07.11.2009
Dr Christian et Mr Pierret, ou la schyzophrénie idéologique des caciques "socialistes"
Dans La gauche en France (Perrin, 2006), l'Historien Michel Winock constate la schyzophrénie idéologique du Parti socialiste, fermement anticapitaliste dans le discours (qu'il soit ou non dans l'opposition) mais particulièrement enclin à adopter une gestion libérale quand il tient les rênes du pouvoir. Cette posture contradictoire est surtout due à une volonté d'hégémonie sur la Gauche, volonté menacée par les surenchères de l'extrême-gauche (communiste hier, anticapitaliste aujourd'hui) auxquelles les socialistes se sentent obligés de faire écho. Michel Winock souligne l' "incapacité du socialisme français à faire sa révolution révisionniste bernsteinienne", malgré les orientations déclarées à contre-coeur lors du Congrès de 1991.
Selon Michel Winock, le PS "n'a pas su complètement éradiquer son malaise ancien, ce "surmoi révolutionnaire" qui lui fait honte".
"Que manque-t-il au PS pour devenir un parti réaliste, ferme sur ses principes et conscient des limites et des contraintes de l'action gouvernementale ? Sans doute la réaffirmation, avec éclat, de son caractère réformiste défini depuis un quart de siècle. Prendre le chemin inverse de celui que suivait François Mitterrand dans la filiation guesdiste : s'affirmer un parti de "rupture" et gouverner au fil des nécessités de l'heure. [...] Mais pour retrouver cette cohérence entre le dire et le faire, comme le souhaitait déjà à la fin du XIXe siècle Eduard Bernstein en Allemagne, il faudra sans doute à la tête du Parti socialiste une forte personnalité, respectée et écoutée, portant les espoirs du parti au lieu de la médiocre concurrence actuelle des présidentiables ... [...] On a vu un Laurent Fabius retourner sa veste en vue du référendum du 29 mai, se déclarer pour le non, contrairement à ses positions antérieures, et venir même forger sa nouvelle légitimité de gauche dans l'effervescence d'une fête de L'Humanité, où il fut, du reste, abondamment sifflé par des participants agressifs. Un Dominique Strauss-Kahn, qui assume sans hésiter la ligne social-démocrate, et un François Hollande ne s'interdisent pas de poser pour une photo en compagnie des représentants de l'ultra-gauche (y compris les trotskistes Arlette Laguiller et Alain Krivine), tant l'obsession d'être " ancré à gauche " hante les rangs du PS, tant les ambitions des individus doivent s'y plier".
Trois ans après la publication de ces lignes, cette schyzophrénie semble s'être accrue : Martine Aubry, désormais à la tête du PS en tandem avec Benoît Hamon, tient un discours antilibéral totalement hypocrite et irresponsable. Tournant le dos aux modérés, elle ne cesse de faire des clins d'oeil à l'extrême-gauche, au NPA, qu'elle souhaiterait accueillir dans une "maison commune de la Gauche". Cette attitude est-elle digne d'un parti réformiste ? Serait-elle compatible avec l'exercice du pouvoir ?
Pour répondre à cette dernière question, il faut se tourner vers les collectivités territoriales et locales, dont un grand nombre est aux mains de caciques du PS.
A Saint-Dié (appelée Saint-Dié-des-Vosges par ceux qui n'y habitent pas), on retrouve un partisan de Laurent Fabius, Christian Pierret, dont certains choix politiques (la privatisation d'un service public comme l'eau, par exemple) entrent nettement en conflit avec une phraséologie de "Gauche" dont beaucoup de gens sont dupes ou feignent l'être.
Sur son site et dans la tribune d'expression politique de son groupe, M. Pierret s'est notamment fait le porte-parole de la "votation citoyenne" qui dénonce la perspective d'une privatisation de La Poste. Or, les citoyens les moins amnésiques se sont souvenus que la position de M. Pierret sur le "Service public postal" n'a pas toujours été aussi intraitable.
Un petit retour en 2002, quand Christian Pierret était membre du gouvernement Jospin, s'impose donc pour rafraîchir les mémoires.
Article de la revue Marianne du 13 mai 2002, intitulé "Un artiste nommé Pierret" :
" En quittant le ministère de l'Industrie, Christian Pierret n'a pas oublié de signer le décret (paru au Journal officiel daté du 5 mai) permettant à La Poste de gérer son patrimoine immobilier comme elle l'entend. L'entreprise va donc liquider quelques-uns des 17 100 bureaux de poste répartis en France.
Le ministre a ainsi réussi un tour de force : à quarante-huit heures d'intervalle, il a signé un décret affaiblissant un peu plus le service public et, avec ses amis du PS, un programme proposant de renforcer les services publics. Chapeau, l'artiste ! "
Etonnant cas d'école, qui prouve la distance, chez certains, entre le discours et la pratique du pouvoir.
Au sein du gouvernement Jospin, à une époque où le courant fabiusien apparaissait encore comme l'aile libérale du PS, Christian Pierret souhaitait la libéralisation rapide de La Poste et du marché de l'électricité, l'ouverture du capital de GDF, et l'assouplissement des 35 heures.
Le cas de Christian Pierret n'est pas isolé : nos mairies et nos conseils régionaux regorgent de ces notables du PS qui séduisent leur auditoire par un opportun discours antilibéral et anticapitaliste, discours qu'ils n'appliquent pas et auxquels ils tourneront totalement le dos s'ils sont un jour rappelés au sommet du Pouvoir. Véritable "tromperie sur la marchandise", cette attitude hypocrite est une des causes majeures du divorce croissant entre les citoyens et la politique, divorce qui fait le jeu des extrémismes.
Notre démocratie a besoin d'un discours de vérité, qui ne sacrifie en rien l'ambition réaliste du projet politique aux effets de manche de la posture idéologique. Ceux qui tiendront ce discours seront les seuls à pouvoir présenter une alternative crédible et responsable en 2012.
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A lire sur le site de L'Expansion : Patrick Coquidé, "Christian Pierret, un libéral en Jospinie", 21 décembre 2000.
09:40 Publié dans PS, Saint-Dié | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ps, parti socialiste, pierret, christian pierret, la poste, privatisation, services publics, fabius, aubry, hamon, winock
27.10.2009
MoDem aux régionales : une clarification quant au second tour est nécessaire
Le MoDem, en son conseil national de samedi dernier, vient de décider qu'il présenterait des listes autonomes dans chaque région ... au premier tour.
Je persiste à penser que les électeurs se préoccuperont également des stratégies de second tour avant de se rendre aux urnes. En effet, si le MoDem n'officialise pas sa position quant au second tour avant l'ouverture de la campagne, il risque de repousser les électeurs sympathisants de nos positions mais légitimement méfiants à l'idée de signer un chèque en blanc à d'éventuels mariages contre-nature lors de l'entre-deux-tours.
Je suis convaincu que le Mouvement démocrate doit affirmer sa volonté de se maintenir coûte-que-coûte au second tour. Son objectif affiché, l'alpha et l'oméga de sa stratégie, doit être l'accomplissement de son programme.
Or, tout "mariage" de second tour, nécessairement en position minoritaire, entraverait cet objectif, que ce soit :
- avec la Droite sarkozyste, qui partage de moins en moins nos valeurs ;
- avec la Gauche socialo-communiste, qui est tiraillée entre les non-choix de sa majorité socialiste et le sectarisme de sa composante communiste (le PCF vient de décider - ouf ! - le refus de toute alliance avec le MoDem au second tour) ;
- ou avec "Régions Ecologie", qui, sous l'influence des indécrottables Verts, revient au bercail du gauchisme "bobo" arrogant, sectaire, et prétendant avoir le monopole de l'écologisme politique.
Quelle est donc la stratégie que le MoDem doit adopter et annoncer aux Français ?
Qu'il présentera des listes autonomes dans chaque région. Que ces listes seront porteuses de projets novateurs. Or, ces projets ont leur cohérence d'ensemble. Pour préserver cette dernière, le maintien au second tour est une nécessité, et aucune fusion en position minoritaire n'aura lieu. Ce qui n'empêchera pas l'éventuelle convergence, sur la base de nos programmes, de quelques repêchés du premier tour soucieux de faire émerger une véritable alternative.
Joseph
10:11 Publié dans MoDem, Régionales 2010 | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : régionales, pcf, ps, ump, modem, europe ecologie, les verts, régions ecologie, stratégie
20.09.2009
Les citoyens méritent quand même la cohérence
[Illustration : Giovanni Benedetto Castiglione, L'Entrée des animaux dans l'arche, v. 1650-1664]
En écoutant l'émission L'Esprit public du 13 septembre, j'ai été amusé par l'intervention d'un des invités qui a comparé la majorité présidentielle à l'arche de Noé. Rappelons qu'à l'issue de l'épisode biblique, la myriade d'animaux embarquée par le vénérable ivrogne avait été sauvée de la fureur du déluge et, par conséquent, de l'extinction. Dans le cas de la majorité présidentielle, il n'est pas exclu que certaines espèces se fassent dévorer par leurs compagnons de soute avant la décrue.
En effet, quoi de commun entre les laïcs radicaux-valoisiens et les catholiques ultraconservateurs de Mme Boutin ? Quoi de commun entre les ex-centristes pro-européens partis à la soupe et les souverainistes anti-européens de M. de Villiers ? Cela me rappelle un peu l'affiche de Sennep contre le Front populaire, sur laquelle le communiste Cachin fraternisait avec le radical Herriot et le socialiste Blum pour mieux les avaler goulûment. Dans le cas de la Droite de 2009, c'est bel et bien Sarkozy qui compte tenir le rôle de l'ogre. Mais attention aux indigestions ...
Cette étonnante et hétéroclite coalition devrait faire ses preuves dès 2010. Pour les régionales en Lorraine, la liste de l'UMP sera ainsi ouverte "du centre gauche à de Villiers" [Vosges Matin, 13/09]. Objectif ? Réaliser le plus gros score possible dès le premier tour afin de créer une dynamique pour le second tour.

A gauche, le PS rêve de pouvoir réaliser le même grand écart acrobatique : « Qu’on se rassemble autour d’un compromis, jusqu’au MoDem, jusqu’au NPA ! » a récemment déclaré le président sortant de la région Lorraine, Jean-Pierre Masseret [Le Républicain lorrain, 13/09]. Il sait pourtant que les deux partis évoqués sont aussi conciliables que l'eau et l'huile. Le premier est humaniste et libéral, le second est extrémiste et antilibéral. Le premier tient à son indépendance, le second méprise le PS et exclut toute participation à l'exercice des responsabilités. Dans ces conditions, il paraît difficile à M. Masseret de coller, en faisant l'économie de tout choix politique et de toute cohérence, des alibis démocrates aux côtés d'alibis anticapitalistes sur la vitrine de l'unilatéralisme socialiste. Les communistes, eux, suivront (c'est leur seule chance de conserver leurs sièges), tandis que Les Verts, prenant leurs distances avec un Cohn-Bendit moins clivagiste, feront monter les enchères ... mais le MoDem, lui, restera indépendant.
[Illustration : Jean-Pierre Masseret en 2008]
Si nous, démocrates, avons renoncé à être l'armée de réserve "centre-droit" de l'UMP, ce n'est pas pour devenir les supplétifs "centre-gauche" du PS.
Nos électeurs comptent sur nous pour incarner et proposer une véritable alternative aux partis qui ont déjà eu l'occasion de faire leurs preuves. Nous ne devons pas décevoir cette attente, mais rester fidèles à nos valeurs, à notre impartialité, et construire un projet efficace pour nos régions. Un projet à défendre au premier tour ET au second. Une démarche cohérente, au service d'un projet cohérent.
10:18 Publié dans MoDem, Objectif 2012, PS, Régionales 2010, UMP | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, ps, masseret, lorraine, modem, npa, de villiers, boutin
12.09.2009
Polémique Hortefeux : l'exigence de transparence en question
Le tumulte politico-médiatique suscité par les propos de Brice Hortefeux est disproportionné. Je pense que la plaisanterie en question joue sur les stéréotypes populaires : elle est par conséquent à prendre au second degré et ne doit pas être considérée comme une remarque raciste. Bien au contraire. N'oublions pas, d'ailleurs, que M. Hortefeux fait tout pour faire oublier son passage au ministère de l'Identité nationale (dont il faut tout-de-même signaler l'intitulé vichyssois, destiné à contenter un certain électorat) en posant en cosmopolite (le passeport béninois qu'il exhibe fièrement) et en antiraciste redresseur de torts (mise à la retraite expéditive d'un préfet accusé de xénophobie).
Les gesticulations de la vieille gauche m'amusent : elle s'est à nouveau engoufrée dans cette vaine polémique sans aucun recul mais avec un mélange de mauvaise foi opportuniste et de précipitation hystérique. Une aubaine pour se voir attribuer un certificat d'antiracisme (car à gauche, c'est bien connu, il n'y a pas de racistes) ou faire oublier les "révélations" sur les magouilles électorales internes au PS ?
Rappelons un précédent récent, quand une plaisanterie de Sarko sur Zapatero avait été présentée par certains socialistes comme une insulte. Replacée dans son contexte, la boutade était cependant favorable au chef de gouvernement espagnol.
La Gauche aurait-elle perdu son sens de l'humour ? Sa culture politique et son discernement seraient-ils altérés par un visionnage intempestif des Guignols de l'Info ?
Il est vrai que les justifications de M. Hortefeux ont été pour le moins maladroites et peu convaincantes.
Cependant, même si les propos en question n'avaient, au fond, rien de raciste, il faut reconnaître que M. Hortefeux et ses amis politiques partagent une certaine responsabilité dans cet emballement médiatique.
En effet, de tels "buzz" ne sont possibles que dans un système politique où la forme et la communication prête-à-avaler priment sur le fond et sur les discours structurés et sincères. Si les responsables politiques s'adressaient plus souvent à leurs concitoyens avec un langage de vérité, sans les infantiliser ou les prendre pour des imbéciles, sans manier une langue de bois qui brouille tous les repères ... alors, les Internautes et les médias "traditionnels" n'en seraient pas réduits à fouiller les poubelles pour essayer d'y trouver des indices de la pensée authentique d'un ministre.
De même, un tel tumulte n'est possible que si les canaux d'information vitaux à la démocratie sont manipulés par le pouvoir : Internet doit alors prendre le relais et devient ainsi un défouloir où les vérités manquantes, réellement précieuses, se mêlent malheureusement à des analyses plus discutables, voire à de véritables tentatives d'intox'.
Ce n'est donc pas un prétendu abus de l'exigence de transparence qu'il faut dénoncer. C'est, au contraire, un pénible manque de transparence et de lisibilité politique et médiatique qui m'inquiète aujourd'hui.
Je ne partage donc pas du tout les déclarations d'Henri Guaino, conseiller et "plume" de Sarkozy, qui s'est exprimé récemment sur l'affaire Hortefeux :
« La transparence, ça veut dire qu'il n'y a plus d'intimité, plus de discrétion ; plus rien n'a d'épaisseur dans la transparence, à commencer par les êtres humains (…) on n'est plus responsable de rien, il faut juste faire attention de ne jamais rien dire. (...) La transparence absolue, c'est le début du totalitarisme. »
Ces propos, d'autant plus hypocrites qu'ils émanent d'un spécialiste de la com' trompeuse (Sarko héritier de Jaurès et de Blum, c'est de lui !), me rappellent étrangement ceux de M. Devedjian, qui essayait de minorer une insulte viriliste proférée - bien joué ! - dans la cour de l'Assemblée nationale et devant une caméra de télévision :
"la façon dont mes propos ont été diffusés et visionnés par des millions d’internautes pose quand même un vrai problème : si plus rien n’est privé, si tout doit être totalement transparent, le totalitarisme n’est pas loin et la liberté individuelle vraiment menacée".
J'avais commenté ces propos dans une de mes premières notes, que je me permets de rediffuser ci-dessous :
L'exigence de transparence : totalitarisme rampant ou garantie de démocratie ? [5 juillet 2007]
Sur son blogue, M. Devedjian s'excuse pour sa "grossièreté détestable à l’égard d’Anne-Marie Comparini".
Cependant, là où l'homme politique responsable clorait l'affaire par un pudique point final, le polémiste sans vergogne se croit obligé de retourner une contre-accusation à tous ceux qui ont légitimement condamné son insulte :
"la façon dont mes propos ont été diffusés et visionnés par des millions d’internautes pose quand même un vrai problème : si plus rien n’est privé, si tout doit être totalement transparent, le totalitarisme n’est pas loin et la liberté individuelle vraiment menacée".

Que répondre à cela ? Tout d'abord, qu'il est peu de lieux qui soient moins privés que le parvis vénérable du Palais Bourbon, sanctuaire de notre démocratie. Il ne s'agit donc pas de vulgaires propos de couloirs, surtout si l'on considère que M. Devedjian s'adressait ainsi à un représentant du peuple français en plein exercice de ses responsabilités.
L'argument de M. Devedjian pose néanmoins une question fondamentale : l'exigence de transparence, manifestée par de nombreux citoyens et en particulier par les internautes, est-elle incompatible avec les libertés individuelles garanties dans toute démocratie qui se respecte ? Autrement dit, l'oeil scrutateur d'Internet et la mémoire implacable de ce nouveau média sont-ils à cet égard les prémices d'un Big Brother qui émanerait de l'avidité des masses ?
Nous ne le pensons pas.
Et cela essentiellement pour deux raisons.
Tout d'abord, le recul de l'indépendance des médias traditionnels (les récentes tribulations du Monde ou des Echos sont là pour démontrer la réalité de la menace) nécessite la création de nouveaux espaces médiatiques, au sein desquels l'Internet, s'il respecte des critères éthiques et méthodologiques stricts, peut occuper une position crédible et privilégiée.
Ensuite, il faut reconnaître que l'opacité est nuisible à la démocratie, comme nous le rappellent ces jours-ci les relents nauséabonds de l'interminable affaire Clearstream, avec ses coups-fourrés, ses corbeaux haut-placés et ses obscures manipulations.
La démocratie nécessite au contraire que les paroles, les décisions et les actes, surtout lorsqu'ils émanent d'élus du Peuple ou d'autres grands serviteurs de ce dernier, puissent être librement examinés et débattus sur la place publique.
La démocratie ne craint pas la lumière, contrairement aux vrais totalitarismes, qui produisent l'ombre et l'obscurité comme les nuées fourbissent l'orage, et qui ont un besoin vital de cette opacité pour dissimuler leur honteuse illégitimité.
Joseph
18:32 Publié dans Démocratie, Gouvernement, Internet, Libertés, UMP | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : hortefeux, devedjian, ump, racisme, transparence, médias, ps
06.09.2009
"Parlement de l'alternance" : il ne faut pas oublier la droite non sarkozyste
J'ai écouté avec beaucoup d'intérêt le discours de clôture des Universités de rentrée du MoDem, prononcé cet après-midi par F. Bayrou.
Comme d'habitude, le tableau de la France dressé au début était plutôt pertinent mais un peu convenu. Concernant la présentation de notre famille politique, certains rapprochements m'ont paru abusifs (le triomphe électoral du PDJ japonais, fondé sur un programme très démagogique et intenable, ne doit pas être présenté comme un modèle). Quant au gag de la mouche, il m'a davantage laissé perplexe (clin d'oeil involontaire à Obama ?) qu'amusé.
Ces quelques réserves mises à part, l'ensemble du discours était bien construit : j'ai bien aimé l'annonce prélable du plan, où l'on reconnaît bien le prof derrière l'homme politique. Certaines déclarations, notamment sur l'éducation, m'ont fait chaud au coeur. Outre les douze idées formulées en conclusion, on a pu entendre quelques propositions très concrètes (exemple : prime à la casse pour les chaudières) et, sur certains projets gouvernementaux (taxe carbone, réforme des collectivités locales), Bayrou ne s'est pas comporté en opposant systématique : il y a apporté une réponse constructive et même assez favorable, moyennant certaines réserves sur la méthode de réalisation.
La partie la plus attendue du discours était cependant celle qui devait porter sur la stratégie du MoDem vis-à-vis des autres partis de l'opposition. Tout en réaffirmant que son parti n'avait pas de gage à donner à Martine Aubry et ne connaîtrait d'autre "primaire" que le premier tour des grandes élections (régionales, présidentielle), Bayrou s'est prononcé pour l'ouverture d'un dialogue ou d'un débat public entre tous ceux qui ne souhaitent pas la réélection de Nicolas Sarkozy en 2012. Il a parlé à ce propos d'un "Parlement de l'alternance" (pourquoi pas un "Jeu de Paume" de l'alternance ?), destiné à servir de terrain d'échange entre les différents acteurs du changement.
Concernant ces derniers, je reproche à Bayrou de ne pas s'être montré assez explicite. En affirmant sa volonté de dialogue avec des mouvements politiques "différents", il devrait savoir que la majorité des Français pensera que cela n'implique que des partis "de gauche", dont les communistes ... alors que ces derniers y sont parfaitement hostiles : rappelons que Robert Hue, présent aux côtés de Peillon et Sarnez à Marseille, anime aujourd'hui un club "progressiste" très en marge du PCF.
En réalité, il serait bon de rappeler que Bayrou tend depuis longtemps la main aux formations politiques républicaines non sarkozystes, qu'elles soient effectivement de gauche (sociaux-démocrates du PS, modérés des Verts) ... ou de droite (libéraux, gaullistes). Je trouve dommage que cette dernière famille politique n'ait pas été évoquée cet après-midi. Pour rester indépendant tout en acceptant de rassembler au-delà des vieux clivages (idée forte de la campagne de 2007), il me paraît important de réserver, dans cet hypothétique "Parlement de l'alternance", une place conséquente aux femmes et hommes "de droite" déçus par Sarkozy. Je pense notamment aux partisans de Dupont-Aignan (dont le souverainisme, d'essence gaulliste, est bien plus modéré et intelligent que les éructations d'un De Villiers) et aux villepinistes (au moment où le destin de leur chef est à un tournant intéressant), qui, pour paraphraser la citation empruntée à Mgr Claverie, incarnent une autre de ces vérités qui nous manquent.
Pour être valable, la stratégie de Bayrou doit conserver son équilibre : négliger notre aile droite serait une erreur, car la France n'est pas à gauche. Pour pouvoir incarner en 2012 la "synthèse" des acteurs de l'alternance, Bayrou doit s'assurer du pluralisme de son "Parlement" virtuel ... et rester au-dessus de la mêlée.
18:47 Publié dans Objectif 2012 | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : modem, ps, verts, ump, sarkozy, bayrou, villepin, dupont-aignan, 2012, alternance, aubry
31.08.2009
Sinistre sinistrisme
Dans ma note précédente, j'ai évalué la part de progressistes au sein du Parti socialiste à environ 40 %. Parmi les 60 % restants, on retrouve les scories du vieux socialisme d'Epinay, avec son tic exaspérant du sinistrisme, qui consiste à tenir un discours gauchiste pour ne pas être complexé et distancé par les formations démagogues d'extrême-gauche (le PC autrefois, le NPA aujourd'hui).
L'Université d'été du PS à La Rochelle, pendant laquelle les militants continuaient à chanter l'Internationale, s'est en effet achevée sur une nouvelle démonstration de surenchère verbale "à Gauche" ... à la fois archaïque, intenable et irresponsable.
Morceaux choisis du discours de clôture de Martine Aubry :
"Tout d’abord, un remboursement de 200 euros de TVA pour les 16 millions de ménages modestes, non imposables, qui n’ont pas bénéficié du remboursement des deuxième et le troisième tiers de l’impôt sur le revenu. Le coût est de 3,2 milliards d’euros, qui se retrouveront ici immédiatement dans la croissance et l’emploi."
"Nous demandons le maintien des allocations familiales pour les enfants majeurs de plus de 20 ans."
"Le Parti socialiste propose une procédure de mise sous tutelle de l’entreprise [bénéficiaire mais qui délocalise] par le tribunal de grande instance sur saisine des salariés en amont des licenciements."
[A propos de l'analyse des origines de la crise] "C’est là que commence la différence entre les libéraux et les autres, entre eux et nous, la gauche".
"Nous entrons dans la construction de la maison commune de la gauche, car la gauche, c’est notre histoire, c’est notre avenir."
Ce discours sinistriste et antilibéral ne peut constituer une alternative crédible au système actuel (lui-même antilibéral car ultralibéral) ou aux dérives du sarkozisme. Il maintient le parti de la rue de Solférino dans de vieux schémas perdants (l'étatisme, la pression fiscale sur les classes moyennes, l'acroissement des dépenses, les aides à la consommation plutôt qu'à l'investissement) auxquels les Français ne croient plus. Cette tendance, aujourd'hui à la tête du PS avec l'archaïque Martine Aubry et le sinistre Benoît Hamon, est celle de la social-démocratie complexée, qui ne s'assume pas, et qui refuse de comprendre que la France n'est pas "de Gauche".
Il y aura certainement un jour où les militants et les élus les plus lucides finiront pas se séparer de ce vieux socialisme, relégué dans la poussière idéologique d'un Mélenchon ou d'un Besancenot, et accepteront de jeter un regard moins sectaire sur leur droite ... En attendant, la machine perdante est lancée, et à toute vitesse, contre le mur de 2012.
10:00 Publié dans Objectif 2012, PS | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ps, aubry, socialisme, la rochelle, hamon, social-démocratie, démagogie
30.08.2009
Régionales : quelle stratégie pour le MoDem ?
L'Université de rentrée de la semaine prochaine apportera sans doute les premiers éléments de réponse.
En attendant, examinons différentes hypothèses :
* Des stratégies régionales "à la carte" : Des fusions (après le premier tour) avec des listes "de Gauche" ou "de Droite", selon les régions et les projets en présence, pourraient se justifier sur le principe de la différenciation des enjeux par échelle (municipale, départementale, régionale, nationale) et sur celui du libre examen des bilans de chaque majorité régionale.
Ces considérations, parfaitement justifiables d'un point de vue logique et philosophique, avaient guidé la stratégie "à la carte" du MoDem aux municipales de mars 2008. Or, l'électeur ne s'y est trop souvent pas retrouvé. Pour ma part, j'estime que la confusion venait moins de la stratégie "à la carte" (parfaitement adaptée à une échelle très locale, aux problématiques spécifiques et à une personnalisation très forte du scrutin municipal) que de l'attitude des instances nationales du MoDem, qui ont souvent accordé leur investiture à l'aveuglette, sans enquêter sérieusement sur les situations politiques locales.
En réalité, l'argument le plus défavorable à une stratégie "à la carte" est celui du risque d'étouffement en cas de fusion inéquitable. En effet, les grands partis clivagistes préfèrent souvent les vassaux aux alliés. Or, rien ne serait plus préjudiciable aux élus du MoDem que d'être inaudibles et impuissants au sein de majorités qui ne les respectent pas vraiment.
* Une stratégie nationale applicable à toutes les régions : François Bayrou lui-même s'est prononcé en faveur de cette option. Facilement applicable au premier tour (où, vraisemblablement, les démocrates se présenteront aux citoyens sous leurs propres couleurs), cette stratégie devient beaucoup plus compliquée au second.
** Alliances dès le premier tour : L'argument de l'étouffement évoqué plus haut joue également contre cette hypothèse. En effet, sur quels rapports de force pourrait-on bâtir les listes ? Il serait illusoire, dans ces conditions, d'obtenir une véritable représentativité des démocrates.
C'est ce scénario de l'humiliation volontaire qui tracassait Christophe Ginisty quand, sur la base de bruits de couloirs, il a accusé Marielle de Sarnez de vouloir faire liste commune avec les socialistes dès le premier tour. Rappelons que, malgré la solidité et la sincérité de son engagement et de ses principes, Ginisty joue quelquefois les Cassandres imprudentes (quand Quitterie Delmas a quitté le MoDem, il l'a accusée de préparer son entrée dans l'équipe de Ségolène Royal) ... En réalité, le discours très remarqué (à la fois audacieux et prudent) de M. de Sarnez à Marseille s'incrivait davantage dans une stratégie à moyen terme ciblée sur 2012 et dans une opération de séduction de l'aile progressiste du PS (que j'évalue à environ 40 % des militants socialistes).
Le MoDem n'a aucun intérêt à se plier à une déclinaison régionale d'une "Union de la Gauche" passéiste et illusoire (le PS, du moins dans sa conformation actuelle, ne sera jamais enclin à la collégialité et au pluralisme sincère) ... ou à une stratégie sarkozyste visant à rassembler autour de l'UMP ses satellites et ses chapelles les plus contradictoires (les radicaux laïcs, les débauchés de la Gauche et du Centre mou et les réacs villiéristes sur de mêmes listes) et destinée à assurer à la Droite un score intimidant dès le premier tour.
** Autonomie au premier tour, éventuelle fusion au second : C'est un peu ce que prône Marielle de Sarnez quand elle dit : "Personnellement, je suis pour affirmer d’abord notre identité et notre autonomie, et participer ensuite à des rassemblements plus larges, car personne ne peut gouverner seul, pas plus une région qu’un pays."
Or, le problème, en cas de fusion annoncée, est celui de la démobilisation de l'électeur. En effet, si je sais déjà que voter MoDem aux deux tours revient à voter pour une liste conduite par le PS au second, pourquoi ne pas "voter utile" - ou, pire, ne pas voter du tout - lors du premier dimanche des élections ?
J'estime (et c'est peut-être également ce que suggère M. de Sarnez) que le seul type de fusion envisageable au second tour est celui d'une fusion en position de force. Pour ce faire, le MoDem devrait arriver en seconde position (ou en troisième au coude-à-coude). C'est très ambitieux me direz-vous. Peut-être ... Mais on ne doit se présenter à une élection qu'avec la conviction d'avoir la légitimité et la possibilité de remporter la majorité des suffrages.
** Autonomie au premier tour et au second tour : C'est l'hypothèse la plus optimiste et la plus volontariste. Rappelons qu'il faut avoir obtenu au moins 10 % au premier tour pour pouvoir se maintenir. Ce n'est pas impossible pour le MoDem, loin de là.
L'inconvénient réside plutôt dans l'hypothèse d'une défaite au second tour qui favoriserait la victoire de la liste la plus éloignée de nos valeurs. Dans ces conditions, le MoDem serait accusé de pratiquer la politique du pire. Ce risque n'est pas à négliger, mais il ne faut pas nous complexer pour autant : à nous de réaffirmer notre volonté de rassemblement de tous les progressistes.
Vous l'aurez compris, je suis favorable à une stratégie autonome dès le premier tour, avec une possibilité de rassemblement au second tour en cas de qualification en position de force (seconde position ou troisième au coude-à-coude). En cas de malheur (moins de 10 %), deux options s'offrent à nous : le retrait imposé par la disqualification résultant d'un score inférieur à 5 % (il va sans dire qu'une telle contre-performance ne permettrait pas la survie du MoDem) ou le retrait volontaire et le refus de fusion entre 5 et 9 % (pour réaffirmer notre non-alignement et notre choix de ne pas jouer aux supplétifs).
A vous de juger la pertinence de ces options qui, il n'est pas inutile de le rappeler, ne pourront convaincre les électeurs que si elles mettent en scène des listes innovantes (plus "jeunes", en tout cas, que celles des européennes) basées sur des programmes ambitieux (mais brefs et percutants) articulant habilement plateforme nationale et propositions régionales.
12:25 Publié dans Régionales 2010 | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : régionales, marielle de sarnez, ps, ump, politique, région
29.07.2009
Les anomalies du redécoupage électoral
Les circonscriptions électorales nécessitaient un redécoupage. Le Conseil constitutionnel l'exigeait depuis une vingtaine d'années en raison des transformations démographiques. Il s'agissait donc de créer de nouvelles circonscriptions dans certaines zones très peuplées mais sous-représentées à l'Assemblée nationale, et, parallèlement, de supprimer certains "bourgs-pourris" dépeuplés.
Sur cette base logique, l'entreprise de redécoupage aurait pu être parfaitement consensuelle.
Or, plusieurs points légitiment la polémique :
1. Le chantier a été confié à des membres de l'actuelle majorité : cette dernière se retrouve ainsi juge et partie. Membre de l'UMP (dont il était "secrétaire national aux élections"), M. Marleix ne pouvait qu'être suspecté de préjugés partisans ... alors qu'une réforme de cette ampleur aurait du être confiée de A à Z à une personnalité neutre ou, à défaut, à une commission parfaitement mixte sur le plan politique.
2. Les électeurs sont libres : ils n'appartiennent à personne et peuvent voter, s'ils le souhaitent, contre leurs intérêts socio-professionnels et contre leurs intérêts de classe (ce qui s'est d'ailleurs largement produit en 2007). Ceci dit, les difficultés rencontrées par M. Marleix pour faire accepter par ses amis politiques la suppression de 15 circonscriptions actuellement détenues par la majorité (contre 18 à l'opposition) démontrent le poids des calculs partisans qui s'effectuent en prenant en considération le profil sociologique et politique propre à chaque zone.
3. On parle d'un critère objectif de 125 000 habitants par circonscription.
Or, pourquoi prendre en compte le nombre d'habitants plutôt que le nombre d'électeurs ? Je ne suis pas sûr que cela revienne absolument au même.
4. Ce critère ne semble pas avoir été appliqué partout. Si l'on regarde la situation des Vosges, département peuplé de moins de 380 000 habitants, on ne peut que s'étonner de la persistance de quatre circonscriptions : 380 000 / 125 000 = 3 (et des poussières). Or, ces quatre circonscriptions sont actuellement détenues par la majorité, dans un département où le poids politique d'un ancien président du Sénat reste très important : dans ces conditions, on peut se poser des questions sur l'impartialité du redécoupage.
5. A nombre de députés constant (577), on va créer 11 sièges pour représenter les "Français de l'étranger". Outre le fait que ces derniers sont plutôt favorables à la Droite, on peut s'interroger sur la légitimité de telles circonscriptions extra-territoriales. En quittant son pays, auquel il ne verse donc plus d'impôt et à l'économie duquel il ne contribue plus, un citoyen expatrié (quelquefois par volonté d'évasion fiscale) a-t-il autant de légitimité dans le débat démocratique qu'un citoyen vivant sur le territoire national ? On pourra objecter à cette remarque le principe suivant : les députés représentent des électeurs et non des territoires. Or, pourquoi ne pas rattacher dès lors ces expatriés à leurs circonscriptions d'origine ?
Tous ces points posent problème et font de cette réforme une usine à gaz contestable et contestée, mettant ainsi en cause la légitimité et la représentativité des députés qui seront élus en 2012.
Il y aurait bien un moyen de sortir de ce débat inextricable tout en renforçant la représentativité de la Chambre basse, mais il irait à l'encontre du monopole concerté de l'UMPS : l'adoption du scrutin de liste avec une part non négligeable (à définir) de proportionnelle. Dans ce cas, il n'y aurait plus de circonscriptions, plus de "bourgs-pourris" partisans, et tous les électeurs auraient le même poids !
Joseph
10:53 Publié dans Objectif 2012, PS, UMP | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : marleix, circonscriptions, redécoupage, charcutage, vosges, français de l'étranger, ump, ps
22.07.2009
Couleurs primaires
Quelques dignitaires du Parti socialiste viennent de publier une tribune dans Libération pour exposer le résultat de leurs réflexions sur l'organisation d'une primaire visant à désigner leur candidat à la présidentielle de 2012.
Leurs propositions, aussi vagues soient-elles, appellent quelques observations.
Ils parlent d'une primaire "ouverte aux sympahisants".
L'idée n'est pas mauvaise en soi, car elle tient compte du fait que les appareils et les corps partisans sont rarement représentatifs de l'électorat "réel", qui peut rester longtemps fidèle à un courant politique sans pour autant vouloir s'encarter.
Or, cela pose un problème fondamental : à quoi reconnaît-on un "sympathisant" ? Appartient-il aux partis de désigner - ce qui serait déjà le fruit d'un travail très complexe et très long - ceux qui seraient, dans le meilleur des cas, des "compagnons de route" ou, de manière moins valorisante, des "militants de second ordre" ?
Doit-on au contraire accepter toutes les bonnes volontés, au risque de voir arriver une foule d'adversaires politiques profitant de l'occasion pour jouer au "maillon faible" en désignant le candidat le plus fragile ? Ce risque de noyautage est réel : il suffit de rappeler la disparition dans la nature des nombreux militants PS "à 20 euros" qui s'étaient inscrits pour désigner Ségolène Royal en 2006.
Ils parlent d'y intégrer les "partis progressistes qui le souhaitent".
Qu'est-ce qu'un parti progressiste ? Posons la question à l'envers : quel parti ne revendique pas la marche vers le progrès ? Je pense que même les Frontistes imaginent que leurs propositions tendent vers leur conception propre du "progrès".
"Partis progressistes". Quelles interprétations donner à cette expression particulièrement vague ? La Gauche ? Mais elle est éclatée entre des courants inconciliables : quoi de commun, en effet, entre les bobos partageux du NPA, les vieux notables post-staliniens aux postures anti-libérales du PC-PG et les bourgeois libéraux complexés du PS ? Une partie de ces derniers pourrait, à la limite, s'entendre avec les démocrates, mais cela signifierait une rupture avec le mythe de l'"Union à Gauche", ce qui est blasphèmatoire à leurs yeux.
De plus, si un parti acceptait de se prêter au jeu, cela voudrait dire qu'il renonce d'entrée de jeu à ses propres idées, vu qu'il se lancerait dans une primaire sans plateforme programmatique préalable, et qu'il accepte de courber le dos sous les fourches caudines du PS : car il ne viendrait pas en terrain neutre, mais dans un processus strictement encadré et contrôlé par le Parti socialiste. Mis à part quelques satellites traditionnels de la rue de Solférino, je ne vois pas quelle formation politique accepterait de prêter aussi rapidement allégeance avant de connaître le premier mot d'un programme politique engageant l'avenir de la France pour, au moins, cinq ans.
11:31 Publié dans PS | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : primaires, ps, socialistes, 2012, présidentielle
03.06.2009
Saint-Dié : la politique de l'esquive
Je viens de recevoir le magazine mensuel de Saint-Dié-des-Vosges. Comme d'habitude, ses 32 pages tout en couleurs dressent un chatoyant panégyrique de l'action de la "majorité" de Christian Pierret, à grand renfort d'effets d'annonce, d'autocélébration, de récupération d'initiatives ... Il en va ainsi chaque mois, grâce à une coûteuse campagne de communication interne.
Malgré son caractère officiel et institutionnel, ce magazine sait également se montrer délicieusement indiscret, à la limite du "people" : en effet, en l'ouvrant en page 4, vous verrez plusieurs photos d'une fête privée organisée sur les deniers personnels d'un célèbre cavaliere déodatien, uniquement entouré, pour l'occasion, d'amis et de proches. Mieux que Gala ou Closer ! Et, en plus, c'est gratuit ! (Enfin, si vous ne payez pas d'impôts à Saint-Dié ...)
Ce mois-ci, c'est un enfant du pays qui est à l'honneur de la couverture du magazine : il s'agit de Jules Ferry, né à Saint-Dié en 1832 et inhumé dans cette même cité en 1893. Une série d'animations (colloque, conférence, concours ...) devrait en effet être organisée autour de ce grand personnage de la IIIe République dont notre ville a immortalisé par le bronze les célèbres favoris.
Bien sûr, on restera dans le consensuel, en célébrant le Ferry républicain, père de l'école laïque, gratuite et obligatoire. Dans son éditorial, Christian Pierret met d'ailleurs en garde ceux qui voudraient rappeler avec trop d'insistance la politique colonialiste de Ferry-Tonkin : "Cet aspect de l'homme mérite mieux que des lieux communs et un avis tranché sur quelques lignes. Notons simplement - histoire de lancer le débat sans sombrer dans les si faciles procès posthumes - que sa politique d'expansion coloniale recevait l'aval de nombreux intellectuels et Républicains de l'époque ...". En tant qu'historien, je ne peux que saluer cette volonté de ne pas céder aux interprétations anachroniques ou aux raccourcis faciles, mais, en contre-partie, je me garderais tout autant de verser dans l'hagiographie sans nuances. Redonnons-donc la parole au principal intéressé, Jules Ferry lui-même, qui, dans un célèbre discours de 1885 à l'Assemblée nationale, affirmait :
"Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit sur les races inférieures. [...]
Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures."
Voilà qui devrait réchauffer le coeur de nombreux Déodatiens descendants de ces nations dites "inférieures" que la France voulait "civiliser" ! On rendra cependant justice au célèbre ministre en rappelant qu'il n'avait évidemment pas la même connaissance que nous, enfants du terrible XXe siècle, des conséquences ultimes de tels discours.
Mais ce n'est pas encore ce qu'il y a de plus intéressant dans cette revue mensuelle qui présente, en page 18, les tribunes politiques de l'opposition et de la majorité.
La tribune des groupes d'opposition (coalisés et unis, ce qui est rare dans les autres grandes communes) rappelle ses propositions (baisser d'au moins 5 % la taxe d'habitation), souligne les réalisations hasardeuses (le boulodrôme à près d'un million d'euros) ou avortées (Nova America : 60 000 € d'études pour un projet à revoir entièrement) et met en lumière les contre-vérités et les zones d'ombre du "bilan" municipal distribué à grands frais (parmi un budget de communication d'un million d'euros) aux Déodatiens.
Donc, du côté des oppositions : des propositions et des contre-propositions pour la ville, ainsi que des critiques fondées sur des réalités municipales concrètes et chiffrables.
Sur l'autre colonne, celle de la tribune du groupe de la "majorité", c'est le nom de ... Sarkozy qui ouvre la première phrase. Le ton est donné : ne parlons surtout pas des Déodatiens et détournons le débat sur des sujets de politique politicienne nationale ! On pourrait également se défausser sur la crise, non ? Bingo ! Le mot apparaît dès la deuxième phrase !
Comment relier tout ça à la situation politique locale ? Mais oui, mais c'est bien sûr ... en affirmant que la politique de l'Elysée est "applaudie par MM. Parmentier et Vincent" ! Plus loin, on parle de la "complicité silencieuse des conseillers municipaux de l'opposition" ...
Des applaudissements ... silencieux ! Cette satanée opposition ne fait décidément rien comme les honnêtes gens !
L'auteur (anonyme) de la tribune enfonce le clou en reparlant de cette effroyable "opposition UMP de MM Parmentier et Vincent". Il doit sans doute être fort mal informé (mais l'ignorance n'est-elle pas le meilleur ciment d'une foi aveugle ?), car M. Vincent est au Mouvement démocrate. Mais bon ... plus c'est gros, mieux ça passe. Et il vaut mieux faire oublier que l'opposition est plurielle (droite républicaine, centre démocrate, gauche alter', divers gauche et citoyens indépendants) face à une "majorité" pierretiste sectaire qui se réclame du socialisme. Ce qui est un comble quand tous les services publics, tels que l'eau, les ordures ménagères, l'éclairage, le chauffage, la restauration collective ... sont concédés à des sociétés privées.
Face à des oppositions qui vont au coeur du sujet en se basant sur des faits et en se penchant sur le cadre de vie concret de nos concitoyens, la "majorité" préfère démunicipaliser le débat, en évitant soigneusement les questions portant sur son bilan.
C'est la sempiternelle politique de l'esquive, assaisonnée de folles rumeurs et autres "bonnes manières".
Jules Ferry, quant à lui, respectait le principe de responsabilité vis-à-vis des citoyens : il expliquait et assumait courageusement ses choix (même, nous l'avons vu, les plus discutables) et ne tournait pas autour du pot face à ses opposants (tel Clemenceau, qui était, à l'époque, un porte-parole de la gauche radicale).
Mais bon ... autres temps, autres moeurs.
Joseph
20:57 Publié dans Saint-Dié | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : saint-dié, pierret, jules ferry, ps, ump, modem, saint-dié-des-vosges, vincent, parmentier





