15.11.2009

Identité nationale : une invention de Pasqua pour siphonner les voix de l’extrême-droite

pasqua et sarko.jpgEn 2007, Nicolas Sarkozy a réussi à amadouer une bonne partie de l'électorat de Jean-Marie Le Pen en lui promettant la création d'un Ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale.

Cette association de la question de l'immigration au thème de l'identité nationale, propre à flatter les passions nationalistes voire xénophobes d'une partie de l'opinion, fut considérée comme une invention diaboliquement habile du candidat Sarkozy.

Le patron de l'UMP n'a pourtant que réemployé une trouvaille, restée jusque-là inopérante, de son mentor neuilléen, Charles Pasqua.

Ce dernier avait en effet utilisé cette expression dans un but semblable près de vingt ans plus tôt, lorsqu'il préparait avec Jacques Chirac le débat télévisé précédant le second tour de l'élection présidentielle de 1988 (28 avril 1988).

 

debat-chirac-mitterrand.jpgJACQUES CHIRAC :

« S'agissant de l'immigration tout court, il faut la stopper, parce que nous n'avons plus les moyens de donner un travail à des étrangers. [...] S'agissant de l'immigration clandestine, il faut évidemment lutter contre cette immigration avec beaucoup d'énergie et reconduire les intéressés à la frontière ou les expulser. Ils ont pris leurs risques en venant chez nous de façon illégale, ils sont le vivier naturel, non pas en raison de leurs origines, naturellement, mais parce que ce sont des marginaux et qu'ils se cachent, ils sont le vivier naturel des délinquants, voire des criminels, il faut donc les expulser. [...]

Alors, je voudrais simplement poser une question : moi, j'ai fait voter des lois pour la sécurité [...] et contre l'immigration, et notamment l'immigration clandestine. En particulier, une loi très importante, celle du 9 septembre 1986 [1] relative aux conditions d'entrée et de séjour des étrangers en France. [...] Ma question est la suivante : les Français y sont sensibles, est-ce que votre intervention est de poursuivre ma politique dans ce domaine et, notamment, de maintenir la loi du 9 septembre 1986 ou, au contraire, votre intention est-elle de changer et, notamment, de la faire abroger dans l'hypothèse où vous seriez élu ?

C'est un problème d'identité nationale et de mode de vie des Français et de cohésion sociale. »

 

FRANCOIS MITTERRAND :

« Vous n'avez pas fait de clin d'œil, là, à personne ? » [2]

 

CHIRAC :

« Mais, moi, je n'ai pas changé ; j'applique une politique depuis deux ans, monsieur le Président [...] et là c'est en tant que Premier ministre que je l'ai fait. Maintenant, en tant que candidat, je dis à monsieur Mitterrand : qu'allez-vous faire ? Ma politique ou, au contraire, la vôtre ? »

 

MITTERRAND :

« Je vais vous répondre. Mais, est-ce la vôtre cette politique que vous venez de définir ? »

 

CHIRAC :

« Celle que j'applique depuis deux ans ... »

 

MITTERRAND :

« C'est cela, vous voulez dire celle qui pourrait réunir les 51 % dont parlait M. Pasqua l'autre soir ... »

 

Notes :

[1] La première « loi Pasqua » donne aux préfets le droit de prononcer la reconduite à la frontière des étrangers en situation irrégulière et rétablit le régime de l'expulsion tel qu'il existait avant 1981.

[2] Au premier tour de la présidentielle du 24 avril 1988, Jean-Marie Le Pen a réalisé un score important, de près de 15 % des voix. Afin d'additionner ce score à celui du candidat du RPR, Charles Pasqua convainc Jacques Chirac de droitiser davantage sa campagne et, surtout, de négocier directement avec Le Pen. La rencontre, organisée au domicile parisien d'un ami de Pasqua, se passe assez mal. Pourtant, le 1er mai, Le Pen appelle à faire barrage au socialisme en votant « pour le candidat résiduel », c'est-à-dire pour Chirac.

Pasqua 1987.jpgLe lendemain, dans Valeurs actuelles, Charles Pasqua déclare : « Sur l'essentiel, le Front national se réclame des mêmes préoccupations, des mêmes valeurs que la majorité. »

Après sa défaite au second tour, le 8 mai, Jacques Chirac lance à Pasqua : « Tu vois où tes conneries m'ont mené ... ».

 

Bibliographie :

Franz-Olivier Giesbert, La Tragédie du président : Scènes de la vie politique, 1986-2006, Flammarion, Paris, 2006, chapitre 5, pp. 36-41.

Face à face - Le débat télévisé au second tour de l'élection présidentielle (1974-1995), Textes rassemblés, Editions du Boucher, Paris, 2002 (téléchargeable en pdf)

 

11.11.2009

Pour un MoDem libre et audible aux deux tours des régionales : soutenez cette initiative

Afin de lancer un débat nécessaire sur la stratégie des démocrates au second tour des régionales, je vous propose de vous prononcer en faveur d'une stratégie, clairement annoncée aux citoyens, de maintien et d'indépendance de notre Mouvement lors du second dimanche du scrutin.

Sans cette indépendance, nos futurs élus ne pourront pas appliquer ou défendre nos programmes régionaux, novateurs et porteurs d'espoir et sur lesquels nous travaillons depuis plusieurs mois.

Que deviendront nos idées si elles sont noyées dans des majorités de droite ou de gauche ouvertes à des mouvements qui ne partagent pas du tout nos valeurs ?

Serons-nous encore crédibles si nous nous attelons à un des deux blocs clivagistes (UMP ou NC) ? L'électeur de 2010 comme celui de 2012 ne pourra que répondre négativement à cette question.

Notre indépendance est notre force. Elle est également la condition d'une alternance en 2012.

Si vous partagez cette analyse, et si vous souhaitez voter "MoDem" aux deux tours des régionales :

- rejoignez notre groupe Facebook ;

- ou, si vous n'êtes pas connecté à Facebook, laissez un message dans les commentaires de cette note.

 

Joseph

01.11.2009

Les électeurs d'extrême-droite, c'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes ...

dupont_lajoie.jpgLe succès électoral de Nicolas Sarkozy en 2007 est dû, en grande partie, au siphonnage effectué auprès de l'électorat de Jean-Marie Le Pen. Ce n'est un secret pour personne : les cathos traditionalistes de St-Nicolas-du-Chardonnet, les nostalgiques rassis du pétainisme et, surtout, les Dupont Lajoie de bistrot ont massivement délaissé le borgne breton au profit de celui qui promettait de nettoyer la société française à grands jets de Kärcher, d'être intraitable en matière d'immigration, d'aller traquer la "racaille" jusque dans le génome, et d'instaurer un ministère de l'Identité nationale.

Que la polémique enfle au sujet du népotisme anti-républicain pratiqué par "le château", et l'on ressort aussitôt les vieilles marottes puantes, destinées non seulement à détourner l'attention des badauds mais aussi à flatter dans le sens du poil toute la multitude extrémiste que je viens d'évoquer plus haut. On se dépêche donc d'envoyer trois Afghans se faire embrocher sur les pals des Talibans avant d'annoncer à grands cris la tenue d'un grand débat sur l' "identité nationale".

Or, à défaut d'être un véritable homme d'Etat, Sarkozy est un politicien avisé : en tant que tel, il devrait se souvenir que les électeurs préfèrent toujours l'original à la copie. Du coup, le dernier sondage montre un Front national en progrès de trois points, à près de 10 % des intentions de vote aux régionales ... tandis que l'UMP perd deux points ainsi que la confiance d'une partie de l'électorat modéré.

Quand on joue avec le feu, on finit souvent par se brûler les doigts.

27.10.2009

MoDem aux régionales : une clarification quant au second tour est nécessaire

Le MoDem, en son conseil national de samedi dernier, vient de décider qu'il présenterait des listes autonomes dans chaque région ... au premier tour.

Je persiste à penser que les électeurs se préoccuperont également des stratégies de second tour avant de se rendre aux urnes. En effet, si le MoDem n'officialise pas sa position quant au second tour avant l'ouverture de la campagne, il risque de repousser les électeurs sympathisants de nos positions mais légitimement méfiants à l'idée de signer un chèque en blanc à d'éventuels mariages contre-nature lors de l'entre-deux-tours.

Je suis convaincu que le Mouvement démocrate doit affirmer sa volonté de se maintenir coûte-que-coûte au second tour. Son objectif affiché, l'alpha et l'oméga de sa stratégie, doit être l'accomplissement de son programme.

Or, tout "mariage" de second tour, nécessairement en position minoritaire, entraverait cet objectif, que ce soit :

- avec la Droite sarkozyste, qui partage de moins en moins nos valeurs ;

- avec la Gauche socialo-communiste, qui est tiraillée entre les non-choix de sa majorité socialiste et le sectarisme de sa composante communiste (le PCF vient de décider - ouf ! - le refus de toute alliance avec le MoDem au second tour) ;

- ou avec "Régions Ecologie", qui, sous l'influence des indécrottables Verts, revient au bercail du gauchisme "bobo" arrogant, sectaire, et prétendant avoir le monopole de l'écologisme politique.

Quelle est donc la stratégie que le MoDem doit adopter et annoncer aux Français ?

Qu'il présentera des listes autonomes dans chaque région. Que ces listes seront porteuses de projets novateurs. Or, ces projets ont leur cohérence d'ensemble. Pour préserver cette dernière, le maintien au second tour est une nécessité, et aucune fusion en position minoritaire n'aura lieu. Ce qui n'empêchera pas l'éventuelle convergence, sur la base de nos programmes, de quelques repêchés du premier tour soucieux de faire émerger une véritable alternative.

Joseph

04.10.2009

Rencontres démocrates au FIG de Saint-Dié

A lire sur le blog du MoDem de la 2e circonscription des Vosges.

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30.09.2009

Régionales en Lorraine : panorama des forces en présence ... à l’heure actuelle

Les élections régionales auront lieu dans un peu plus de cinq mois. On peut toutefois déjà dresser un tour d’horizon des forces politiques qui se préparent à présenter leurs propositions aux Lorrains.

Les sortants : PS + PCF

Malgré ses appels à la constitution d’une majorité invraisemblablement hétéroclite allant de l’extrême-gauche jusqu’au centre, il est clair que le sénateur Jean-Pierre Masseret (PS), président sortant, ne pourra compter que sur le PCF pour faire liste commune dès le premier tour. Les communistes ne peuvent en effet risquer une tentative en solo, sous peine d’être immédiatement éliminés : les 4,2 % réalisés dans la région lors des dernières élections ne font que conforter le choix déjà effectué en 2004.
Même s’il pèse moins de 5 %, l’apport du PCF n’est pas négligeable pour un PS affaibli par un score médiocre aux européennes (18,4 %). Certes, la « prime aux sortants » jouera certainement, promettant davantage au tandem que 22 %. Mais l’alliance PS + PCF devrait tout de même avoir du mal à retrouver les 29 % de 2004.
Mon pronostic à l’heure actuelle : environ 25 %.

La droite en Reconquista : UMP + PR + « Ouverture » (MPF et autres)


En campagne depuis plusieurs mois, le député nancéen Laurent Hénart appartient au Parti radical « valoisien », associé à l’UMP. Plus dynamique et moins conservateur qu’un Longuet, il ne peut réitérer la contre-performance historique de ce dernier (7 points d’écart derrière le tandem PS + PCF en 2004).
Même si le divers droite Jean-Louis Masson présente à nouveau une liste dissidente, la liste Hénart devrait pouvoir compter sur un score très proche de celui des sortants. L’inconnue majeure réside néanmoins dans le manque de cohérence d’une liste qui pourrait voir la cohabitation inédite de radicaux de gauche avec des villiéristes ! D’ailleurs, l’objectif de cet assemblage - arriver en première position au premier tour - pourrait bien être manqué si Masson persistait dans sa stratégie de 2004 ("Rien n'est décidé", a récemment assuré l'intéressé, qui semble prendre un malin plaisir à faire monter les enchères).
Mon pronostic : environ 25 %.

Le spectre de l’extrême-droite : FN

Frappée sporadiquement par la désindustrialisation, la décrépitude urbaine et le désarroi rural, la Lorraine est un terreau idéal pour le populisme xénophobe. D’autant plus que les postures empruntées par Sarkozy pour siphonner Le Pen risquent de ne plus faire illusion très longtemps.
Troisième en 2004 (17,6 %), le FN pourrait l’être à nouveau en 2010 ... mais vraisemblablement avec un score amoindri (moins de 8 % aux européennes) pour la liste conduite par Thierry Gourlot.
Mon pronostic : autour de 12 %.

Les Verts dans l’euphorie post-européennes  : Lorraine Écologie

Revigorés par les bons résultats d’Europe Écologie en juin 2009 (13,9 % en Lorraine), les Verts, menés par Daniel Béguin, ont décidé de présenter une liste autonome au premier tour, histoire de négocier favorablement la fusion - annoncée - du second tour avec le tandem de gauche (dont ils pourraient assurer la victoire au second tour). Pour ce faire, ils devront cependant prouver qu’ils tiennent davantage à un projet écologiste pragmatique qu’à certaines des lubies de la vieille gauche que Cohn-Bendit avait astucieusement réussi à mettre en sourdine.
Mon pronostic, à l’heure actuelle : près de 10 %, mais dans une fourchette très large (entre 5 et 14 %).

Les démocrates attendus au tournant : MoDem

Douché par un mauvais score national lors des dernières européennes, le MoDem a toutefois réussi à convaincre plus de 10 % des Lorrains qui se sont exprimés sur l’Europe. Lors des régionales de 2004, l’UDF, qui n’était qu’un parti de centre-droit, avait réuni plus de 8 % des suffrages lorrains.
Pour le MoDem de 2010, fort de ses nouvelles orientations écologiques et sociales, tous les espoirs devraient être permis : les 10 % nécessaires au maintien sans fusion ne paraissent pas inaccessibles. Mais ils le seront à coup sûr si les démocrates choisissent d’avancer dans l’ombre d’un partenaire annoncé en vue du second tour. A mon sens, il faut démontrer notre indépendance et se fixer comme objectif le maintien, afin de se donner les moyens de défendre notre programme jusqu'au bout.
Toute fusion ne serait qu’un jeu de dupe et un suicide politique dans la perspective de 2012. D’ailleurs, un choix de fusion diviserait tant le Mouvement démocrate que les reports de voix se répartiraient entre les deux "premiers" finalistes et l’abstention. Ils ne pourraient par conséquent modifier la donne, ni en faveur de Masseret - qui n’en aura peut-être pas besoin - ni en faveur de Hénart, dont les réserves seront très minces.
Mon pronostic, à l’heure actuelle : près de 10 % (fourchette entre 8 et 11 %).

L’Extrême-gauche

L’Extrême-gauche peut se développer sur les mêmes tristes « atouts » que le FN, l’aspect nationaliste ou identitaire en moins. Comme les Verts, son électorat pourrait être assez utile (même partiellement et sans fusion) au second tour du tandem sortant.
Mon pronostic : autour de 6 %.

Les Radicaux de gauche

Le poids des radicaux de gauche est difficile à évaluer en Lorraine. Ils ont bien remporté un score honorable en 2004 (4,7 %), mais ont été absents des derniers scrutins, ne présentant aucun candidat aux européennes.
Tout comme le MoDem, leur stratégie de second tour reste à définir, même si un dialogue est en cours, localement, depuis plusieurs années, avec les « cousins » du Parti radical valoisien. Il est cependant plus qu’incertain que cette réunification radicale puisse mobiliser l’ensemble de l’électorat radical de gauche de 2004 en faveur d'une liste de droite.
Mon pronostic : près de 5 % (peut-être beaucoup moins).


Pour l’instant, tout cela n’est qu’une arithmétique fort discutable (les régionales de 2004 appartiennent déjà à une autre époque, tandis que les enjeux, le mode de scrutin - à un tour - et les comportements des européennes ne sont pas transposables).
La situation va, bien entendu, évoluer progressivement dans les prochains mois en fonction de quatre paramètres cruciaux :

- la composition des listes ;

- l’analyse du bilan de la majorité socialo-communiste sortante ;

- la probable « pollution » du débat par des enjeux nationaux ;

- la présentation des projets propres à chacune des listes.

C’est surtout sur ce dernier point que le Mouvement démocrate va travailler, sur la base de ses valeurs propres et d’une observation minutieuse des besoins et des atouts de notre région, afin de prouver la cohérence et l’efficacité potentielle d’une démarche qui doit absolument rester indépendante.

 

27.09.2009

Régionales : les radicaux de gauche sur la liste de droite ?

prglogo.jpgLu aujourd'hui dans le quotidien Vosges Matin : René Leucart, président régional lorrain du Parti radical de gauche, a annoncé que son mouvement sera "présent aux élections régionales". S'il vise un score de 6 % au premier tour, il évoque également des perspectives d'alliance : " Pour le moment, nous nous sentons plus près du candidat radical valoisien [Laurent Hénart, tête de liste UMP/Parti radical] que du parti communiste, et comme le président sortant socialiste [Jean-Pierre Masseret] se sent plus près du Parti communiste ..."

Les Radicaux de gauche lorrains seraient-ils ainsi prêts à rejoindre la liste de droite après le premier tour ?

Petit rappel historique : Le Parti radical, créé en 1901 dans la mouvance de Clemenceau, est le plus ancien parti politique français. Dominant la scène politique au début du XXe siècle, il voit ensuite son influence décroître face à la montée de partis plus à gauche (SFIO socialiste, PCF communiste). Il se droitise progressivement, ce qui entraîne une scission dans les années 1970 : un certain nombre de radicaux quitte le parti pour créér ce qui deviendra le Parti radical de gauche (PRG), satellite du Parti socialiste, tandis que ceux qui sont restés dans la vieille maison rejoignent le centre-droit giscardien (UDF).

Trois décennies plus tard, les conséquences de cette scission (mais aussi de la sénéscence du plus vieux parti de France) se font sentir.

A droite, le Parti radical "valoisien" (son siège national est à Paris, place de Valois) est devenu une composante de l'UMP, confiée à Jean-Louis Borloo, ami du PRG Bernard Tapie.

A gauche, le PRG ne présente plus de candidats lors des grandes échéances électorales. Ni à l'élection présidentielle de 2007 (il a simplement soutenu la candidate socialiste pour mieux faire oublier que la candidature PRG de 2002 avait largement contribué à l'élimination de Jospin), ni aux européennes de 2009, ce qui pourrait être interprété comme un véritable acte de décès politique. Une coquille vide, donc, que Sarkozy voudrait bien ajouter à son tableau de chasse de "l'ouverture", en confiant par exemple un secrétariat d'Etat à un notable radical de gauche.

Peu audibles au niveau national, les deux demi-partis gardent cependant de solides bastions locaux. A gauche, Jean-Michel Baylet reste influent dans le Sud-Ouest grâce au groupe de presse de La Dépêche du Midi, dont il est le PDG (ce qui est plutôt ... intéressant en matière d'indépendance de la Presse). A droite, on trouve le bastion nancéen, tenu depuis 1983 par André Rossinot. C'est un adjoint de ce dernier, Laurent Hénart, qui a été choisi pour porter les couleurs de la droite lorraine aux prochaines régionales.

Face aux tentatives de séduction élyséennes et à une marginalisation croissante dans un paysage politique où le MoDem trouble le jeu bipolaire traditionnel, les deux demi-partis pourraient être tentés par une réunification. Mais celle-ci ne pourrait se faire qu'autour d'un seul dénominateur commun, la Laïcité, valeur d'ailleurs mise à mal au sein d'une majorité présidentielle dans laquelle les Chouans du villiérisme viennent de faire leur apparition.

Il sera intéressant d'observer, dans quelques mois, le choix qu'effectuera le PRG lorrain, visiblement peu tenté par une perspective d' "Union de la Gauche" assez incohérente.

20.09.2009

Les citoyens méritent quand même la cohérence

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[Illustration : Giovanni Benedetto Castiglione, L'Entrée des animaux dans l'arche, v. 1650-1664]

En écoutant l'émission L'Esprit public du 13 septembre, j'ai été amusé par l'intervention d'un des invités qui a comparé la majorité présidentielle à l'arche de Noé. Rappelons qu'à l'issue de l'épisode biblique, la myriade d'animaux embarquée par le vénérable ivrogne avait été sauvée de  la fureur du déluge et, par conséquent, de l'extinction. Dans le cas de la majorité présidentielle, il n'est pas exclu que certaines espèces se fassent dévorer par leurs compagnons de soute avant la décrue.

En effet, quoi de commun entre les laïcs radicaux-valoisiens et les catholiques ultraconservateurs de Mme Boutin ? Quoi de commun entre les ex-centristes pro-européens partis à la soupe et les souverainistes anti-européens de M. de Villiers ? Cela me rappelle un peu l'affiche de Sennep contre le Front populaire, sur laquelle le communiste Cachin fraternisait avec le radical Herriot et le socialiste Blum pour mieux les avaler goulûment. Dans le cas de la Droite de 2009, c'est bel et bien Sarkozy qui compte tenir le rôle de l'ogre. Mais attention aux indigestions ...

Cette étonnante et hétéroclite coalition devrait faire ses preuves dès 2010. Pour les régionales en Lorraine, la liste de l'UMP sera ainsi ouverte "du centre gauche à de Villiers" [Vosges Matin, 13/09]. Objectif ? Réaliser le plus gros score possible dès le premier tour afin de créer une dynamique pour le second tour.

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A gauche, le PS rêve de pouvoir réaliser le même grand écart acrobatique : « Qu’on se rassemble autour d’un compromis, jusqu’au MoDem, jusqu’au NPA ! » a récemment déclaré le président sortant de la région Lorraine, Jean-Pierre Masseret [Le Républicain lorrain, 13/09]. Il sait pourtant que les deux partis évoqués sont aussi conciliables que l'eau et l'huile. Le premier est humaniste et libéral, le second est extrémiste et antilibéral. Le premier tient à son indépendance, le second méprise le PS et exclut toute participation à l'exercice des responsabilités. Dans ces conditions, il paraît difficile à M. Masseret de coller, en faisant l'économie de tout choix politique et de toute cohérence, des alibis démocrates aux côtés d'alibis anticapitalistes sur la vitrine de l'unilatéralisme socialiste. Les communistes, eux, suivront (c'est leur seule chance de conserver leurs sièges), tandis que Les Verts, prenant leurs distances avec un Cohn-Bendit moins clivagiste, feront monter les enchères ... mais le MoDem, lui, restera indépendant.

[Illustration : Jean-Pierre Masseret en 2008]

Si nous, démocrates, avons renoncé à être l'armée de réserve "centre-droit" de l'UMP, ce n'est pas pour devenir les supplétifs "centre-gauche" du PS.

Nos électeurs comptent sur nous pour incarner et proposer une véritable alternative aux partis qui ont déjà eu l'occasion de faire leurs preuves. Nous ne devons pas décevoir cette attente, mais rester fidèles à nos valeurs, à notre impartialité, et construire un projet efficace pour nos régions. Un projet à défendre au premier tour ET au second. Une démarche cohérente, au service d'un projet cohérent.

30.08.2009

Régionales : quelle stratégie pour le MoDem ?

Régions.jpgL'Université de rentrée de la semaine prochaine apportera sans doute les premiers éléments de réponse.

En attendant, examinons différentes hypothèses :

 

* Des stratégies régionales "à la carte" : Des fusions (après le premier tour) avec des listes "de Gauche" ou "de Droite", selon les régions et les projets en présence, pourraient se justifier sur le principe de la différenciation des enjeux par échelle (municipale, départementale, régionale, nationale) et sur celui du libre examen des bilans de chaque majorité régionale.

Ces considérations, parfaitement justifiables d'un point de vue logique et philosophique, avaient guidé la stratégie "à la carte" du MoDem aux municipales de mars 2008. Or, l'électeur ne s'y est trop souvent pas retrouvé. Pour ma part, j'estime que la confusion venait moins de la stratégie "à la carte" (parfaitement adaptée à une échelle très locale, aux problématiques spécifiques et à une personnalisation très forte du scrutin municipal) que de l'attitude des instances nationales du MoDem, qui ont souvent accordé leur investiture à l'aveuglette, sans enquêter sérieusement sur les situations politiques locales.

En réalité, l'argument le plus défavorable à une stratégie "à la carte" est celui du risque d'étouffement en cas de fusion inéquitable. En effet, les grands partis clivagistes préfèrent souvent les vassaux aux alliés. Or, rien ne serait plus préjudiciable aux élus du MoDem que d'être inaudibles et impuissants au sein de majorités qui ne les respectent pas vraiment.

 

* Une stratégie nationale applicable à toutes les régions : François Bayrou lui-même s'est prononcé en faveur de cette option. Facilement applicable au premier tour (où, vraisemblablement, les démocrates se présenteront aux citoyens sous leurs propres couleurs), cette stratégie devient beaucoup plus compliquée au second.

** Alliances dès le premier tour : L'argument de l'étouffement évoqué plus haut joue également contre cette hypothèse. En effet, sur quels rapports de force pourrait-on bâtir les listes ? Il serait illusoire, dans ces conditions, d'obtenir une véritable représentativité des démocrates.

C'est ce scénario de l'humiliation volontaire qui tracassait Christophe Ginisty quand, sur la base de bruits de couloirs, il a accusé Marielle de Sarnez de vouloir faire liste commune avec les socialistes dès le premier tour. Rappelons que, malgré la solidité et la sincérité de son engagement et de ses principes, Ginisty joue quelquefois les Cassandres imprudentes (quand Quitterie Delmas a quitté le MoDem, il l'a accusée de préparer son entrée dans l'équipe de Ségolène Royal) ... En réalité, le discours très remarqué (à la fois audacieux et prudent) de M. de Sarnez à Marseille s'incrivait davantage dans une stratégie à moyen terme ciblée sur 2012 et dans une opération de séduction de l'aile progressiste du PS (que j'évalue à environ 40 % des militants socialistes).

Le MoDem n'a aucun intérêt à se plier à une déclinaison régionale d'une "Union de la Gauche" passéiste et illusoire (le PS, du moins dans sa conformation actuelle, ne sera jamais enclin à la collégialité et au pluralisme sincère) ... ou à une stratégie sarkozyste visant à rassembler autour de l'UMP ses satellites et ses chapelles les plus contradictoires (les radicaux laïcs, les débauchés de la Gauche et du Centre mou et les réacs villiéristes sur de mêmes listes) et destinée à assurer à la Droite un score intimidant dès le premier tour.

** Autonomie au premier tour, éventuelle fusion au second : C'est un peu ce que prône Marielle de Sarnez quand elle dit : "Personnellement, je suis pour affirmer d’abord notre identité et notre autonomie, et participer ensuite à des rassemblements plus larges, car personne ne peut gouverner seul, pas plus une région qu’un pays."

Or, le problème, en cas de fusion annoncée, est celui de la démobilisation de l'électeur. En effet, si je sais déjà que voter MoDem aux deux tours revient à voter pour une liste conduite par le PS au second, pourquoi ne pas "voter utile" - ou, pire, ne pas voter du tout - lors du premier dimanche des élections ?

J'estime (et c'est peut-être également ce que suggère M. de Sarnez) que le seul type de fusion envisageable au second tour est celui d'une fusion en position de force. Pour ce faire, le MoDem devrait arriver en seconde position (ou en troisième au coude-à-coude). C'est très ambitieux me direz-vous. Peut-être ... Mais on ne doit se présenter à une élection qu'avec la conviction d'avoir la légitimité et la possibilité de remporter la majorité des suffrages.

** Autonomie au premier tour et au second tour : C'est l'hypothèse la plus optimiste et la plus volontariste. Rappelons qu'il faut avoir obtenu au moins 10 % au premier tour pour pouvoir se maintenir. Ce n'est pas impossible pour le MoDem, loin de là.

L'inconvénient réside plutôt dans l'hypothèse d'une défaite au second tour qui favoriserait la victoire de la liste la plus éloignée de nos valeurs. Dans ces conditions, le MoDem serait accusé de pratiquer la politique du pire. Ce risque n'est pas à négliger, mais il ne faut pas nous complexer pour autant : à nous de réaffirmer notre volonté de rassemblement de tous les progressistes.

 

Vous l'aurez compris, je suis favorable à une stratégie autonome dès le premier tour, avec une possibilité de rassemblement au second tour en cas de qualification en position de force (seconde position ou troisième au coude-à-coude). En cas de malheur (moins de 10 %), deux options s'offrent à nous : le retrait imposé par la disqualification résultant d'un score inférieur à 5 % (il va sans dire qu'une telle contre-performance ne permettrait pas la survie du MoDem) ou le retrait volontaire et le refus de fusion entre 5 et 9 % (pour réaffirmer notre non-alignement et notre choix de ne pas jouer aux supplétifs).

A vous de juger la pertinence de ces options qui, il n'est pas inutile de le rappeler, ne pourront convaincre les électeurs que si elles mettent en scène des listes innovantes (plus "jeunes", en tout cas, que celles des européennes) basées sur des programmes ambitieux (mais brefs et percutants) articulant habilement plateforme nationale et propositions régionales.

19.08.2009

Brève de comptoir : les alliances de l'UMP

L'alliance de l'UMP avec le parti des chasseurs en vue des régionales de 2010 et de la présidentielle de 2012 ?

 

Normal. Continuité stratégique :

 

Aux européennes, leur meilleur allié a bien été le parti des pêcheurs ...

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