes), avant de co-rédiger, sous la forme d’un court rapport adressé aux décideurs, une « recommandation » finale [2].
En France, ce « modèle danois » avait déjà inspiré une initiative comparable de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST, composé de seize députés et de seize sénateurs), qui avait fait plancher en 1998 des « conférences de citoyens » sur le thème des OGM.
Cependant, le rôle de cette première « conférence » étant resté purement consultatif, il faudrait à présent imaginer les moyens de transformer l’essai, en renforçant la légitimité de tels « panels » et en donnant plus de poids à leurs conclusions, un peu sur le modèle des jurys populaires (malencontreusement évoqués, il est vrai, au détour de la campagne présidentielle).
Ces moyens passeront sans doute par un recrutement plus massif et, par conséquent, plus représentatif de ces « panels de citoyens », dans lesquels il serait intéressant de mettre sur un pied d’égalité, à parité, les citoyens ordinaires et des experts uniquement recrutés dans les milieux scientifiques les plus indépendants des fluctuations politiques et des marchés.
Ce type d’organisation serait alors tout à fait à la hauteur des angoisses et des polémiques soulevées par la question de la culture des OGM, nous évitant au passage de se laisser intoxiquer par les débordements irrationnels des passions ou la dialectique stérile des commandos de fauchage (et des débordements regrettables que ces derniers ont pu entraîner ou accentuer) ... sans parler des cacophonies gouvernementales [3].
Autre piste défendue par la présidente de Cap21, la reconnaissance du « droit de soulever l’inconstitutionnalité d’une loi pour tout citoyen » permettrait également de donner plus de poids à l’expression directe des citoyens dans les processus décisionnels, ce qui serait d’autant plus salutaire que les modes de scrutin actuels, la pauvreté des thèmes évoqués lors d’élections législatives réduites au rôle de « troisième tour » de l’élection présidentielle, ou encore le fossé grandissant entre le peuple réel et ses élus, fragilisent le bon fonctionnement de la démocratie représentative au moment même où triomphe une démocratie d’opinion particulièrement irrationnelle et cantonnée à un vague plébiscite quinquennal.
Attention toutefois, ne vous méprenez pas sur ces propos : il ne serait pas question de faire donner le coup de grâce (ou plutôt le coup de pied de l’âne) à la représentation nationale par ses propres électeurs, mais bien d’associer les citoyens au travail de ses représentants en leur permettant de modérer les effets pervers des phénomènes de majorités déséquilibrées.
Cela permettrait également de renforcer la légitimité du Conseil constitutionnel et d’établir un lien direct entre cette institution et la base démocratique.
Dans ce sens, Corinne Lepage propose de « donner à 5 % de citoyens le droit de réclamer un Référendum d’initiative populaire en matière constitutionnelle, législative et locale. »
Si nous ne pouvons que saluer la mise en avant de tels processus de démocratie semi-directe (certains d’entre-vous connaissent déjà mes sympathies pour ce type d’organisation politique), il faut cependant revoir à la baisse le seuil proposé, qui nous semble peu ambitieux.
En effet, ce seuil de 5 % correspondrait à environ 2, 225 millions de citoyens, ce qui paraît peu opérant. Comparons cette proposition aux pratiques suisses, où les seuils sont établis en valeurs absolues et non relatives : 50 000 citoyens actifs (terme qui désigne les électeurs) peuvent y demander l’organisation d’une votation, et il suffit de 100 000 citoyens pour obtenir un référendum sur une révision de la Constitution fédérale. Soit, respectivement, environ 1 et 2 % des 4,8 millions de citoyens actifs de ce pays (sur un total de 5, 9 millions de citoyens helvétiques).
De tels seuils seraient plus opérants tout en conservant une réelle légitimité fondée sur une représentativité largement assurée par l’importance de l’effectif civique et, dans le cas français, par de nécessaires contraintes de pluralité et d’équité géographiques (un peu sur le modèle des 500 signatures de parrainage à l’élection présidentielle).
Pour revenir aux thématiques plus spécifiquement ciblées par le « Grenelle », Corinne Lepage défend également le principe d’« un système de class action permettant aux consommateurs d’exercer leurs droits y compris dans le domaine de la santé et de l’environnement. »
Dans nos sociétés de consommations mondialisées, il est en effet impératif d’encourager l’organisation des consommateurs face aux quotidiennes dérives industrielles et commerciales (l’affaire des dangereux jouets sino-américains de Mattel a récemment rappelé l’importance cruciale d’une possibilité de réaction de la part du public).
Dans un système actuel où les gouvernants affichent trop souvent leur proximité avec de grands industriels, il faut permettre et appuyer ce type de vigilance et de sursaut citoyen.

6. Inclure le pouvoir médiatique dans le principe de la séparation des pouvoirs
Dernier point du volet « démocratie » des propositions de Mme Lepage, mais non le moindre : la préservation de l’indépendance, de l’impartialité et, donc, de l’efficacité des réseaux d’informations les plus accessibles en matière d’actualité environnementale, sociale ou politique : les médias et la presse.
La présidente de Cap 21 appelle en effet les pouvoirs publics à « assurer l’indépendance de la presse dans l’esprit du Conseil National de la Résistance ».
Rappel historique : le CNR proclamait, dans son programme de mars 1944, la nécessité d’en finir avec la censure et la désinformation, prolifiques sous Vichy, en assurant « la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’Etat, des puissances d’argent et des influences étrangères » (Programme du CNR, II-4).
Retremper ainsi la République à la source de l’ambitieux programme sociopolitique de la Résistance (Résistance que M. Sarkozy cherche à récupérer dans les symboles tout en trahissant les idées fondamentales), voilà une démarche salutaire qui démontre que l’étude du passé – plus ou moins lointain – est toujours source de pistes de réflexion.
Aujourd’hui, l’indépendance des médias vis-à-vis de leurs grands actionnaires et autres annonceurs, eux-mêmes proches des cercles du pouvoir, est une question cruciale du point de vue de la séparation des pouvoirs.
Dans ce sens, Mme Lepage propose d’« interdire la possession de plus de 10 % du capital [des journaux] pour les grands groupes industriels qui vivent de commandes publiques ».
Prenez donc garde, M.Bolloré et consorts, que l’on ne vous saborde votre armada médiatique ... à défaut de pouvoir libérer l’otage volontaire qui hante vos yachts.
Même si les résolutions issues de cet étrange shaker d’idées que furent les travaux préparatoires du « Grenelle » n’aboutiront probablement pas aux bouleversements exigés par l’urgence de la situation environnementale, et ce à cause de l’inévitable ingérence finale d’un président acquis aux lobbys égoïstes, on peut tout de même se réjouir de la qualité de certaines interventions qui, à l’image de celles de Corinne Lepage, contribuent à replacer les questions de développement durable dans le giron du renouveau démocratique.
Renouveau démocratique et écologique qui sera l’œuvre majeure du MoDem (et de ses camarades cofondateurs de Cap 21) ou ne sera pas ...
Ledru-Rollin 2007
P.S. : Pour relire les épisodes précédents de cette trilogie, cliquez ICI puis ICI.
[1] Notre "cher" président abandonnerait-il ainsi sa posture bonapartiste et se prendrait-il à présent – conséquence fâcheuse d’un séjour prolongé à la Lanterne - pour Louis XVI ?
Il est vrai que la filiation spirituelle de l’homme au bicorne est déjà revendiquée par une autre personnalité politique (actuellement éclipsée par un soleil noir luxembourgeois), et qu’en temps de nécessaire rigueur budgétaire, il serait malvenu de faire mine de mettre la « main à la poche » ...
Faudra-t-il seulement leur rappeler que l’issue ne fut heureuse ni pour l’un ni pour l’autre ?
[2] Sur ces « conférences danoises », voir notamment les analyses recensées sur le site suivant : http://adonnart.free.fr/doc/citoy/confcit1.htm.
[3] Le Canard enchaîné du 26 septembre (« Une gaffe de Borloo », p. 2) rapporte par exemple l’accrochage entre un Borloo pressé de jouer les sauveurs environnementaux en annonçant un moratoire sur les OGM (alors même que le groupe de travail idoine n'avait pas encore rendu ses conclusions, qui iraient plutôt dans le sens d'un encadrement plus étroit de ces pratiques) et un Barnier conspué pour cette même raison par les lobbys productivistes. Comme quoi, même les ennemis de l’environnement anticipent la nécessaire installation du ministère de l’Agriculture sous la tutelle du grand MEDAD (ministère de l’écologie, du développement et de l’aménagement durables) !
17:57 Publié dans Ecologie | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Environnement, écologie, politique, MoDem, Lepage, Sarkozy, démocratie
06.09.2007
MoDem haut-rhinois : un site officiel neuf et prometteur pour les démocrates du 68
Une petite note très très brève pour signaler l'ouverture récente d'un site très complet consacré au Mouvement démocrate du Haut-Rhin et contenant une revue de presse, un forum, un calendrier, ainsi que de nombreuses et utiles informations.
Cliquez ICI.

17:38 Publié dans Internet | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : MoDem, politique, Alsace, Haut-Rhin, démocratie, Bayrou, 68
05.09.2007
De retour ...
Ouf ! Si j'en crois mes statistiques, mes plus fidèles lecteurs (et je remercie particulièrement ceux qui prennent le temps de m'adresser leurs commentaires) ne m'ont pas encore abandonné, malgré cette (trop) loooongue semaine où j'ai été privé d'Internet, suite à une panne sur ma nouvelle ligne - comme quoi, ce qui est Orange et qui fonctionne avec un modem met quelquefois du temps à démarrer avant de fonctionner de manière efficace ...
Du coup, le temps de me remettre à la page après avoir lu les blogues rédigés avec talent par certains d'entre vous et après avoir recherché toutes les informations que les médias dits "traditionnels" ignorent ou "oublient" de développer, vous retrouverez bientôt sur ce site la procession disparate de mes coups de gueule, enthousiasmes, lubies et autres réflexions sur l'actualité (politique ou non) :
je me suis en effet fixé - hors problèmes techniques [1] - un minimum vital de deux notes par semaine.
Par conséquent, aucun "plan de rigueur" n'est à redouter sur ce blogue.
Ainsi, la fin de la trilogie [2] consacrée à la contribution de Corinne Lepage au "Grenelle" (note qui analysera des propositions de mobilisation citoyenne évoquant la démocratie directe), la suite des "héritages démocrates" donnant la parole aux pionniers de la démocratie [3], et bien d'autres sujets (avec davantage d'incursions dans l'univers culturel) devraient bientôt enrichir ces quelques pages.
A très très bientôt ...
;)
[1] Je sais, j'aurais du programmer des publications de notes dans cette éventualité. Mais je suis quelqu'un qui a beaucoup de mal à préparer les choses longtemps à l'avance.
[2] Pour lire les deux premiers volets, cliquez ICI puis ICI.
[3] Voir les trois premiers épisodes, rédigés par Robespierre, Ledru-Rollin et Victor Hugo.
15:25 Publié dans Internet | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : MoDem, politique, démocratie, écologie, environnement, culture
12.08.2007
L’un part, l’autre reste : mémoires contrastées de deux hommes d’Eglise face à la République
Dans le concert d’oraisons louangeuses ayant accompagné les funérailles de Jean-Marie Lustiger, il est toutefois des notes discordantes qu’il serait malhonnête de vouloir étouffer.
C’est ce que souligne Frédéric Latour sur son blogue, dans une note qui rappelle les « convictions réactionnaires » du cardinal (notamment en matière de planning familial ou de laïcité) et qui réaffirme l’importance, vitale pour notre démocratie, du cordon sanitaire de 1905 séparant les religions - inscrites dans la sphère privée - de la chose publique.
Sur ce dernier point, n’oublions pas que notre actuel chef d’Etat, après avoir prôné un « toilettage » de la loi de Séparation, avait fini par se raviser prudemment au cours de la campagne électorale : « La loi de 1905 est un monument. Avant d’y toucher, il faut faire très attention » [1].
Pour revenir à la mémoire de Lustiger, il faut aussi rappeler son regrettable boycott de la panthéonisation (1989) de l’abbé Grégoire (pionnier révolutionnaire de la démocratie, de l’abolition de l’esclavage, apôtre de la liberté des cultes, et artisan de l’émancipation des Israélites), boycott effectué sous prétexte que le prêtre démocrate avait juré fidélité à la Constitution civile du clergé malgré les remontrances d’une papauté contre-révolutionnaire. L’influence de Lustiger sur l’épiscopat français avait ainsi provoqué l’absence des évêques français – à l’exception notable de Jacques Gaillot - à cette grande cérémonie républicaine [2].
C’est pourquoi, malgré toute mon admiration à l’égard de notre leader, je pense, contrairement à lui, que le cardinal était trop attaché à l’idéologie réactionnaire du Vatican pour pouvoir incarner « une des plus hautes figures de l'humanisme français » et je propose aux démocrates de célébrer plutôt la mémoire d’un de leurs plus admirables précurseurs, Henri Grégoire (1750-1831), qui fut un des premiers hommes d'Eglise à concilier sa Foi avec les principes de la République.

[1] Entretien de Nicolas Sarkozy publié dans le journal La Croix, 4 avril 2007.
[2] Lustiger et les autres évêques s’étaient justifiés en déclarant qu’ils avaient « cherché à tenir leur juste place avec dignité alors que nous étions invités à commémorer une période où l’Eglise a été violemment persécuté » (Les Dossiers du Canard n°37, oct. 90, p. 11), ignorant sans doute que Grégoire s’était opposé au péril de sa vie aux mesure de déchristianisation et avait œuvré à la réorganisation du clergé français après la fin de la Terreur.
12:50 Publié dans Culture et société | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Lustiger, Religion, Laïcité, Sarkozy, Bayrou, démocratie, République






