14.06.2009
Les Très Riches Heurts du conseil municipal de Saint-Dié (III) : " Drôle de démocratie ! "
Le ton avait été donné dès lundi soir.
Dès l'annonce, par le Conseil d'Etat, de la validation du scrutin de 2008 et de l'invalidation de l'élection de Damien Parmentier, les bouchons de champagne étaient venus heurter les lambris de l'hôtel-de-ville, célébrant le soulagement de ceux qui craignaient devoir affronter, dans des conditions incertaines, la sanction du suffrage universel. A ce sentiment de soulagement avait rapidement succédé la tentation du triomphalisme. En effet, sitôt la bacchanale terminée, plusieurs affidés de Christian Pierret avaient bondi au volant de leur véhicule pour faire le tour de la ville en klaxonnant, histoire de marquer leur territoire à grand renfort de combustion d'énergies fossiles. Ce qui n'avait pas manqué de me rappeler cette expression imagée : "aller droit dans le mur ... en klaxonnant" (expression qui bien pourrait s'appliquer à la gestion de la ville par la "majorité").
D'autres blogueurs (pro-Pierret et anti-Pierret) ont déjà raconté, à leur manière, ce grotesque spectacle.
Le message était clair : l'ange gardien du Pierretisme étendait à nouveau son ombre sur la cité de Déodat. En faisant ainsi bruyamment crisser ses sombres élytres, il intimait aux opposants l'ordre de se taire à jamais.
Dans ces conditions, le conseil municipal de ce matin ne pouvait que pâtir d'une ambiance délétère. Et il en fut - malheureusement - ainsi.
Vice de forme
Arrivés en nombre par une entrée de service, les supporters de Christian Pierret occupaient les premiers rangs. En prenant le micro, M. Pierret avait peut-être en tête les lumineux discours d'un Blum et les glorieuses tribunes d'un Jaurès. Or, quand ses supporters se levèrent à son entrée en frappant frénétiquement des mains et en criant "Christian ! Christian !", on se serait davantage cru à un spectacle de Bigard ou de Patrick Sébastien. Le show pouvait commencer.
Le point principal de l'ordre du jour concernait le remplacement, à la table de l'opposition, de Damien Parmentier par son colistier Michel Boulet. Or, le conseil municipal ayant été convoqué et réuni avant la notification préfectorale de ce remplacement aux principaux intéressés, c'est la légalité de la séance toute entière qui est remise en cause par les membres de l'opposition.
Par respect des règles républicaines, Michel Boulet a par conséquent refusé de s'asseoir à la table du conseil.
Pendant ce temps, Christian Pierret lut et commenta le communiqué du Conseil d'Etat, se réjouissant de la décision de la plus haute juridiction administrative de l'Etat. Or, quelques minutes plus tard, évoquant une prétendue collusion entre l'opposition et le préfet, il affirma l'existence d' "une dérive dans l'impartialité de l'Etat". Je vous laisse, lecteur, le soin de démêler ce nouveau noeud d'incohérence ...
Triomphe de la "majorité"
Ce conseil à la légalité contestée fut l'occasion, une fois n'est pas coutume, d'un nouvel exercice d'auto-célébration.
Christian Pierret a en effet félicité son équipe pour le travail accompli depuis mars 2008, soulignant que cette équipe "serre bien la ville, et serre bien les Déodatiens" (l'exactitude orthographique de ma retranscription n'est pas garantie, je tiens à le préciser).
Plus tard, l'adjointe Lovely Chrétien a également affirmé qu'en un an "tous [leurs] projets sont sortis de terre". A ces mots, une partie de l'auditoire n'a pu s'empêcher d'avoir une pensée émue pour l'hôtel de la Banque de France ou, surtout, pour le complexe Nova America, qui a tout de même goûté une bonne pelletée d'humus lors du dernier conseil.
Sérénité démocratique ou diffamation ?
Protestant au début de la séance pour avoir la parole, les membres de l'opposition s'attirèrent les élégantes remontrances de M. Pierret : "M. Benoît, vous pouvez rejoindre la région d'Amiens ! Et M. Parmentier celle d'Epinal ...". Le parterre des spectateurs pierretistes manifesta alors bruyamment son contentement.
Afin de rappeler l'assemblée à davantage de dignité, Serge Vincent obtint enfin la parole pour demander au président de ce conseil de faire respecter une ambiance plus propice à un débat démocratique serein. Cette demande fut accueillie par des quolibets.
C'est alors que Christian Pierret voulut se montrer magnanime envers celui qui a été éloigné de la table, M. Parmentier, et menaçant envers l'autre leader de l'opposition, M. Vincent. Il déclara en effet "respecter" le premier, affirmant que les documents de campagne de la liste Pierret étaient conformes à ce "respect" républicain. Sur ce point, je me permets de reproduire ci-dessous la profession de foi de ladite liste, afin de vous laisser apprécier le "respect" témoigné par M. Pierret à ses adversaires.
Dans un second temps, M. Pierret annonça publiquement qu'il venait de "déposer plainte au pénal pour diffamations et injures" et que des "mises en examen" auraient lieu.
D'où viennent ces accusations de diffamation ? Les documents de campagne des groupes de l'opposition, encore accessibles sur leurs blogs respectifs, ne peuvent être mis en cause.
A propos de diffamation, Jean-Louis Bourdon rappela que c'est bien Christian Pierret qui avait annoncé publiquement (le 11 mars 2008, sur les ondes de radio France) la présence de deux membres du Front national sur la liste de M. Vincent ... or, à la lecture des conclusions du Conseil d'Etat à propos de cette accusation mensongère, on apprend que M. Pierret et ses amis "admettent qu’elle était dénuée de fondement".
Définition du verbe "diffamer" selon le Larousse : "Porter atteinte à la réputation d'une personne ou d'un corps constitué, par des paroles ou des écrits non fondés, mensongers" ...
Placé devant ses propres contradictions par la remarque pertinente de M. Bourdon, et ne sachant que répondre, Christian Pierret fit appel à sa stratégie préférée : l'esquive. Il se garda ainsi de répondre à l'élu de l'opposition et préféra affirmer, sans qu'aucun document ne puisse étayer ses propos, que les partisans de M. Vincent ou ceux de M. Parmentier avaient fait circuler une rumeur selon laquelle M. Pierret aurait acheté des voix en échange de téléphones portables. Or, cette accusation grotesque n'a jamais été diffusée par l'opposition, et je mets au défi quiconque de me prouver le contraire.
"Drôle de démocratie !"
Comme Damien Parmentier était membre de plusieurs commissions municipales, un point de l'ordre du jour portait sur la nomination de nouveaux commissaires municipaux. A la consternation de l'opposition et d'une partie de l'auditoire, M. Pierret et ses adjoints se mirent alors à jouer un étrange sketch, nommant arbitrairement des membres de l'opposition à ces postes avant de faire voter la "majorité" en faveur de ces propositions ... Et tout cela malgré les dignes protestations des intéressés, qui avaient beau signaler qu'ils n'étaient pas candidats. "Vous pourrez toujours démissioner !" leur répondit M. Pierret.
Peu entendu en raison de son micro coupé, M. Bourdon émit à cette occasion une remarque qui résume assez bien l'ensemble de la séance : "Drôle de démocratie !"
Joseph
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