12.11.2009

De quel côté êtes-vous ?

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12.09.2009

Polémique Hortefeux : l'exigence de transparence en question

hortefeux.jpgLe tumulte politico-médiatique suscité par les propos de Brice Hortefeux est disproportionné. Je pense que la plaisanterie en question joue sur les stéréotypes populaires : elle est par conséquent à prendre au second degré et ne doit pas être considérée comme une remarque raciste. Bien au contraire. N'oublions pas, d'ailleurs, que M. Hortefeux fait tout pour faire oublier son passage au ministère de l'Identité nationale (dont il faut tout-de-même signaler l'intitulé vichyssois, destiné à contenter un certain électorat) en posant en cosmopolite (le passeport béninois qu'il exhibe fièrement) et en antiraciste redresseur de torts (mise à la retraite expéditive d'un préfet accusé de xénophobie).

Les gesticulations de la vieille gauche m'amusent : elle s'est à nouveau engoufrée dans cette vaine polémique sans aucun recul mais avec un mélange de mauvaise foi opportuniste et de précipitation hystérique. Une aubaine pour se voir attribuer un certificat d'antiracisme (car à gauche, c'est bien connu, il n'y a pas de racistes) ou faire oublier les "révélations" sur les magouilles électorales internes au PS ?

Rappelons un précédent récent, quand une plaisanterie de Sarko sur Zapatero avait été présentée  par certains socialistes comme une insulte. Replacée dans son contexte, la boutade était cependant favorable au chef de gouvernement espagnol.

La Gauche aurait-elle perdu son sens de l'humour ? Sa culture politique et son discernement seraient-ils altérés par un visionnage intempestif des Guignols de l'Info ?

Il est vrai que les justifications de M. Hortefeux ont été pour le moins maladroites et peu convaincantes.

Cependant, même si les propos en question n'avaient, au fond, rien de raciste, il faut reconnaître que M. Hortefeux et ses amis politiques partagent une certaine responsabilité dans cet emballement médiatique.

En effet, de tels "buzz" ne sont possibles que dans un système politique où la forme et la communication prête-à-avaler priment sur le fond et sur les discours structurés et sincères. Si les responsables politiques s'adressaient plus souvent à leurs concitoyens avec un langage de vérité, sans les infantiliser ou les prendre pour des imbéciles, sans manier une langue de bois qui brouille tous les repères ... alors, les Internautes et les médias "traditionnels" n'en seraient pas réduits à fouiller les poubelles pour essayer d'y trouver des indices de la pensée authentique d'un ministre.

De même, un tel tumulte n'est possible que si les canaux d'information vitaux à la démocratie sont manipulés par le pouvoir : Internet doit alors prendre le relais et devient ainsi un défouloir où les vérités manquantes, réellement précieuses, se mêlent malheureusement à des analyses plus discutables, voire à de véritables tentatives d'intox'.

Ce n'est donc pas un prétendu abus de l'exigence de transparence qu'il faut dénoncer. C'est, au contraire, un pénible manque de transparence et de lisibilité politique et médiatique qui m'inquiète aujourd'hui.

Je ne partage donc pas du tout les déclarations d'Henri Guaino, conseiller et "plume" de Sarkozy, qui s'est exprimé récemment sur l'affaire Hortefeux :

« La transparence, ça veut dire qu'il n'y a plus d'intimité, plus de discrétion ; plus rien n'a d'épaisseur dans la transparence, à commencer par les êtres humains (…) on n'est plus responsable de rien, il faut juste faire attention de ne jamais rien dire. (...) La transparence absolue, c'est le début du totalitarisme. »

Ces propos, d'autant plus hypocrites qu'ils émanent d'un spécialiste de la com' trompeuse (Sarko héritier de Jaurès et de Blum, c'est de lui !), me rappellent étrangement ceux de M. Devedjian, qui essayait de minorer une insulte viriliste proférée - bien joué ! - dans la cour de l'Assemblée nationale et devant une caméra de télévision :

"la façon dont mes propos ont été diffusés et visionnés par des millions d’internautes pose quand même un vrai problème : si plus rien n’est privé, si tout doit être totalement transparent, le totalitarisme n’est pas loin et la liberté individuelle vraiment menacée".

J'avais commenté ces propos dans une de mes premières notes, que je me permets de rediffuser ci-dessous :

L'exigence de transparence : totalitarisme rampant ou garantie de démocratie ? [5 juillet 2007]

Sur son blogue, M. Devedjian s'excuse pour sa "grossièreté détestable à l’égard d’Anne-Marie Comparini".
Cependant, là où l'homme politique responsable clorait l'affaire par un pudique point final, le polémiste sans vergogne se croit obligé de retourner une contre-accusation à tous ceux qui ont légitimement condamné son insulte :
"la façon dont mes propos ont été diffusés et visionnés par des millions d’internautes pose quand même un vrai problème : si plus rien n’est privé, si tout doit être totalement transparent, le totalitarisme n’est pas loin et la liberté individuelle vraiment menacée".

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Que répondre à cela ? Tout d'abord, qu'il est peu de lieux qui soient moins privés que le parvis vénérable du Palais Bourbon, sanctuaire de notre démocratie. Il ne s'agit donc pas de vulgaires propos de couloirs, surtout si l'on considère que M. Devedjian s'adressait ainsi à un représentant du peuple français en plein exercice de ses responsabilités.

L'argument de M. Devedjian pose néanmoins une question fondamentale : l'exigence de transparence, manifestée par de nombreux citoyens et en particulier par les internautes, est-elle incompatible avec les libertés individuelles garanties dans toute démocratie qui se respecte ? Autrement dit, l'oeil scrutateur d'Internet et la mémoire implacable de ce nouveau média sont-ils à cet égard les prémices d'un Big Brother qui émanerait de l'avidité des masses ?

Nous ne le pensons pas.

Et cela essentiellement pour deux raisons.

Tout d'abord, le recul de l'indépendance des médias traditionnels (les récentes tribulations du Monde ou des Echos sont là pour démontrer la réalité de la menace) nécessite la création de nouveaux espaces médiatiques, au sein desquels l'Internet, s'il respecte des critères éthiques et méthodologiques stricts, peut occuper une position crédible et privilégiée.
Ensuite, il faut reconnaître que l'opacité est nuisible à la démocratie, comme nous le rappellent ces jours-ci les relents nauséabonds de l'interminable affaire Clearstream, avec ses coups-fourrés, ses corbeaux haut-placés et ses obscures manipulations.
La démocratie nécessite au contraire que les paroles, les décisions et les actes, surtout lorsqu'ils émanent d'élus du Peuple ou d'autres grands serviteurs de ce dernier, puissent être librement examinés et débattus sur la place publique.
La démocratie ne craint pas la lumière, contrairement aux vrais totalitarismes, qui produisent l'ombre et l'obscurité comme les nuées fourbissent l'orage, et qui ont un besoin vital de cette opacité pour dissimuler leur honteuse illégitimité.

Joseph

28.01.2009

J - 129 : Le droit de grève en France et dans le reste de l'UE

Lu sur le site du Point (article de L. Neuer) :

Le droit de grève est reconnu dans l'ensemble des États membres de l'Union européenne. Son statut et ses modalités, en revanche, diffèrent selon les pays. La notion de "service minimum" varie aussi d'un pays à un autre.

En Italie, pays relativement concerné par la grève, il existe une liste des "services publics essentiels" (santé, justice...), dont la continuité doit être assurée. Il est interdit aux personnels du secteur des transports de faire grève lors de périodes jugées importantes : vacances de Noël, pendant l'été, trois jours avant et après une élection, ou à Pâques par exemple. Les usagers doivent être avertis des horaires du service minimum. Ainsi, en cas de grève dans les transports, un service complet est garanti pendant six heures, en général de 6 heures à 9 heures et de 18 heures à 21 heures.

En Espagne, le droit de grève doit être compatible avec la "préservation des secteurs essentiels". Une grève ne doit pas perturber certaines activités comme le transport, la santé, l'éducation, la liberté de circulation... Le ministre du Travail doit l'autoriser au cas par cas. Dans le domaine des transports, le service minimum représente souvent entre 50 % et 60 % du service normal pendant les heures de pointe, et de 10 % à 15 % lors des heures creuses.

En Suède, le droit de grève n'est quasiment pas limité. C'est l'un des régimes les plus libres d'Europe. Chaque secteur possède sa convention collective qui interdit les mouvements de grève susceptibles d'être "dommageables à la société", car "générant des risques pour la vie des personnes ou pour la société".

En Finlande, on enregistre peu de grèves, la culture du compromis y étant forte. Il est interdit de faire grève après la signature d'une convention qui est l'aboutissement d'un consensus. Dans le cas contraire, les employés et les syndicats s'exposent à des amendes.
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En Allemagne, les fonctionnaires (statutaires, qui représentent 30 % des employés) ne disposent pas du droit de grève. C'est la contrepartie de la sécurité de l'emploi. Quant aux services vitaux pour lesquels un service minimum est nécessaire, leur définition est du ressort des tribunaux allemands.

L'Autriche et le Danemark appliquent le même système que l'Allemagne : pas de droit de grève pour les fonctionnaires statutaires en contrepartie de la sécurité de l'emploi.

Le droit de grève en Grande-Bretagne est fortement réglementé depuis les années Thatcher, et ceci, malgré les requêtes des syndicats demandant un assouplissement du droit de grève. L'État peut avoir recours à des réquisitions afin d'assurer à la communauté "ce qui est essentiel à la vie". Aucun service minimum n'est cependant prévu. En fait, le recours à la grève est rare dans le pays.

En Hongrie, un accord collectif fixe un service minimum et une procédure de médiation entre les syndicats et le ministère des Affaires intérieures.

En Lettonie, Lituanie, Estonie et Roumanie, la loi impose une coopération entre les partenaires sociaux.

La Pologne et la Slovaquie ne prévoient pas de service minimum, mais la grève est précédée d'un vote. Et les conflits collectifs ne peuvent porter que sur certaines matières limitativement énumérées.



ollivier.jpgPour rappel, en France, le droit de grève existe depuis le Second Empire (loi Émile Ollivier du 25 mai 1864) et a été inscrit dans le préambule de la Constitution en 1946. Ce droit s'applique au secteur privé comme au secteur public (avec toutefois des exceptions pour les personnels de police, les CRS, les militaires ...) et s'accompagne de règles précises (obligation de se concerter, de déposer un préavis, interdiction de la grève "perlée", de la "grève du zèle", de la grève pour motifs politiques, respect de la liberté des non-grévistes ...).

Un service minimum existe bien entendu dans certains secteurs sensibles voire vitaux (hôpital, navigation aérienne). Dorénavant, il existe également dans les écoles, les communes devant assumer les défaillances et le manque de concertation de la part du gouvernement, ce qui est profondément injuste.
Injuste et antisocial, car en maintenant un accueil de "service minimum" (même si en réalité le "service", c'est-à-dire l'enseignement, n'est pas assuré), on limite la portée d'un mouvement qui reste nécessairement très limité dans le temps en raison des retenues sur salaires opérées. Dès la première heure de grève, c'est en effet un trentième du salaire mensuel qui est retenu.
Présentée par les populistes et les démagogues comme une désertion inconséquente (voire comme une prise d'"otages"), la grève est donc tout d'abord un sacrifice exceptionnel et mûrement réfléchi par un travailleur qui cherche à montrer à son employeur, en prenant les citoyens et/ou usagers pour témoins, qu'il ne peut plus correctement remplir sa mission envers ces derniers. La grève devient par conséquent l'expression de la conscience professionnelle dès lors que le dialogue est rompu.

Outre les revendications propres à chaque profession, c'est ce droit de grève, qui fête cette année ses 145 ans, qu'il s'agit de défendre demain.


[Illustrations : Grève en Allemagne ; Portrait par Gustave Courbet du républicain modéré Émile Ollivier, "père" du droit de grève français en 1864.]

20.07.2008

EDVIGE : Little Brother is watching you !

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Le problème majeur présenté par cette base de données : elle mêle indications publiques et privées, déliquants avérés et potentiels, majeurs et mineurs de 13 ans ...
Qu'un Etat se dote de bases de données pour lutter contre les nouvelles menaces (comme le terrorisme) n'a rien de choquant, c'est même légitime. Mais, dans le cas d'EDVIGE, c'est ce côté "fourre-tout", propice aux dérapages, à la surveillance généralisée de l'opposition politique, et autres utilisations abusives, qui est inquiétant. De toutes manières, trop de fichage tue le fichage : les informations ainsi collectées, noyées dans la masse et mal hiérarchisées, n'auraient aucune efficacité réelle en matière de sécurité. Au gouvernement de revoir sa copie !

Pétition pour demander l'abandon du fichier EDVIGE

A lire sur le même sujet : Quitterie et Virginie

01.11.2007

La Liberté au fond Dupuy : histoire d’une tentative de censure

Je me permets de revenir sur une scandaleuse affaire d’abus de pouvoir, déjà traitée il y a quelques jours par une note d’un autre démocrate vosgien, Jérôme.

Dans le cadre de la phase de « consultation des publics », étape intermédiaire entre la première phase d’ « élaboration de propositions d’action » et la phase finale consacrée aux « plan d’action et programmes » du fameux Grenelle de l’environnement (phase finale que beaucoup jugent déjà décevante et qui attend à présent une ébauche de concrétisation), plusieurs réunions ont eu lieu dans les régions pour permettre des « débats publics » sur les propositions avancées par les groupes de travail.
Or, d’aucuns ont critiqué le faible degré d’interactivité de ces réunions, osant ainsi égratigner le vernis consensuel que Nicolas Sarkozy et Jean-Louis Borloo voulaient appliquer à cette entreprise.
Couvrant la réunion organisée le 19 octobre à Epinal (Vosges), les journalistes du quotidien régional La Liberté de l’Est n’ont pas hésité à porter un regard critique sur une manifestation dont ils ont pointé les défauts d’organisation, la superficialité du fond, la trop faible participation des citoyens, ainsi que l’aspect plébiscitaire et « pré-mâché » des échanges, contraire à l’esprit d’un débat ouvert.

637b6f653236fa808d7c19cfbe40cf4e.jpgIls se sont aussitôt attiré le courroux du nouveau préfet du 88, M. Dupuy, ancien dir’cab de Jean-Louis Borloo, qui a imaginé une astucieuse mesure de représailles pour châtier les journalistes insolents.
Il ordonna en effet aux pompiers, gendarmes et autres services de police du département de ne plus communiquer avec les journalistes de La Liberté de l’Est (et, notamment, en ne les informant plus en matière de faits divers locaux).
Cet embargo médiatique, signalé depuis dans les colonnes du Nouvel Obs’ ainsi que sur le vigilant site d’ "Arrêt sur Images", n’a pas manqué d’être dénoncé par le Syndicat national des journalistes (SNJ), qui a condamné de telles « mesures de rétorsion, indignes d’un représentant de l’Etat », et qui en a profité pour rappeler « que l’article 19 de la Déclaration universelle des Droits de l’homme, tout comme l’article 10 de la Convention européenne de ces mêmes Droits de l’homme, se réfère explicitement au droit du public à recevoir l’information [et que] le droit d’informer est également rappelé dans les articles 10 et 11 de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789, reprise en préambule de la Constitution française du 4 octobre 1958 ».

Face à l’indignation légitimement suscitée par cet abus de pouvoir et par cette tentative de censure indirecte, le préfet a finalement cédé, levant l’embargo au soir du 25 octobre.
Il a ainsi démontré, bien malgré lui, que, malgré les pressions, les intimidations et autres coups bas, les médias et les citoyens peuvent encore faire valoir leurs libertés fondamentales, et qu’il ne faut jamais se résigner à se taire et à accepter l’inacceptable.

"La liberté d'expression ne s'use que si l'on ne s'en sert pas" ...
Chers lecteurs, je m'engage à ce que ce blogue, dont vous consultez la 50ème note, suive toujours ce fameux adage.

17.10.2007

« Je préfère l'excès de caricature à l'excès de censure » (N.S.)

« Je préfère l'excès de caricature à l'excès de censure. »
Nicolas Sarkozy, jeudi 2 février 2006.


Et l'excès de zèle des fonctionnaires de police ?



(Extrait du JT de la RTBF du 13/10/2007)


P.S. : Voir à ce sujet l'article de Libé.fr (par F. Vignal, lundi 15 octobre 2007) et la caricature proposée par Nicolas Vinci.