05.12.2009
Identité nationale : le débat n'a pas dérapé
Non, le débat sur l'identité nationale n'a pas dérapé, n'en déplaise à ceux qui commentent la sortie un peu "dupont-lajoyeuse" du maire UMP de Gussainville sur TF1 : le débat lancé par Eric Besson est resté bien droit dans ses rails, qui sont ceux de la tentative de récupération par l'UMP sarkozyste de l'électorat populiste et xénophobe.
Je l'ai déjà rappelé dans une précédente note : l'utilisation politique de l'expression "identité nationale" a été inventée par Charles Pasqua en 1988, quand le mentor neuilléen de Sarkozy conseillait Jacques Chirac. Souhaitant récupérer les voix de Le Pen, Pasqua organisa une rencontre stratégique entre le candidat du RPR et le président du Front national et, surtout, il conseilla au candidat Chirac de jouer la dialectique de l'identité nationale contre l'immigration, liée aux affres du chômage et de l'insécurité, lors du débat télévisé du second tour. Mitterrand, qui releva avec amusement le "clin d'oeil" du candidat de droite à l'électorat d'extrème-droite, remporta finalement le scrutin grâce aux voix de l'électorat modéré.
Cela fait donc plus de vingt ans que la droite essaie d'amadouer l'électorat frontiste avec l'appât de l'identité nationale. En vain ... jusqu'en 2007, quand Nicolas Sarkozy remporta la présidentielle après avoir annoncé la création d'un ministre de l'Immigration et de l'identité nationale.
Le débat orchestré par Eric Besson n'est que le prolongement logique et l'approfondissement de cette tactique. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant d'entendre ou de lire quelques propos franchement xénophobes. Ils ne sont que l'écume d'un plan soigneusement établi et destiné à faire ses preuves aux régionales (notamment en région PACA, où le rapporteur du projet de loi fichant génétiquement les immigrés défendra les couleurs de l'UMP sur des terres assez favorables à Le Pen) et à encourager de nouveaux ralliements en vue de la présidentielle de 2012.
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15.11.2009
Identité nationale : une invention de Pasqua pour siphonner les voix de l’extrême-droite
En 2007, Nicolas Sarkozy a réussi à amadouer une bonne partie de l'électorat de Jean-Marie Le Pen en lui promettant la création d'un Ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale.
Cette association de la question de l'immigration au thème de l'identité nationale, propre à flatter les passions nationalistes voire xénophobes d'une partie de l'opinion, fut considérée comme une invention diaboliquement habile du candidat Sarkozy.
Le patron de l'UMP n'a pourtant que réemployé une trouvaille, restée jusque-là inopérante, de son mentor neuilléen, Charles Pasqua.
Ce dernier avait en effet utilisé cette expression dans un but semblable près de vingt ans plus tôt, lorsqu'il préparait avec Jacques Chirac le débat télévisé précédant le second tour de l'élection présidentielle de 1988 (28 avril 1988).
JACQUES CHIRAC :
« S'agissant de l'immigration tout court, il faut la stopper, parce que nous n'avons plus les moyens de donner un travail à des étrangers. [...] S'agissant de l'immigration clandestine, il faut évidemment lutter contre cette immigration avec beaucoup d'énergie et reconduire les intéressés à la frontière ou les expulser. Ils ont pris leurs risques en venant chez nous de façon illégale, ils sont le vivier naturel, non pas en raison de leurs origines, naturellement, mais parce que ce sont des marginaux et qu'ils se cachent, ils sont le vivier naturel des délinquants, voire des criminels, il faut donc les expulser. [...]
Alors, je voudrais simplement poser une question : moi, j'ai fait voter des lois pour la sécurité [...] et contre l'immigration, et notamment l'immigration clandestine. En particulier, une loi très importante, celle du 9 septembre 1986 [1] relative aux conditions d'entrée et de séjour des étrangers en France. [...] Ma question est la suivante : les Français y sont sensibles, est-ce que votre intervention est de poursuivre ma politique dans ce domaine et, notamment, de maintenir la loi du 9 septembre 1986 ou, au contraire, votre intention est-elle de changer et, notamment, de la faire abroger dans l'hypothèse où vous seriez élu ?
C'est un problème d'identité nationale et de mode de vie des Français et de cohésion sociale. »
FRANCOIS MITTERRAND :
« Vous n'avez pas fait de clin d'œil, là, à personne ? » [2]
CHIRAC :
« Mais, moi, je n'ai pas changé ; j'applique une politique depuis deux ans, monsieur le Président [...] et là c'est en tant que Premier ministre que je l'ai fait. Maintenant, en tant que candidat, je dis à monsieur Mitterrand : qu'allez-vous faire ? Ma politique ou, au contraire, la vôtre ? »
MITTERRAND :
« Je vais vous répondre. Mais, est-ce la vôtre cette politique que vous venez de définir ? »
CHIRAC :
« Celle que j'applique depuis deux ans ... »
MITTERRAND :
« C'est cela, vous voulez dire celle qui pourrait réunir les 51 % dont parlait M. Pasqua l'autre soir ... »
Notes :
[1] La première « loi Pasqua » donne aux préfets le droit de prononcer la reconduite à la frontière des étrangers en situation irrégulière et rétablit le régime de l'expulsion tel qu'il existait avant 1981.
[2] Au premier tour de la présidentielle du 24 avril 1988, Jean-Marie Le Pen a réalisé un score important, de près de 15 % des voix. Afin d'additionner ce score à celui du candidat du RPR, Charles Pasqua convainc Jacques Chirac de droitiser davantage sa campagne et, surtout, de négocier directement avec Le Pen. La rencontre, organisée au domicile parisien d'un ami de Pasqua, se passe assez mal. Pourtant, le 1er mai, Le Pen appelle à faire barrage au socialisme en votant « pour le candidat résiduel », c'est-à-dire pour Chirac.
Le lendemain, dans Valeurs actuelles, Charles Pasqua déclare : « Sur l'essentiel, le Front national se réclame des mêmes préoccupations, des mêmes valeurs que la majorité. »
Après sa défaite au second tour, le 8 mai, Jacques Chirac lance à Pasqua : « Tu vois où tes conneries m'ont mené ... ».
Bibliographie :
Franz-Olivier Giesbert, La Tragédie du président : Scènes de la vie politique, 1986-2006, Flammarion, Paris, 2006, chapitre 5, pp. 36-41.
Face à face - Le débat télévisé au second tour de l'élection présidentielle (1974-1995), Textes rassemblés, Editions du Boucher, Paris, 2002 (téléchargeable en pdf)
01:02 Publié dans Objectif 2012, Régionales 2010, UMP | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : le pen, sarkozy, chirac, pasqua, identité nationale, extrême-droite, ump, rpr, fn
27.10.2009
MoDem aux régionales : une clarification quant au second tour est nécessaire
Le MoDem, en son conseil national de samedi dernier, vient de décider qu'il présenterait des listes autonomes dans chaque région ... au premier tour.
Je persiste à penser que les électeurs se préoccuperont également des stratégies de second tour avant de se rendre aux urnes. En effet, si le MoDem n'officialise pas sa position quant au second tour avant l'ouverture de la campagne, il risque de repousser les électeurs sympathisants de nos positions mais légitimement méfiants à l'idée de signer un chèque en blanc à d'éventuels mariages contre-nature lors de l'entre-deux-tours.
Je suis convaincu que le Mouvement démocrate doit affirmer sa volonté de se maintenir coûte-que-coûte au second tour. Son objectif affiché, l'alpha et l'oméga de sa stratégie, doit être l'accomplissement de son programme.
Or, tout "mariage" de second tour, nécessairement en position minoritaire, entraverait cet objectif, que ce soit :
- avec la Droite sarkozyste, qui partage de moins en moins nos valeurs ;
- avec la Gauche socialo-communiste, qui est tiraillée entre les non-choix de sa majorité socialiste et le sectarisme de sa composante communiste (le PCF vient de décider - ouf ! - le refus de toute alliance avec le MoDem au second tour) ;
- ou avec "Régions Ecologie", qui, sous l'influence des indécrottables Verts, revient au bercail du gauchisme "bobo" arrogant, sectaire, et prétendant avoir le monopole de l'écologisme politique.
Quelle est donc la stratégie que le MoDem doit adopter et annoncer aux Français ?
Qu'il présentera des listes autonomes dans chaque région. Que ces listes seront porteuses de projets novateurs. Or, ces projets ont leur cohérence d'ensemble. Pour préserver cette dernière, le maintien au second tour est une nécessité, et aucune fusion en position minoritaire n'aura lieu. Ce qui n'empêchera pas l'éventuelle convergence, sur la base de nos programmes, de quelques repêchés du premier tour soucieux de faire émerger une véritable alternative.
Joseph
10:11 Publié dans MoDem, Régionales 2010 | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : régionales, pcf, ps, ump, modem, europe ecologie, les verts, régions ecologie, stratégie
26.10.2009
Les Sarkozy et l'EPAD : reculer pour mieux sauter
Face à une levée de boucliers politico-médiatique qui commençait à trouver un écho (malgré les cloporteries des godillots de l'UMP) auprès des parents des classes moyennes dont les enfants ne trouvent pas de travail malgré leurs diplômes, Nicolas Sarkozy a fini par demander à son fils Jean (23 ans, aucun diplôme, aucune expérience professionnelle) de retirer sa candidature à la présidence de l'EPAD.
Mais le Dauphin sera tout de même un des administrateurs de cet établissement public stratégique. Le loup est donc bel et bien dans la bergerie : il ne reste plus qu'à trouver un quelconque élu UMP pour servir d'homme de paille afin de s'assurer de l'imbrication docile du quartier d'affaires dans les projets élyséens du "Grand Paris".
François Bayrou voit dans ce recul "un tournant", considérant que le pouvoir a cédé face au mécontentement du peuple.
Je ne partage pas vraiment cette dernière analyse. En réalité, Nicolas Sarkozy ne fait que reculer d'un pas après avoir, une nouvelle fois, "testé" l'opinion pour voir jusqu'où il pouvait aller dans ses tentatives quotidiennes de viol des valeurs républicaines. Quand l'opinion aura les yeux tournés vers un autre spectacle ou d'autres préoccupations, il avancera à nouveau de deux pas, acculant progressivement la République au précipice.
Cette méthode, si l'on en croit l'historien Pierre Milza, était déjà celle du tout premier président, triomphalement élu, qui n'a fait que se servir de la République pour mieux l'assassiner :
"Les malheurs et les échecs avaient depuis l'enfance accoutumé Louis-Napoléon à dissimuler sa pensée, à ne pas dévoiler ses plans, à faire machine arrière lorsqu'il rencontrait une résistance trop forte, bien décidé à reprendre l'initiative une fois le danger écarté."
(Pierre Milza, Napoléon III, Perrin, 2004, p. 188-189)
11:48 Publié dans Objectif 2012, UMP | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, népotisme, bayrou, ump, epad, défense, louis-napoléon bonaparte, bonapartisme, napoléon iii, milza
20.09.2009
Les citoyens méritent quand même la cohérence
[Illustration : Giovanni Benedetto Castiglione, L'Entrée des animaux dans l'arche, v. 1650-1664]
En écoutant l'émission L'Esprit public du 13 septembre, j'ai été amusé par l'intervention d'un des invités qui a comparé la majorité présidentielle à l'arche de Noé. Rappelons qu'à l'issue de l'épisode biblique, la myriade d'animaux embarquée par le vénérable ivrogne avait été sauvée de la fureur du déluge et, par conséquent, de l'extinction. Dans le cas de la majorité présidentielle, il n'est pas exclu que certaines espèces se fassent dévorer par leurs compagnons de soute avant la décrue.
En effet, quoi de commun entre les laïcs radicaux-valoisiens et les catholiques ultraconservateurs de Mme Boutin ? Quoi de commun entre les ex-centristes pro-européens partis à la soupe et les souverainistes anti-européens de M. de Villiers ? Cela me rappelle un peu l'affiche de Sennep contre le Front populaire, sur laquelle le communiste Cachin fraternisait avec le radical Herriot et le socialiste Blum pour mieux les avaler goulûment. Dans le cas de la Droite de 2009, c'est bel et bien Sarkozy qui compte tenir le rôle de l'ogre. Mais attention aux indigestions ...
Cette étonnante et hétéroclite coalition devrait faire ses preuves dès 2010. Pour les régionales en Lorraine, la liste de l'UMP sera ainsi ouverte "du centre gauche à de Villiers" [Vosges Matin, 13/09]. Objectif ? Réaliser le plus gros score possible dès le premier tour afin de créer une dynamique pour le second tour.

A gauche, le PS rêve de pouvoir réaliser le même grand écart acrobatique : « Qu’on se rassemble autour d’un compromis, jusqu’au MoDem, jusqu’au NPA ! » a récemment déclaré le président sortant de la région Lorraine, Jean-Pierre Masseret [Le Républicain lorrain, 13/09]. Il sait pourtant que les deux partis évoqués sont aussi conciliables que l'eau et l'huile. Le premier est humaniste et libéral, le second est extrémiste et antilibéral. Le premier tient à son indépendance, le second méprise le PS et exclut toute participation à l'exercice des responsabilités. Dans ces conditions, il paraît difficile à M. Masseret de coller, en faisant l'économie de tout choix politique et de toute cohérence, des alibis démocrates aux côtés d'alibis anticapitalistes sur la vitrine de l'unilatéralisme socialiste. Les communistes, eux, suivront (c'est leur seule chance de conserver leurs sièges), tandis que Les Verts, prenant leurs distances avec un Cohn-Bendit moins clivagiste, feront monter les enchères ... mais le MoDem, lui, restera indépendant.
[Illustration : Jean-Pierre Masseret en 2008]
Si nous, démocrates, avons renoncé à être l'armée de réserve "centre-droit" de l'UMP, ce n'est pas pour devenir les supplétifs "centre-gauche" du PS.
Nos électeurs comptent sur nous pour incarner et proposer une véritable alternative aux partis qui ont déjà eu l'occasion de faire leurs preuves. Nous ne devons pas décevoir cette attente, mais rester fidèles à nos valeurs, à notre impartialité, et construire un projet efficace pour nos régions. Un projet à défendre au premier tour ET au second. Une démarche cohérente, au service d'un projet cohérent.
10:18 Publié dans MoDem, Objectif 2012, PS, Régionales 2010, UMP | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, ps, masseret, lorraine, modem, npa, de villiers, boutin
12.09.2009
Polémique Hortefeux : l'exigence de transparence en question
Le tumulte politico-médiatique suscité par les propos de Brice Hortefeux est disproportionné. Je pense que la plaisanterie en question joue sur les stéréotypes populaires : elle est par conséquent à prendre au second degré et ne doit pas être considérée comme une remarque raciste. Bien au contraire. N'oublions pas, d'ailleurs, que M. Hortefeux fait tout pour faire oublier son passage au ministère de l'Identité nationale (dont il faut tout-de-même signaler l'intitulé vichyssois, destiné à contenter un certain électorat) en posant en cosmopolite (le passeport béninois qu'il exhibe fièrement) et en antiraciste redresseur de torts (mise à la retraite expéditive d'un préfet accusé de xénophobie).
Les gesticulations de la vieille gauche m'amusent : elle s'est à nouveau engoufrée dans cette vaine polémique sans aucun recul mais avec un mélange de mauvaise foi opportuniste et de précipitation hystérique. Une aubaine pour se voir attribuer un certificat d'antiracisme (car à gauche, c'est bien connu, il n'y a pas de racistes) ou faire oublier les "révélations" sur les magouilles électorales internes au PS ?
Rappelons un précédent récent, quand une plaisanterie de Sarko sur Zapatero avait été présentée par certains socialistes comme une insulte. Replacée dans son contexte, la boutade était cependant favorable au chef de gouvernement espagnol.
La Gauche aurait-elle perdu son sens de l'humour ? Sa culture politique et son discernement seraient-ils altérés par un visionnage intempestif des Guignols de l'Info ?
Il est vrai que les justifications de M. Hortefeux ont été pour le moins maladroites et peu convaincantes.
Cependant, même si les propos en question n'avaient, au fond, rien de raciste, il faut reconnaître que M. Hortefeux et ses amis politiques partagent une certaine responsabilité dans cet emballement médiatique.
En effet, de tels "buzz" ne sont possibles que dans un système politique où la forme et la communication prête-à-avaler priment sur le fond et sur les discours structurés et sincères. Si les responsables politiques s'adressaient plus souvent à leurs concitoyens avec un langage de vérité, sans les infantiliser ou les prendre pour des imbéciles, sans manier une langue de bois qui brouille tous les repères ... alors, les Internautes et les médias "traditionnels" n'en seraient pas réduits à fouiller les poubelles pour essayer d'y trouver des indices de la pensée authentique d'un ministre.
De même, un tel tumulte n'est possible que si les canaux d'information vitaux à la démocratie sont manipulés par le pouvoir : Internet doit alors prendre le relais et devient ainsi un défouloir où les vérités manquantes, réellement précieuses, se mêlent malheureusement à des analyses plus discutables, voire à de véritables tentatives d'intox'.
Ce n'est donc pas un prétendu abus de l'exigence de transparence qu'il faut dénoncer. C'est, au contraire, un pénible manque de transparence et de lisibilité politique et médiatique qui m'inquiète aujourd'hui.
Je ne partage donc pas du tout les déclarations d'Henri Guaino, conseiller et "plume" de Sarkozy, qui s'est exprimé récemment sur l'affaire Hortefeux :
« La transparence, ça veut dire qu'il n'y a plus d'intimité, plus de discrétion ; plus rien n'a d'épaisseur dans la transparence, à commencer par les êtres humains (…) on n'est plus responsable de rien, il faut juste faire attention de ne jamais rien dire. (...) La transparence absolue, c'est le début du totalitarisme. »
Ces propos, d'autant plus hypocrites qu'ils émanent d'un spécialiste de la com' trompeuse (Sarko héritier de Jaurès et de Blum, c'est de lui !), me rappellent étrangement ceux de M. Devedjian, qui essayait de minorer une insulte viriliste proférée - bien joué ! - dans la cour de l'Assemblée nationale et devant une caméra de télévision :
"la façon dont mes propos ont été diffusés et visionnés par des millions d’internautes pose quand même un vrai problème : si plus rien n’est privé, si tout doit être totalement transparent, le totalitarisme n’est pas loin et la liberté individuelle vraiment menacée".
J'avais commenté ces propos dans une de mes premières notes, que je me permets de rediffuser ci-dessous :
L'exigence de transparence : totalitarisme rampant ou garantie de démocratie ? [5 juillet 2007]
Sur son blogue, M. Devedjian s'excuse pour sa "grossièreté détestable à l’égard d’Anne-Marie Comparini".
Cependant, là où l'homme politique responsable clorait l'affaire par un pudique point final, le polémiste sans vergogne se croit obligé de retourner une contre-accusation à tous ceux qui ont légitimement condamné son insulte :
"la façon dont mes propos ont été diffusés et visionnés par des millions d’internautes pose quand même un vrai problème : si plus rien n’est privé, si tout doit être totalement transparent, le totalitarisme n’est pas loin et la liberté individuelle vraiment menacée".

Que répondre à cela ? Tout d'abord, qu'il est peu de lieux qui soient moins privés que le parvis vénérable du Palais Bourbon, sanctuaire de notre démocratie. Il ne s'agit donc pas de vulgaires propos de couloirs, surtout si l'on considère que M. Devedjian s'adressait ainsi à un représentant du peuple français en plein exercice de ses responsabilités.
L'argument de M. Devedjian pose néanmoins une question fondamentale : l'exigence de transparence, manifestée par de nombreux citoyens et en particulier par les internautes, est-elle incompatible avec les libertés individuelles garanties dans toute démocratie qui se respecte ? Autrement dit, l'oeil scrutateur d'Internet et la mémoire implacable de ce nouveau média sont-ils à cet égard les prémices d'un Big Brother qui émanerait de l'avidité des masses ?
Nous ne le pensons pas.
Et cela essentiellement pour deux raisons.
Tout d'abord, le recul de l'indépendance des médias traditionnels (les récentes tribulations du Monde ou des Echos sont là pour démontrer la réalité de la menace) nécessite la création de nouveaux espaces médiatiques, au sein desquels l'Internet, s'il respecte des critères éthiques et méthodologiques stricts, peut occuper une position crédible et privilégiée.
Ensuite, il faut reconnaître que l'opacité est nuisible à la démocratie, comme nous le rappellent ces jours-ci les relents nauséabonds de l'interminable affaire Clearstream, avec ses coups-fourrés, ses corbeaux haut-placés et ses obscures manipulations.
La démocratie nécessite au contraire que les paroles, les décisions et les actes, surtout lorsqu'ils émanent d'élus du Peuple ou d'autres grands serviteurs de ce dernier, puissent être librement examinés et débattus sur la place publique.
La démocratie ne craint pas la lumière, contrairement aux vrais totalitarismes, qui produisent l'ombre et l'obscurité comme les nuées fourbissent l'orage, et qui ont un besoin vital de cette opacité pour dissimuler leur honteuse illégitimité.
Joseph
18:32 Publié dans Démocratie, Gouvernement, Internet, Libertés, UMP | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : hortefeux, devedjian, ump, racisme, transparence, médias, ps
06.09.2009
"Parlement de l'alternance" : il ne faut pas oublier la droite non sarkozyste
J'ai écouté avec beaucoup d'intérêt le discours de clôture des Universités de rentrée du MoDem, prononcé cet après-midi par F. Bayrou.
Comme d'habitude, le tableau de la France dressé au début était plutôt pertinent mais un peu convenu. Concernant la présentation de notre famille politique, certains rapprochements m'ont paru abusifs (le triomphe électoral du PDJ japonais, fondé sur un programme très démagogique et intenable, ne doit pas être présenté comme un modèle). Quant au gag de la mouche, il m'a davantage laissé perplexe (clin d'oeil involontaire à Obama ?) qu'amusé.
Ces quelques réserves mises à part, l'ensemble du discours était bien construit : j'ai bien aimé l'annonce prélable du plan, où l'on reconnaît bien le prof derrière l'homme politique. Certaines déclarations, notamment sur l'éducation, m'ont fait chaud au coeur. Outre les douze idées formulées en conclusion, on a pu entendre quelques propositions très concrètes (exemple : prime à la casse pour les chaudières) et, sur certains projets gouvernementaux (taxe carbone, réforme des collectivités locales), Bayrou ne s'est pas comporté en opposant systématique : il y a apporté une réponse constructive et même assez favorable, moyennant certaines réserves sur la méthode de réalisation.
La partie la plus attendue du discours était cependant celle qui devait porter sur la stratégie du MoDem vis-à-vis des autres partis de l'opposition. Tout en réaffirmant que son parti n'avait pas de gage à donner à Martine Aubry et ne connaîtrait d'autre "primaire" que le premier tour des grandes élections (régionales, présidentielle), Bayrou s'est prononcé pour l'ouverture d'un dialogue ou d'un débat public entre tous ceux qui ne souhaitent pas la réélection de Nicolas Sarkozy en 2012. Il a parlé à ce propos d'un "Parlement de l'alternance" (pourquoi pas un "Jeu de Paume" de l'alternance ?), destiné à servir de terrain d'échange entre les différents acteurs du changement.
Concernant ces derniers, je reproche à Bayrou de ne pas s'être montré assez explicite. En affirmant sa volonté de dialogue avec des mouvements politiques "différents", il devrait savoir que la majorité des Français pensera que cela n'implique que des partis "de gauche", dont les communistes ... alors que ces derniers y sont parfaitement hostiles : rappelons que Robert Hue, présent aux côtés de Peillon et Sarnez à Marseille, anime aujourd'hui un club "progressiste" très en marge du PCF.
En réalité, il serait bon de rappeler que Bayrou tend depuis longtemps la main aux formations politiques républicaines non sarkozystes, qu'elles soient effectivement de gauche (sociaux-démocrates du PS, modérés des Verts) ... ou de droite (libéraux, gaullistes). Je trouve dommage que cette dernière famille politique n'ait pas été évoquée cet après-midi. Pour rester indépendant tout en acceptant de rassembler au-delà des vieux clivages (idée forte de la campagne de 2007), il me paraît important de réserver, dans cet hypothétique "Parlement de l'alternance", une place conséquente aux femmes et hommes "de droite" déçus par Sarkozy. Je pense notamment aux partisans de Dupont-Aignan (dont le souverainisme, d'essence gaulliste, est bien plus modéré et intelligent que les éructations d'un De Villiers) et aux villepinistes (au moment où le destin de leur chef est à un tournant intéressant), qui, pour paraphraser la citation empruntée à Mgr Claverie, incarnent une autre de ces vérités qui nous manquent.
Pour être valable, la stratégie de Bayrou doit conserver son équilibre : négliger notre aile droite serait une erreur, car la France n'est pas à gauche. Pour pouvoir incarner en 2012 la "synthèse" des acteurs de l'alternance, Bayrou doit s'assurer du pluralisme de son "Parlement" virtuel ... et rester au-dessus de la mêlée.
18:47 Publié dans Objectif 2012 | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : modem, ps, verts, ump, sarkozy, bayrou, villepin, dupont-aignan, 2012, alternance, aubry
30.08.2009
Régionales : quelle stratégie pour le MoDem ?
L'Université de rentrée de la semaine prochaine apportera sans doute les premiers éléments de réponse.
En attendant, examinons différentes hypothèses :
* Des stratégies régionales "à la carte" : Des fusions (après le premier tour) avec des listes "de Gauche" ou "de Droite", selon les régions et les projets en présence, pourraient se justifier sur le principe de la différenciation des enjeux par échelle (municipale, départementale, régionale, nationale) et sur celui du libre examen des bilans de chaque majorité régionale.
Ces considérations, parfaitement justifiables d'un point de vue logique et philosophique, avaient guidé la stratégie "à la carte" du MoDem aux municipales de mars 2008. Or, l'électeur ne s'y est trop souvent pas retrouvé. Pour ma part, j'estime que la confusion venait moins de la stratégie "à la carte" (parfaitement adaptée à une échelle très locale, aux problématiques spécifiques et à une personnalisation très forte du scrutin municipal) que de l'attitude des instances nationales du MoDem, qui ont souvent accordé leur investiture à l'aveuglette, sans enquêter sérieusement sur les situations politiques locales.
En réalité, l'argument le plus défavorable à une stratégie "à la carte" est celui du risque d'étouffement en cas de fusion inéquitable. En effet, les grands partis clivagistes préfèrent souvent les vassaux aux alliés. Or, rien ne serait plus préjudiciable aux élus du MoDem que d'être inaudibles et impuissants au sein de majorités qui ne les respectent pas vraiment.
* Une stratégie nationale applicable à toutes les régions : François Bayrou lui-même s'est prononcé en faveur de cette option. Facilement applicable au premier tour (où, vraisemblablement, les démocrates se présenteront aux citoyens sous leurs propres couleurs), cette stratégie devient beaucoup plus compliquée au second.
** Alliances dès le premier tour : L'argument de l'étouffement évoqué plus haut joue également contre cette hypothèse. En effet, sur quels rapports de force pourrait-on bâtir les listes ? Il serait illusoire, dans ces conditions, d'obtenir une véritable représentativité des démocrates.
C'est ce scénario de l'humiliation volontaire qui tracassait Christophe Ginisty quand, sur la base de bruits de couloirs, il a accusé Marielle de Sarnez de vouloir faire liste commune avec les socialistes dès le premier tour. Rappelons que, malgré la solidité et la sincérité de son engagement et de ses principes, Ginisty joue quelquefois les Cassandres imprudentes (quand Quitterie Delmas a quitté le MoDem, il l'a accusée de préparer son entrée dans l'équipe de Ségolène Royal) ... En réalité, le discours très remarqué (à la fois audacieux et prudent) de M. de Sarnez à Marseille s'incrivait davantage dans une stratégie à moyen terme ciblée sur 2012 et dans une opération de séduction de l'aile progressiste du PS (que j'évalue à environ 40 % des militants socialistes).
Le MoDem n'a aucun intérêt à se plier à une déclinaison régionale d'une "Union de la Gauche" passéiste et illusoire (le PS, du moins dans sa conformation actuelle, ne sera jamais enclin à la collégialité et au pluralisme sincère) ... ou à une stratégie sarkozyste visant à rassembler autour de l'UMP ses satellites et ses chapelles les plus contradictoires (les radicaux laïcs, les débauchés de la Gauche et du Centre mou et les réacs villiéristes sur de mêmes listes) et destinée à assurer à la Droite un score intimidant dès le premier tour.
** Autonomie au premier tour, éventuelle fusion au second : C'est un peu ce que prône Marielle de Sarnez quand elle dit : "Personnellement, je suis pour affirmer d’abord notre identité et notre autonomie, et participer ensuite à des rassemblements plus larges, car personne ne peut gouverner seul, pas plus une région qu’un pays."
Or, le problème, en cas de fusion annoncée, est celui de la démobilisation de l'électeur. En effet, si je sais déjà que voter MoDem aux deux tours revient à voter pour une liste conduite par le PS au second, pourquoi ne pas "voter utile" - ou, pire, ne pas voter du tout - lors du premier dimanche des élections ?
J'estime (et c'est peut-être également ce que suggère M. de Sarnez) que le seul type de fusion envisageable au second tour est celui d'une fusion en position de force. Pour ce faire, le MoDem devrait arriver en seconde position (ou en troisième au coude-à-coude). C'est très ambitieux me direz-vous. Peut-être ... Mais on ne doit se présenter à une élection qu'avec la conviction d'avoir la légitimité et la possibilité de remporter la majorité des suffrages.
** Autonomie au premier tour et au second tour : C'est l'hypothèse la plus optimiste et la plus volontariste. Rappelons qu'il faut avoir obtenu au moins 10 % au premier tour pour pouvoir se maintenir. Ce n'est pas impossible pour le MoDem, loin de là.
L'inconvénient réside plutôt dans l'hypothèse d'une défaite au second tour qui favoriserait la victoire de la liste la plus éloignée de nos valeurs. Dans ces conditions, le MoDem serait accusé de pratiquer la politique du pire. Ce risque n'est pas à négliger, mais il ne faut pas nous complexer pour autant : à nous de réaffirmer notre volonté de rassemblement de tous les progressistes.
Vous l'aurez compris, je suis favorable à une stratégie autonome dès le premier tour, avec une possibilité de rassemblement au second tour en cas de qualification en position de force (seconde position ou troisième au coude-à-coude). En cas de malheur (moins de 10 %), deux options s'offrent à nous : le retrait imposé par la disqualification résultant d'un score inférieur à 5 % (il va sans dire qu'une telle contre-performance ne permettrait pas la survie du MoDem) ou le retrait volontaire et le refus de fusion entre 5 et 9 % (pour réaffirmer notre non-alignement et notre choix de ne pas jouer aux supplétifs).
A vous de juger la pertinence de ces options qui, il n'est pas inutile de le rappeler, ne pourront convaincre les électeurs que si elles mettent en scène des listes innovantes (plus "jeunes", en tout cas, que celles des européennes) basées sur des programmes ambitieux (mais brefs et percutants) articulant habilement plateforme nationale et propositions régionales.
12:25 Publié dans Régionales 2010 | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : régionales, marielle de sarnez, ps, ump, politique, région
19.08.2009
Brève de comptoir : les alliances de l'UMP
L'alliance de l'UMP avec le parti des chasseurs en vue des régionales de 2010 et de la présidentielle de 2012 ?
Normal. Continuité stratégique :
Aux européennes, leur meilleur allié a bien été le parti des pêcheurs ...

19:35 Publié dans Objectif 2012, Régionales 2010, UMP | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cpnt, nihous, ump, abstention, alliances, régionales, 2010
17.08.2009
Régionales : quand le Figaro prend ses délires pour des réalités


Longtemps réputé pour son sérieux malgré son parti-pris évident, Le Figaro a de plus en plus tendance à tomber dans un propagandisme béat qui nuit à la qualité et à la crédibilité de l'information.
Exemple : un article de Judith Waintraub publié sur le site du journal la semaine dernière.
Cet article est illustré par une carte des régions, classées en différentes catégories ("gagnables", "jouables" ... pour la Droite). Sur quels critères se basent ces savantes estimations ? Sur les scores des dernières élections européennes !
Quelques remarques évidentes sur cette méthode déconcertante :
- Les modes de scrutins et les enjeux ne sont pas nécessairement les mêmes pour les élections européennes et les élections régionales. L'abstentionnisme devrait également être moins fort pour ces dernières.
- Les résultats pris en compte sont uniquement ceux de quatre partis : l'UMP, le PS, Europe Ecologie et Libertas. Outre le fait que ce dernier (4 % et des poussières au niveau national) n'a remporté de score honorable que dans le fief du vicomte, il faut rappeler qu'Europe Ecologie et Libertas ne sont pas des partis politiques comme le PS ou l'UMP mais des montages ponctuels créés dans la seule perspective des élections européennes. Il est par conséquent très hasardeux d'extrapoler outre mesure. J'en veux pour preuve l'attitude des chasseurs, qui s'étaient résignés à collaborer avec De Villiers pour les européennes, mais qui se montrent moins enthousiastes à l'idée de suivre celui-ci en intégrant l'armada sarkozyste (dans l'Hérault, la fédération départementale préfère même se tourner vers Georges Frêche). Quant aux Europe Ecologie, après avoir remporté un succès certain dans une élection à un tour en se gardant d'attaquer la Droite (échange de bon procédés), ils ne peuvent que se heurter aux réalités et aux compromissions plus visibles d'une élection à deux tours.
- L'addition, posée comme une évidence par la carte du Figaro, des voix de De Villiers à celles des sarkozystes ne manque pas de sel : c'était bien la peine de jouer aux grands thuriféraires de l'UE pendant la dernière campagne pour s'associer finalement aux nostalgiques du Franc (et de la francisque ?) et aux adversaires de la construction européenne ! Les citoyens sont-ils prêts à avaler n'importe quelle cuisine électorale pourvu qu'elle ait le label Sarko ? La cohérence n'est pourtant pas toujours un handicap face aux urnes ...
- Qu'en est-il des scores des autres partis (dont le MoDem qui, dans certaines régions, n'a absolument rien à perdre et a donc les mains parfaitement libres pour troubler le jeu) ? Quantité négligeable ? Rappelons tout de même qu'entre les scores d'Europe Ecologie et ceux de Libertas, on trouve ceux de cinq partis : le MoDem, le Front national, les deux partis du Front de Gauche (Parti de Gauche et Parti communiste), et le NPA.
Mais bon ... si ce genre d'élucubrations indignes d'un étudiant en première année de Sciences Politiques peut faire plaisir aux lecteurs du Figaro ...
17:01 Publié dans Régionales 2010 | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : régionales, européennes, europe écologie, ump, libertas, waintraub





