26.10.2009
Les Sarkozy et l'EPAD : reculer pour mieux sauter
Face à une levée de boucliers politico-médiatique qui commençait à trouver un écho (malgré les cloporteries des godillots de l'UMP) auprès des parents des classes moyennes dont les enfants ne trouvent pas de travail malgré leurs diplômes, Nicolas Sarkozy a fini par demander à son fils Jean (23 ans, aucun diplôme, aucune expérience professionnelle) de retirer sa candidature à la présidence de l'EPAD.
Mais le Dauphin sera tout de même un des administrateurs de cet établissement public stratégique. Le loup est donc bel et bien dans la bergerie : il ne reste plus qu'à trouver un quelconque élu UMP pour servir d'homme de paille afin de s'assurer de l'imbrication docile du quartier d'affaires dans les projets élyséens du "Grand Paris".
François Bayrou voit dans ce recul "un tournant", considérant que le pouvoir a cédé face au mécontentement du peuple.
Je ne partage pas vraiment cette dernière analyse. En réalité, Nicolas Sarkozy ne fait que reculer d'un pas après avoir, une nouvelle fois, "testé" l'opinion pour voir jusqu'où il pouvait aller dans ses tentatives quotidiennes de viol des valeurs républicaines. Quand l'opinion aura les yeux tournés vers un autre spectacle ou d'autres préoccupations, il avancera à nouveau de deux pas, acculant progressivement la République au précipice.
Cette méthode, si l'on en croit l'historien Pierre Milza, était déjà celle du tout premier président, triomphalement élu, qui n'a fait que se servir de la République pour mieux l'assassiner :
"Les malheurs et les échecs avaient depuis l'enfance accoutumé Louis-Napoléon à dissimuler sa pensée, à ne pas dévoiler ses plans, à faire machine arrière lorsqu'il rencontrait une résistance trop forte, bien décidé à reprendre l'initiative une fois le danger écarté."
(Pierre Milza, Napoléon III, Perrin, 2004, p. 188-189)
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06.09.2009
"Parlement de l'alternance" : il ne faut pas oublier la droite non sarkozyste
J'ai écouté avec beaucoup d'intérêt le discours de clôture des Universités de rentrée du MoDem, prononcé cet après-midi par F. Bayrou.
Comme d'habitude, le tableau de la France dressé au début était plutôt pertinent mais un peu convenu. Concernant la présentation de notre famille politique, certains rapprochements m'ont paru abusifs (le triomphe électoral du PDJ japonais, fondé sur un programme très démagogique et intenable, ne doit pas être présenté comme un modèle). Quant au gag de la mouche, il m'a davantage laissé perplexe (clin d'oeil involontaire à Obama ?) qu'amusé.
Ces quelques réserves mises à part, l'ensemble du discours était bien construit : j'ai bien aimé l'annonce prélable du plan, où l'on reconnaît bien le prof derrière l'homme politique. Certaines déclarations, notamment sur l'éducation, m'ont fait chaud au coeur. Outre les douze idées formulées en conclusion, on a pu entendre quelques propositions très concrètes (exemple : prime à la casse pour les chaudières) et, sur certains projets gouvernementaux (taxe carbone, réforme des collectivités locales), Bayrou ne s'est pas comporté en opposant systématique : il y a apporté une réponse constructive et même assez favorable, moyennant certaines réserves sur la méthode de réalisation.
La partie la plus attendue du discours était cependant celle qui devait porter sur la stratégie du MoDem vis-à-vis des autres partis de l'opposition. Tout en réaffirmant que son parti n'avait pas de gage à donner à Martine Aubry et ne connaîtrait d'autre "primaire" que le premier tour des grandes élections (régionales, présidentielle), Bayrou s'est prononcé pour l'ouverture d'un dialogue ou d'un débat public entre tous ceux qui ne souhaitent pas la réélection de Nicolas Sarkozy en 2012. Il a parlé à ce propos d'un "Parlement de l'alternance" (pourquoi pas un "Jeu de Paume" de l'alternance ?), destiné à servir de terrain d'échange entre les différents acteurs du changement.
Concernant ces derniers, je reproche à Bayrou de ne pas s'être montré assez explicite. En affirmant sa volonté de dialogue avec des mouvements politiques "différents", il devrait savoir que la majorité des Français pensera que cela n'implique que des partis "de gauche", dont les communistes ... alors que ces derniers y sont parfaitement hostiles : rappelons que Robert Hue, présent aux côtés de Peillon et Sarnez à Marseille, anime aujourd'hui un club "progressiste" très en marge du PCF.
En réalité, il serait bon de rappeler que Bayrou tend depuis longtemps la main aux formations politiques républicaines non sarkozystes, qu'elles soient effectivement de gauche (sociaux-démocrates du PS, modérés des Verts) ... ou de droite (libéraux, gaullistes). Je trouve dommage que cette dernière famille politique n'ait pas été évoquée cet après-midi. Pour rester indépendant tout en acceptant de rassembler au-delà des vieux clivages (idée forte de la campagne de 2007), il me paraît important de réserver, dans cet hypothétique "Parlement de l'alternance", une place conséquente aux femmes et hommes "de droite" déçus par Sarkozy. Je pense notamment aux partisans de Dupont-Aignan (dont le souverainisme, d'essence gaulliste, est bien plus modéré et intelligent que les éructations d'un De Villiers) et aux villepinistes (au moment où le destin de leur chef est à un tournant intéressant), qui, pour paraphraser la citation empruntée à Mgr Claverie, incarnent une autre de ces vérités qui nous manquent.
Pour être valable, la stratégie de Bayrou doit conserver son équilibre : négliger notre aile droite serait une erreur, car la France n'est pas à gauche. Pour pouvoir incarner en 2012 la "synthèse" des acteurs de l'alternance, Bayrou doit s'assurer du pluralisme de son "Parlement" virtuel ... et rester au-dessus de la mêlée.
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Xavier Bertrand a de nouveau raté une bonne occasion de se taire
Sacré Xavier Bertrand !
Depuis l'Université d'été des Jeunes populaires (jeunes UMP) à Seignosse, il a cru bon de critiquer François Bayrou en affirmant que ce dernier "a tourné le dos à l'idéal européen". Idéal qui, aux dires du secrétaire général de l'UMP, serait aujourd'hui défendu par Nicolas Sarkozy.
Il est vrai qu'avec le souverainiste anti-européen Philippe de Villiers dans la majorité présidentielle, le sarkozysme a tout pour plaire aux europhiles !
00:05 Publié dans UMP | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : européennes, europe, bayrou, bertrand, modem, de villiers
24.06.2009
Au secours ! La vieille UDF revient.
Hasard du calendrier ?
Au moment même où Michel Mercier quitte le MoDem pour entrer au gouvernement, un autre coup de pied de l'âne vient frapper ma boîte mail, à mon grand étonnement : « Rassembler les centristes » (RLC), un groupuscule d'élus nostalgiques de l'UDF de Giscard mené depuis 2008 par le sénateur Arthuis (à gauche sur la photo), vient de m'envoyer une invitation à son congrès fondateur.
Je ne peux que m'interroger sur le sens de la démarche des RLC, qui proclament leur indépendance tout en posant comme préalable les alliances à droite. Un retour pur et simple à l'UDF d'avant 2006 ?
Ils écrivent : « Ce nouveau parti [...] se repositionnera là où se trouvaient nos illustres aînés ». Au centre-droit, donc.
Pourtant, un parti occupe déjà le même créneau : il s'agit du « Nouveau Centre », assimilé à l’UMP.
Pour en revenir à la date de ce congrès fondateur de RLC, moins de trois semaines après les européennes, il faut se souvenir de la démarche comparable menée par un certain Cornillet, alors candidat aux sénatoriales, au lendemain des municipales de 2008. Les grandes déclarations cachaient alors les grandes manoeuvres entreprises entre les murs du Palais du Luxembourg.
De la même manière, la création d'un nouveau parti de centre-droit pourrait s'inscrire dans l'actualité de la Chambre haute. En effet, l'entrée de Mercier (futur adhérent de RLC ?) au gouvernement bouge les lignes au Sénat : une recomposition de l'insolite groupe "centriste" (mêlant sarkozystes du Nouveau Centre, Bayrouistes du MoDem, et de prudents "sans-étiquette") est-elle à l'ordre du jour ? Les six sénateurs démocrates fidèles à François Bayrou vont-ils se retrouver parmi les non-inscrits ? Cela aurait au moins le mérite de lever certaines ambiguités.
Je m'interroge quand même sur la manière dont les amis de M. Arthuis ont relevé mon adresse pour l'inscrire sur leur liste de diffusion électronique, alors que je n'ai jamais manifesté l'envie de m’étouffer avec cette vieille poussière.
Le positionnement au "Centre" est-il une fin en soi ou, simplement, une situation politique par défaut ? J'opterais plutôt pour la seconde solution, et, par conséquent, je ne me revendique pas spécialement comme "centriste" : je suis avant tout un démocrate, et le seul parti qui défend mes valeurs et mes idéaux est le MoDem de François Bayrou. Aux "Générations engagées", aux "Promoteurs" et aux autres jeunes énergies de ce mouvement de lui donner les moyens de s'imposer comme une force alternative à vocation majoritaire, contre toutes les vieilles combinaisons usées des Morin, Mercier, Arthuis et compagnie, morts-vivants d'une vieille UDF enterrée en 2006 au Congrès de Lyon ...
Joseph
16:20 Publié dans MoDem | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rassembler les centristes, arthuis, modem, bayrou, mercier
08.06.2009
Sous les fourches caudines ... et au delà
Il ne faut pas se voiler la face : la médaille en chocolat, à 8,5 % de matières grasses, a un goût salement amer ...
Mercredi encore, les infaillibles instituts de sondage nous annonçaient sur le podium, à 13 %.
Que s'est-il passé ?
Un lynchage en règle. Vite fait, bien fait.
Abus de pouvoir, c'était la théorie, résumée ci-après : les médias ne sont pas indépendants car ils se contentent de servir, sans réfléchir aux conséquences, les intérêts du pouvoir en place. Cris d'indignation des Apathie, des Chabot et Cie ...
Jeudi-vendredi-samedi, ce fut la mise en pratique : isolez un incident mineur, gavez-en le badaud depuis le jeudi après-midi (avant même la diffusion du Chabot-Show) jusqu'au samedi, en omettant (ou en minorant) bien entendu les provocations et les diffamations de l'autre partie. Imposez le message que Bayrou, ce "Le Pen light", ce "minable", a "pêté les plombs". Essayez même de le faire dire à ses propres soutiens (les faux-culs partis à la soupe en 2007 le feront bien, mais qui les écoute ?). Le bûcher de monsieur est avancé.
En parallèle, faites monter l'autre larron, en demandant à Barnier, Fillon et Cie d'en dresser un portrait élogieux. Si cela ne suffit toujours pas, faites diffuser à grande échelle (télé, Internet, projections gratuites ou à prix réduit ...) un immense tract en faveur de la cause qu'il prétend défendre. En 2002, ça avait bien marché sur le thème de l' insécurité. Objectif : foutre la trouille à l'électeur, le tenir par les tripes pour l'emmener à l'isoloir comme on amène un troupeau de moutons à l'abattoir. Un coup qui coûte cher ? Ce sera un grand bourgeois, un richissime magnat ami de la droite, qui financera l'opération.
Mai 68 : un jeune rebelle aux cheveux roux placarde des affiches sur les murs gris de la Sorbonne. On y voit un CRS au micro de l'ORTF : "La police vous parle tous les soirs à 20 h".
Juin 09 : Quarante-et-un ans plus tard, le message de l'affiche est toujours aussi vrai ... mais c'est le jeune rebelle d'hier qui tient, en souriant, le micro au CRS.

Tout ce qui s'est passé ces derniers jours ne fait que renforcer mes convictions : le constat dressé dans Abus de pouvoir était exact. La lutte, aujourd'hui plus difficile, n'en est que plus légitime ...
Joseph
15:33 Publié dans MoDem | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : modem, européennes, bayrou
04.06.2009
J - 3 : Le programme du MoDem pour l'Europe
Pour conclure ce compte à rebours entamé au mois de novembre, voici les points du programme des démocrates qui me paraissent les plus intéressants et les plus dignes de recueillir, dimanche, le suffrage des électeurs :
1. Créer un plan de relance européen orienté vers une croissance verte et financé par un emprunt européen
Mettre en oeuvre un plan de relance européen, qui doit comporter trois volets complémentaires : des dépenses d'avenir pour aider les PME (investissement dans la structure industrielle existante), des mesures de solidarité envers les plus démunis et les classes moyennes (politique d'urgence sociale), et des investissements à plus long terme vers une croissance verte, grâce notamment à la mise aux normes durables des bâtiments et au développement des transports propres. Le budget de le recherche sera quant à lui doublé et les projets jugés "stratégiques" pour l'avenir seront financés par un fonds spécial.
Ce plan de relance sera financé par un emprunt européen qui pourra atteindre jusqu'à 3 % du PIB.
2. Faire de l'Europe, et au premier plan la zone euro, un acteur de la régularisation de la mondialisation
Renforcer le budget européen grâce à une taxe carbone et une taxe sur les mouvements spéculatifs.
Supprimer les stock-options et les paradis fiscaux, afin d'harmoniser les règles du jeu économique.
Peser sur la réforme de l'OMC pour y intégrer les exigences sociales et environnementales nécessaires à un développement responsable.
N'autoriser l'importation de produits que lorsqu'ils respectent nos normes (sanitaires, éthiques et écologiques).
3. Harmoniser les politiques sociales vers le haut, pour empêcher les dumping et ré-affirmer le droit aux services publics
Garantir à tous les européens des services publics (santé, éducation, formation tout au long de la vie ...) de qualité, qui feront l'objet d'une directive-cadre.
Instaurer "la clause de l'Européenne la plus favorisée" afin d'étendre à toute l'Europe la version la plus progressiste des droits des femmes.
Développer la notation sociale (et environnementale) des entreprises.
4. Préserver notre environnement et notre santé
Orienter la recherche européenne vers un grand programme destiné à développer les énergies du futur.
Instaurer un moratoire sur les OGM tant que des recherches indépendantes n'auront pas évalué tous leurs effets.
Orienter les financements des fonds sociaux vers la formation aux nouveaux métiers du développement durable.
Promouvoir une agriculture européenne de qualité, durable car respectueuse de l'environnement, basée sur un tissu d'exploitations à taille humaine.
5. Promouvoir une démocratie européenne transparente et intégrant davantage les citoyens
Organiser des débats publics consultatifs trois mois avant les prises de décision.
Instaurer un référendum d'initiative européen, afin de permettre aux citoyens d'interpeller leurs élus et de prendre leur part d'initiative législative.
Garantir les droits fondamentaux de tous les européens, ainsi que la protection des données personnelles sur Internet.
Assurer, partout, l'indépendance de la justice.
6. Faire de l'Europe une puissance mondiale influente et au discours cohérent
Coordonner les diplomaties nationales et "jouer collectif" dans les grands organismes mondiaux (FMI, Banque mondiale, OIT ...).
Instaurer une défense européenne indépendante qui proposerait une alternative à l'OTAN, cette dernière alliance étant sous influence américaine.
Voilà donc quelques points forts de ce programme.
Il est parfaitement réalisable.
Il est indispensable.
Or, pour pouvoir le mettre en oeuvre, il ne manque plus qu'une seule chose : l'appui des citoyens, appelés aux urnes ce dimanche 7 juin.
Ce grand rendez-vous démocratique continental, unique au monde, sera déterminant pour notre avenir, car il porte sur une législature (2009-2014) qui correspond à une période charnière de l'Humanité : des décisions cruciales seront prises, et elles nous engageront tous.
Ne laissons pas passer cette chance !
19:07 Publié dans "J -" ... chronique de l'élection européenne 2009 | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : modem, bayrou, jean-françois kahn, nathalie griesbeck, européennes, 7 juin
20.05.2009
J - 18 : Les mensonges de Martine et de ses amis
Martine Aubry et ses amis mentent aux Français.
Ils ne mentent pas par principe ou par vice.
Mais par peur.
Peur que leur incapacité à s'opposer (Martine Aubry a d'ailleurs refusé d'être qualifiée d' "opposante", ce qui en dit long) et à tracer une nouvelle perspective crédible ne les fasse sombrer dans la marginalité.
Peur de la vacuité de leur projet européen.
Peur du nouveau grand parti qui, après avoir entrepris sa campagne européenne avant toutes les autres grandes formations (l'une ne s'occupait alors que des régionales, l'autre était empêtrée dans un congrès de scission), après avoir organisé des "cafés démocrates" souvent très didactiques et toujours très pertinents sur le fonctionnement de l'UE et les réformes que l'on doit y mener (j'ai assisté à l'un d'eux où intervenait l'eurodéputée Nathalie Griesbeck), après rappelé sa filiation idéologique avec les pères fondateurs de la construction européenne ... est aujourd'hui critiqué par ses concurrents de Droite comme de Gauche pour s'être soi-disant éloigné des questions européennes. Quand la mauvaise foi fait oeuvre de rhétorique ...
Mais le plus gros(ssier) mensonge réside dans un racourci intenable : selon Martine Aubry et ses amis, le Parti démocrate européen (PDE), au sein duquel siège les eurodéputés du MoDem, serait un complice sans vergogne des faucons de l'ultra-libéralisme et des dérégulations antisociales.
Pour rétablir la vérité, je vous renvoie à l'excellent article de Libération (feuille que l'on pourrait difficlement qualifier de "Droite" ou "ultra-libérale") rédigé la semaine dernière par Cédric Mathiot :
[...] Le PS a un objectif : dégonfler l’« imposture Bayrou » (dixit Harlem Désir) et mitraille en boucle cet argumentaire : si le leader centriste s’affiche en opposant résolu en France, le Modem penche nettement plus à droite sur les bancs du Parlement européen, notamment sur la question des services publics. Martin Schulz, président des socialistes européens invité à jouer les supplétifs lors de la campagne du PS, a trouvé une jolie formule pour ouvrir la chasse au Bayrou : « A la maison, il parle comme Karl Marx en exil, mais, à Bruxelles, il est avec des sauvages néolibéraux », clamait-il à Toulouse le 24 avril.
Sur France Inter, quelques jours plus tard, Martine Aubry insistait :« Sa voix [de Bayrou, ndlr] a rarement manqué lorsqu’il a fallu casser et libérer les services publics. Aujourd’hui même, il a signé le manifeste de Stockholm qui est le programme des libéraux dont il fait partie pour les prochaines élections européennes. Leur première demande, c’est de rentrer la concurrence dans le service public, casser l’éducation nationale, casser l’hôpital public. Voilà ce que défend, avec ses amis, M. Bayrou, en Europe. »
Preuve d’une réelle inquiétude, le PS est prêt, pour dégonfler la «tentation Bayrou» de l’électorat de gauche, à certains raccourcis, voire contre-vérités.
Contrairement à ce que répète Martine Aubry (la dernière fois en date lors du meeting de Clermont-Ferrand), le Modem n’appartient pas au parti libéral européen (ELDR). Au parlement européen, le Modem se situe dans le groupe parlementaire ADLE (Alliance des démocrates libéraux européens), créé voilà cinq ans. Ce groupe rassemble le Parti démocrate européen (petit parti cofondé par le Modem et les démocrates italiens) et donc l’ELDR d’orientation libérale, voire ultralibérale. Un voisinage assumé par le Modem : « Nous sommes en accord avec les libéraux sur les questions institutionnelles, mais pas sur les questions économiques et sociales. C’est clair depuis le début », revendique Marielle de Sarnez, vice-présidente du Modem.
De fait, si le manifeste de l’ELDR (que le Modem n’a pas du tout signé, n’appartenant pas au parti) milite pour un « renforcement et une extension du marché unique dans le domaine de l’énergie, des chemins de fer et des soins de santé, tout en facilitant davantage la libre circulation des services et des travailleurs », le programme du Parti démocrate européen affiche un discours beaucoup plus soft…
Mais au diable les nuances, le PS veut surtout cogner dur. [...]
Le PS reproche ainsi au Modem de s’être opposé au vote d’un amendement socialiste excluant du champ de la directive Bolkestein les services d’intérêt général et les SSIG (services sociaux d’intérêt général). Une charge qui omet de signaler que le Modem avait préféré voter son propre amendement… au contenu identique.
Gilles Savary, eurodéputé socialiste sortant (mais pas reconduit sur les listes) et spécialiste des services publics, reconnaît que la critique relève de la caricature : « Le Modem n’a pas toujours défendu les positions du PS sur les services publics, mais il n’a pas pour autant voté avec les libéraux. Le Modem a beaucoup évolué sur ces questions en dix ans. Depuis la dernière mandature, ils ont régulièrement aligné leur position sur celle du PSE, qui sont souvent moins radicales que celles des socialistes français. Pour être conséquentes, les critiques portées par Aubry sur le Modem devraient aussi l’être contre une partie du PSE. »
Lors du vote de la directive Bolkestein, le Modem avait ainsi voté nombre d’amendements contre l’ELDR, et aux côtés des socialistes. Et, pour le vote final, les eurodéputés du parti centriste avaient finalement voté pour l’adoption du texte. Contre le PS français. Mais avec le reste du PSE.
On pourrait ajouter à ce dernier constat que, dernière son "Manifesto" et son unanimisme de façade, c'est bien le PSE dont les composantes ibériques et anglaise devraient soutenir la reconduction à la tête de la commission européenne du chantre de l'ultralibéralisme et du bushisme en Europe, à savoir J. M. Barroso.
Le PS de Martine Aubry, qui se décharge de son manque de projet européen sur une alliance hétéroclite, le PSE, dont les votes rejoignent le plus souvent ceux du PPE, est donc fort mal placé pour dénoncer son concurrent en diabolisant ses partenaires ponctuels de groupe parlementaire.
Largement devancé dans les sondages par le parti au pouvoir (du jamais-vu lors d'une élection intermédiaire), le PS tente de relancer sa campagne, avec le soutien rhétorique de ses alliés objectifs de l'UMP et des Verts, en peignant sur la muraille une grande fresque épique de la glorieuse croisade de la "Gauche contre la "Droite", des "Socialistes" contre les "Libéraux".
Or, cette croisade clivagiste est d'autant plus illusoire que les deux "gros" partis semblent s'être parfaitement concertés pour empêcher l'avènement d'une politique nouvelle pour l'Europe.
Aux électeurs bien informés de leur donner tort le 7 juin prochain !
10:51 Publié dans "J -" ... chronique de l'élection européenne 2009 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ps, européennes, schulz, aubry, adle, pde, modem, bayrou
14.05.2009
Martine Aubry, ou la solitude de la mouche du coche
Aubry n'a pas voulu des royalistes ... mais elle demande des royalties !
Extraits d'une dépêche AP du 12 mai :
Martine Aubry a accusé aujourd'hui François Bayrou d'avoir commis "un petit plagiat" d'un ouvrage du PS dans son pamphlet "Abus de pouvoir" contre Nicolas Sarkozy.
"Nous aimerions avoir quelques royalties, car même si notre livre sur 'La France en libertés surveillées' n'a pas fait le même succès, je sens comme un petit plagiat", a lâché la Première secrétaire du PS devant les parlementaires et grands élus socialistes réunis rue de Solférino pour la campagne des européennes. [...]
Sorti le 30 avril, "Abus de pouvoir" (Plon) figure depuis parmi les livres les mieux vendus. L'offensive lancée en mars par le PS sur le même thème des libertés publiques n'a pas remporté le même succès. Le "Printemps des libertés" organisé le 22 mars au Zénith de Paris n'avait réuni qu'un millier de militants

Après l'UMP qui assimile les démarches d'opposition à un crime de haute trahison contre les "réformes", voilà que le PS, par la voix de sa première secrétaire (forte de la légitimité incontestée conférée par son élection à la Bush 2000), revendique le monopole sur cette même opposition.
Et tant pis si ce parti est aujourd'hui plus incapable que jamais de fédérer le rejet de la politique de la majorité actuelle (un comble, dans le cadre d'élections intrevenant presque à mi-mandat !), et tant pis si Martine ne parvient même pas à rassembler le mouvement politique qui lui a été confié par les caciques ...
Pourtant opposée au libéralisme (ce qui est une idiotie, car il ne faut pas confondre le libéralisme, basé sur la liberté garantie par ses propres limites, et l'ultra-libéralisme, fondé sur la loi du plus fort) et au capitalisme, Martine semble vouloir truster l'opposition, en faire son monopole ou sa marque déposée, accusant de contrefaçon ceux qui réussissent là où elle-même a échoué : elle cherche à oublier sa propre solitude et son inefficacité notoire (voir l'échec du "Printemps des libertés") en stigmatisant ceux qui incarnent aujourd'hui un véritable espoir et une véritable alternative.
Joseph
10:00 Publié dans PS | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : martine aubry, aubry, ps, bayrou, libertés
10.05.2009
J - 28 : Barnier va-t-il découvrir le multipartisme ?
Les listes UMP vont l'emporter aux européennes grâce à un argument choc : l'opposition c'est l'Anti-France (ou l'Anti-Europe) !
En effet, quelle traîtrise que d'avancer un projet alternatif à celui du pouvoir en place, quelle félonie que d'oser critiquer la mémorable "présidence française" qui, c'est pourtant évident, a fait de Sarkozy et de ses partisans les seuls thuriféraires admissibles de l'idéal européen ! Circulez, y'a rien d'autre à proposer !
J'en veux pour preuve un spot télévisé récent et récurrent, diffusé à l'occasion de la journée de l'Europe et destiné à lutter contre l'abstention :
Sur une musique plutôt entraînante (une version instrumentale du néo-New-Orderien Good Girls (love bad boys) du groupe français A Bigger Splash), c'est toute l'Histoire de l'Europe qui défile sous nos yeux en une sarabande, consensuelle au possible, de la figure tutélaire du père-fondateur Schuman à Rostropovitch jouant sur les ruines du Mur de Berlin, pour s'achever par ces mots : "Présidence française", "G20" (?) et par l'image ... de Sarkozy. Une jeune femme apparaît alors pour nous enjoindre à nous rendre aux urnes.
Un spot électoral de l'UMP ?
Presque ...
Il s'agit en réalité d'une opération gouvernementale, réalisée par Thierry Saussez à la demande de Bruno Le Maire. Officiellement, son but est de présenter une vision consensuelle de l'Europe (l'amitié franco-allemande, le programme Erasmus...) destinée à intéresser les Français au scrutin du mois prochain. Mais pour la forme, la mise en valeur de la "présidence" de l'UE (officiellement assurée par Kouchner, au titre de ministre des Affaires étrangères, et non par Sarko, soit-dit en passant) aboutirait presque à identifier ces élections à un plébiscite sarkozyste ... et à assimiler son parti, l'UMP, au camp des Européens convaincus face à celui des défaitistes et des sans-projets !
C'est en substance les propos tenus hier par Michel Barnier, tête de liste en IDF, qui a employé une comparaison footbalistique digne de la fraction la plus beaufisante de son électorat : "c'est comme si vous aviez l'équipe de France qui joue -on sait que la partie est difficile en ce moment- et que sur les bancs de touche, vous aviez des joueurs dans l'équipe de France qui disent qu'ils souhaitent l'échec de leur équipe". Avant de déclarer : "J'aimerais bien que, dans ce débat, on parle un peu plus des questions européennes, des solutions européennes aux problèmes de la France, et qu'on n'entende pas seulement la gauche ou M. François Bayrou taper, taper toute la journée, comme si c'était leur seul programme que de critiquer Nicolas Sarkozy".
M. Barnier a beau jeu de critiquer le transfert d'enjeux purement nationaux (le vote-sanction anti-Sarko) sur les élections européennes. Il n'a cependant pas empêché son omniprésident de s'afficher sur le matériel de campagne de son parti ...
Ces élections européennes ne doivent pas être un plébiscite pour ou contre Sarkozy, mais bien une opportunité de relancer le processus européen en lui insufflant un esprit plus humaniste et démocrate. Cela dit, si le pouvoir en place pouvait en tirer à l'occasion quelques leçons sur ses propres insuffisances, ce ne serait pas une mauvaise chose !
De même, d'honorables résultats pour les candidats démocrates prouveraient la possibilité d'une alternative future. Pour reprendre la comparaison de Barnier, c'est en 2012 que les Français devront remplacer les essouflés et faire rentrer des compétiteurs plus "frais" et plus habiles sur le terrain français ... mais il y a d'abord un autre match à jouer. Ne nous trompons pas d'enjeu.
Pour l'instant, les élections du 7 juin doivent avant tout servir à porter à Strasbourg l'espoir d'une Europe des citoyens qui puisse tourner le dos au modèle de société commun à MM. Barroso et Sarkozy et proposer des solutions crédibles à la crise actuelle.
Joseph
P.S. : Si quelqu'un a un lien vers le spot en question, merci de l'indiquer dans les commentaires, afin que les lecteurs puissent juger par eux-mêmes.
12:36 Publié dans "J -" ... chronique de l'élection européenne 2009 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : barnier, européennes, idf, bayrou, sarkozy, ump, modem
04.05.2009
"Ensemble tout devient possible" ... même critiquer un livre sans l'avoir ouvert
Invité de "Dimanche soir politique" sur France Inter, le concierge du parti présidentiel a estimé que le nouveau livre de François Bayrou, Abus de pouvoir (Plon) n'était pas très gentil envers Nicolas Sarkozy : "C'est un ouvrage vide de propositions mais rempli de haine".
Il est vrai que les opposants politiques pourraient au moins avoir la courtoisie de ne pas dire de mal du pouvoir en place ... et de détailler toutes leurs idées trois ans à l'avance pour permettre au président de les récupérer (en les dénaturant complètement, bien entendu). Non mais !
Précision fournie par l'agence AP : Xavier Bertrand " a dit ne pas avoir lu ce livre mais avoir pris connaissance des extraits parus dans la presse".
Enfin un homme politique bien informé ! Plus besoin d'ouvrir un livre pour juger de l'intégralité de son contenu ...
J'attends avec impatience son analyse de La Princesse de Clèves !
15:38 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : xavier bertrand, bertrand, ump, bayrou, modem






