01.11.2009
Les électeurs d'extrême-droite, c'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes ...
Le succès électoral de Nicolas Sarkozy en 2007 est dû, en grande partie, au siphonnage effectué auprès de l'électorat de Jean-Marie Le Pen. Ce n'est un secret pour personne : les cathos traditionalistes de St-Nicolas-du-Chardonnet, les nostalgiques rassis du pétainisme et, surtout, les Dupont Lajoie de bistrot ont massivement délaissé le borgne breton au profit de celui qui promettait de nettoyer la société française à grands jets de Kärcher, d'être intraitable en matière d'immigration, d'aller traquer la "racaille" jusque dans le génome, et d'instaurer un ministère de l'Identité nationale.
Que la polémique enfle au sujet du népotisme anti-républicain pratiqué par "le château", et l'on ressort aussitôt les vieilles marottes puantes, destinées non seulement à détourner l'attention des badauds mais aussi à flatter dans le sens du poil toute la multitude extrémiste que je viens d'évoquer plus haut. On se dépêche donc d'envoyer trois Afghans se faire embrocher sur les pals des Talibans avant d'annoncer à grands cris la tenue d'un grand débat sur l' "identité nationale".
Or, à défaut d'être un véritable homme d'Etat, Sarkozy est un politicien avisé : en tant que tel, il devrait se souvenir que les électeurs préfèrent toujours l'original à la copie. Du coup, le dernier sondage montre un Front national en progrès de trois points, à près de 10 % des intentions de vote aux régionales ... tandis que l'UMP perd deux points ainsi que la confiance d'une partie de l'électorat modéré.
Quand on joue avec le feu, on finit souvent par se brûler les doigts.
09:59 Publié dans Gouvernement, Objectif 2012, Régionales 2010, UMP | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : identité nationale, besson, morano, le pen, fn, sarkozy
12.09.2009
Polémique Hortefeux : l'exigence de transparence en question
Le tumulte politico-médiatique suscité par les propos de Brice Hortefeux est disproportionné. Je pense que la plaisanterie en question joue sur les stéréotypes populaires : elle est par conséquent à prendre au second degré et ne doit pas être considérée comme une remarque raciste. Bien au contraire. N'oublions pas, d'ailleurs, que M. Hortefeux fait tout pour faire oublier son passage au ministère de l'Identité nationale (dont il faut tout-de-même signaler l'intitulé vichyssois, destiné à contenter un certain électorat) en posant en cosmopolite (le passeport béninois qu'il exhibe fièrement) et en antiraciste redresseur de torts (mise à la retraite expéditive d'un préfet accusé de xénophobie).
Les gesticulations de la vieille gauche m'amusent : elle s'est à nouveau engoufrée dans cette vaine polémique sans aucun recul mais avec un mélange de mauvaise foi opportuniste et de précipitation hystérique. Une aubaine pour se voir attribuer un certificat d'antiracisme (car à gauche, c'est bien connu, il n'y a pas de racistes) ou faire oublier les "révélations" sur les magouilles électorales internes au PS ?
Rappelons un précédent récent, quand une plaisanterie de Sarko sur Zapatero avait été présentée par certains socialistes comme une insulte. Replacée dans son contexte, la boutade était cependant favorable au chef de gouvernement espagnol.
La Gauche aurait-elle perdu son sens de l'humour ? Sa culture politique et son discernement seraient-ils altérés par un visionnage intempestif des Guignols de l'Info ?
Il est vrai que les justifications de M. Hortefeux ont été pour le moins maladroites et peu convaincantes.
Cependant, même si les propos en question n'avaient, au fond, rien de raciste, il faut reconnaître que M. Hortefeux et ses amis politiques partagent une certaine responsabilité dans cet emballement médiatique.
En effet, de tels "buzz" ne sont possibles que dans un système politique où la forme et la communication prête-à-avaler priment sur le fond et sur les discours structurés et sincères. Si les responsables politiques s'adressaient plus souvent à leurs concitoyens avec un langage de vérité, sans les infantiliser ou les prendre pour des imbéciles, sans manier une langue de bois qui brouille tous les repères ... alors, les Internautes et les médias "traditionnels" n'en seraient pas réduits à fouiller les poubelles pour essayer d'y trouver des indices de la pensée authentique d'un ministre.
De même, un tel tumulte n'est possible que si les canaux d'information vitaux à la démocratie sont manipulés par le pouvoir : Internet doit alors prendre le relais et devient ainsi un défouloir où les vérités manquantes, réellement précieuses, se mêlent malheureusement à des analyses plus discutables, voire à de véritables tentatives d'intox'.
Ce n'est donc pas un prétendu abus de l'exigence de transparence qu'il faut dénoncer. C'est, au contraire, un pénible manque de transparence et de lisibilité politique et médiatique qui m'inquiète aujourd'hui.
Je ne partage donc pas du tout les déclarations d'Henri Guaino, conseiller et "plume" de Sarkozy, qui s'est exprimé récemment sur l'affaire Hortefeux :
« La transparence, ça veut dire qu'il n'y a plus d'intimité, plus de discrétion ; plus rien n'a d'épaisseur dans la transparence, à commencer par les êtres humains (…) on n'est plus responsable de rien, il faut juste faire attention de ne jamais rien dire. (...) La transparence absolue, c'est le début du totalitarisme. »
Ces propos, d'autant plus hypocrites qu'ils émanent d'un spécialiste de la com' trompeuse (Sarko héritier de Jaurès et de Blum, c'est de lui !), me rappellent étrangement ceux de M. Devedjian, qui essayait de minorer une insulte viriliste proférée - bien joué ! - dans la cour de l'Assemblée nationale et devant une caméra de télévision :
"la façon dont mes propos ont été diffusés et visionnés par des millions d’internautes pose quand même un vrai problème : si plus rien n’est privé, si tout doit être totalement transparent, le totalitarisme n’est pas loin et la liberté individuelle vraiment menacée".
J'avais commenté ces propos dans une de mes premières notes, que je me permets de rediffuser ci-dessous :
L'exigence de transparence : totalitarisme rampant ou garantie de démocratie ? [5 juillet 2007]
Sur son blogue, M. Devedjian s'excuse pour sa "grossièreté détestable à l’égard d’Anne-Marie Comparini".
Cependant, là où l'homme politique responsable clorait l'affaire par un pudique point final, le polémiste sans vergogne se croit obligé de retourner une contre-accusation à tous ceux qui ont légitimement condamné son insulte :
"la façon dont mes propos ont été diffusés et visionnés par des millions d’internautes pose quand même un vrai problème : si plus rien n’est privé, si tout doit être totalement transparent, le totalitarisme n’est pas loin et la liberté individuelle vraiment menacée".

Que répondre à cela ? Tout d'abord, qu'il est peu de lieux qui soient moins privés que le parvis vénérable du Palais Bourbon, sanctuaire de notre démocratie. Il ne s'agit donc pas de vulgaires propos de couloirs, surtout si l'on considère que M. Devedjian s'adressait ainsi à un représentant du peuple français en plein exercice de ses responsabilités.
L'argument de M. Devedjian pose néanmoins une question fondamentale : l'exigence de transparence, manifestée par de nombreux citoyens et en particulier par les internautes, est-elle incompatible avec les libertés individuelles garanties dans toute démocratie qui se respecte ? Autrement dit, l'oeil scrutateur d'Internet et la mémoire implacable de ce nouveau média sont-ils à cet égard les prémices d'un Big Brother qui émanerait de l'avidité des masses ?
Nous ne le pensons pas.
Et cela essentiellement pour deux raisons.
Tout d'abord, le recul de l'indépendance des médias traditionnels (les récentes tribulations du Monde ou des Echos sont là pour démontrer la réalité de la menace) nécessite la création de nouveaux espaces médiatiques, au sein desquels l'Internet, s'il respecte des critères éthiques et méthodologiques stricts, peut occuper une position crédible et privilégiée.
Ensuite, il faut reconnaître que l'opacité est nuisible à la démocratie, comme nous le rappellent ces jours-ci les relents nauséabonds de l'interminable affaire Clearstream, avec ses coups-fourrés, ses corbeaux haut-placés et ses obscures manipulations.
La démocratie nécessite au contraire que les paroles, les décisions et les actes, surtout lorsqu'ils émanent d'élus du Peuple ou d'autres grands serviteurs de ce dernier, puissent être librement examinés et débattus sur la place publique.
La démocratie ne craint pas la lumière, contrairement aux vrais totalitarismes, qui produisent l'ombre et l'obscurité comme les nuées fourbissent l'orage, et qui ont un besoin vital de cette opacité pour dissimuler leur honteuse illégitimité.
Joseph
18:32 Publié dans Démocratie, Gouvernement, Internet, Libertés, UMP | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : hortefeux, devedjian, ump, racisme, transparence, médias, ps
05.08.2009
UMP-PPE : le Conservatisme libéral entre deux chaises
Après avoir envoyé un bulletin d'adhésion aux restaurateurs concernés par la baisse de la TVA, l'UMP va-t-elle faire de même avec les producteurs de fruits et légumes ? Elle pourrait en effet glisser le précieux sésame dans l'enveloppe contenant la lettre du ministre de l'agriculture ... lettre réclamant le remboursement d'un demi-milliard d'euros de subventions versé contre l'avis de la Commission européenne.
Cette dernière, présidée par le conservateur ultra-libéral Barroso vient en effet de tirer l'oreille du mauvais élève français, qui a de nouveau oublié de respecter le principe de la libre concurrence non faussée. Ce principe est pourtant un aspect fondamental de la doctrine néo-libérale propre aux partis de Droite européens (dont l'UMP) coalisés dans le PPE (Parti populaire européen), grand vainqueur - abstention aidant - des dernières élections européennes.
Or, ce même principe entre en contradiction avec la vieille tradition agrarienne et protectionniste de la Droite française. Une Droite pour laquelle le monde agricole a toujours constitué une rentable assise électorale.
Cette contradiction embarrasse l'UMP, qui risquerait fort de perdre une peu de sa "popularité" en se montrant trop inflexible sur les principes ou trop respectueuse et solidaire des décisions européennes ... que ses membres ont pourtant consignées. Tout laisse supposer que le noeud gordien sera tranché de la manière classique : les "clients" du pouvoir seront plus ou moins épargnés, tandis que la note sera généreusement réglée par le contribuable (c'est-à-dire exclusivement par les classes moyennes).
On pourra toujours leur servir la sempiternelle antienne :
"C'est la faute à Bruxelles !"
13:50 Publié dans Europe, Gouvernement, UMP | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bruno le maire, ppe, ump, subventions, concurrence non faussée, commission européenne
23.06.2009
Sinistres signaux : "MAM Tarnac" à la Justice, un bushiste aux Affaires européennes
Au lendemain de son « discours du trône », prononcé dans les ors de la monarchie absolue, Nicolas 1er a modifié la composition de son gouvernement Fillon (Attention : ne pas confondre « gouvernement Fillon » et « Parlement croupion »).
Ne nous leurrons pas : sous Sarkozy, la politique exécutée par le gouvernement sera toujours décidée à l'Elysée, en petit comité, et les ministres, fussent-ils aussi médiatiques et brillants qu'un Frédéric Mitterrand, n'auront jamais aucune marge de manoeuvre dans l'exercice de leurs fonctions. Cela sera toujours (ou, du moins, jusqu'en 2012) un « ministère des commis ».
Cela dit, il y a certainement quelques remarques à faire sur certains choix opérés lors de ce remaniement :
- Michèle Alliot-Marie à la Justice : au vu des commentaires péremptoires que MAM avait livrés à l'opinion dans le cadre de l'arrestation et de la détention arbitraires du faux terroriste Julien Coupat, c'est l'aspect le plus noir de l'ordre sarkozyste, avec ses intimidations policières et son explosion des gardes à vue et autres mises en examen, qui est ainsi confirmé et élevé sur un piédestal.
- Michel Mercier à la Ruralité : ce débauchage étant prévu depuis longtemps, il n'est donc pas de nature à nous étonner, et encore moins à nous déstabiliser. C’est même une chance : le MoDem va enfin commencer à sortir de son ambiguïté sénatoriale, en choisissant parmi ses élus du palais du Luxembourg un nouveau trésorier un peu plus en phase avec la ligne du Mouvement.
- Rama Yade aux Sports : il y a là deux motifs de satisfaction. 1er motif : la porte pour Laporte, roi des casinos et des profits étranges. 2e motif : la fin d’une insoutenable hypocrisie, les Droits de l’Homme n’ayant jamais été à l’ordre du jour d’un gouvernement plus soucieux de faire des affaires avec tous les dictateurs de la planète.
- Lellouche aux Affaires européennes : cet atlantiste bushiste, ami de Condi Rice et fervent thuriféraire du retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, exprimera, beaucoup mieux que le villepiniste germanophile Bruno Le Maire, la vision sarkozyste d’une Europe se contentant de jouer la partition américaine.
23:55 Publié dans Gouvernement | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mam, michèle alliot-marie, tarnac, coupat, lellouche, yade, mercier, sarkozy, fillon
26.01.2009
Ça sent la carotte râpée !
Grande offensive médiatique de Roger Karoutchi ce week-end : après avoir fait savoir à l’avance qu’il révèlerait publiquement son homosexualité sur TF1, organe télévisuel du gouvernement, il est apparu dans une émission de France 5 pour vanter les mérites de ses programmes favoris : les séries Stargate (« la porte des étoiles », s’il vous plaît, et pas « Stargate - Atlantis », hein !) et Plus belle la vie, ou encore les chaînes diffusant en boucle des vidéoclips crétins ...
Voici donc un agrégé de Lettres qui a les mêmes goûts que les moins développés de mes collégiens ! De quoi permettre à la « France d’en bas » de s’identifier à la geste du secrétaire d'État, en rivalité avec Valérie Pécresse pour l’investiture de l’UMP aux prochaines régionales.

Au passage, cela me rappelle un certain député de Seine-Maritime, qui révéla en 2003 qu’il vouait une coupable passion à la Star Academy (à force de « garder les gosses » ?) et aux carottes râpées.
Cet assaut de démagogie beaufisante ne le mena cependant nulle part ...

Grâce à ces deux exemples (mais on pourrait les multiplier), on peut donc observer un double mouvement paradoxal dans la communication politique actuelle : on érige le personnage au-delà de son statut de citoyen en le starisant, en le « people-isant » ... tout en lui inventant une vie quotidienne « ordinaire » qui le rapprocherait de la « base » en le rendant plus humain.
Outre la comm’ pure et dure, il y a une autre vertu à la mise en avant des aspects anecdotiques ou triviaux de l’intimité des hommes et femmes politiques : cela leur permet d’apparaître dans les médias sans évoquer les questions qui fâchent.
Ainsi, quand la France s’émeut d’apprendre que M. Karoutchi est « heureux » avec son compagnon, elle ne s’émeut pas des restrictions apportées à l’expression des parlementaires dont M. Karoutchi est précisément l’interlocuteur gouvernemental.
De la même manière, la médiatisation de la naissance de la petite Dati a permis d’ « obstruer » (on entend beaucoup le mot « obstruction » en ce moment) l’actualité politico-judicaire de sa maman, actualité marquée par la disparition programmée des juges d’instruction.
Alors chère « France d’en bas », consomme, aime, passionne-toi pour la vie « privée » de tes gouvernants, regarde TF1 et sa Star Ac’, sans oublier le foot, garde du temps de cerveau disponible pour rêver de coca-cola ou de carottes râpées toutes préparées ... et ignore allègrement que, pour les Libertés et la République sociale, ces carottes sont bel et bien cuites.

Joseph
18:52 Publié dans Gouvernement, UMP | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : karoutchi, fabius, ump, pécresse, dati, régionales, 2010
11.11.2008
Et pendant ce temps-là ...
... la chasse aux contestataires continue.

Il est heureux de voir que le gouvernement ne connaît pas la crise, mais continue au contraire à investir pour mener à bien la traque des horribles opposants susceptibles de porter atteinte à l'ordre public.
Dormez tranquillement, chers concitoyens, le gouvernement veille sur vous ...
[Merci à J.Charles pour l'info.]
10:39 Publié dans Gouvernement | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : edvige, darcos, sarkozy, ump, fichage, surveillance, stasi
17.09.2008
Petite devinette pour les enfants de moins de trois ans :
Trouve les sept différences qui existent entre le contenu de tes couches Pampers usagées (ça marche aussi avec les Huggies et les autres marques) et celui de la tête de ce Monsieur :

Pas facile, hein ?
Quelques indices :
1. Ce Monsieur a dit, devant la commission des Finances du Sénat : "Est-ce qu'il faut généraliser la scolarisation des enfants de 2 à 3 ans et est-ce qu'il nous faut des professeurs recrutés à bac +5 pour s'occuper des enfants de 2 et 3 ans ? Est-ce qu'il est vraiment logique, alors que nous sommes si soucieux de la bonne utilisation des crédits délégués par l'Etat, que nous fassions passer des concours bac +5 à des personnes dont la fonction va être essentiellement de faire faire des siestes à des enfants ou de leur changer les couches ? Je me pose la question."
Ben oui, pas besoin d'apprendre des choses avec un maître ou une maîtresse : tu ne viens à l'école que pour te faire garder pendant que papa et maman sont au travail (s'ils ont la chance d'en avoir un). Changer tes couches, n'importe-qui en est capable, même ce Monsieur (qui n'est pourtant pas très malin).
2. Ce Monsieur a aussi proposé qu'un syndicat pro-UMP soit créé au Lycée, comme ça, quand tu seras chez les grands, tu pourras aussi devenir un jeune vieux (antisocial mais très populaire) et, comme le petit Nicolas, raconter pleins de bêtises sans être puni ! Hihihi !
3. Ce Monsieur a enfin eu la super idée de récompenser les bons élèves par des médailles en chocolat. Trop bien, non ? Parce que sinon, l'école, comme on n'y met plus de moyens et qu'il n'y aura bientôt plus que des emplois précaires qui ne demandent pas une grande formation (exemple : "changer les couches"), ça ne sert quand même plus à rien ... et c'est trop triste.
19:00 Publié dans Gouvernement | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Darcos, éducation, UMP, syndicats, éducation nationale
24.09.2007
La dictature des passions
En tant que professeur d’Histoire, j’avais été particulièrement agacé par la volonté présidentielle d’imposer aux élèves du second degré, et ce dès le début de l'année scolaire, la lecture de la dernière lettre de Guy Môquet.
En effet, non content de commettre une nouvelle ingérence regrettable de la communication politique dans la pédagogie [1] et dans le travail des Historiens, M. Sarkozy effectuait avant tout une tentative douteuse de récupération mémorielle où l’Histoire, science humaine dotée de précautions critiques et méthodologiques telles que la contextualisation, cédait la place au sentiment intemporel, au pathétique lyrique, à l’émotion passionnée.

Or, comme souvent en politique, les armes finissent par se retourner contre ceux qui les ont dégainées, ajoutant à un scandale mésestimé par le grand public une tragicomique péripétie : alors que M. Sarkozy avait érigé la coupe du monde de Rugby en grande célébration (pour ne pas dire « cause ») nationale et placé dans l’espoir d’une victoire française celui d’un redressement providentiel d’une croissance décidemment insensible aux imprécations présidentielles (ainsi qu'aux effets secondaires escomptés du dispendieux « paquet fiscal »), son ami et futur secrétaire d’Etat aux sports, Bernard Laporte, entraîneur du XV de France (et accessoirement homme d’affaires, acteur de publicités vantant les mérites d’un jambon ou d’aliments pour chien, propriétaire de casinos, etc.) a cru utile de galvaniser ses troupes par la lecture, avant le premier match, de la fameuse lettre du jeune résistant communiste fusillé par les Allemands le 22 octobre 1941.
Quant à la suite de ce douteux mélange des genres (un peu comme si l’équipe de France de football allait s’entraîner à Auschwitz pour s’imprégner du courage des trop rares survivants de cet enfer) dans lequel on pourrait voir une forme involontaire d’humour noir, on la connaît : défaite française, colère de l’omniprésident, et mise au conditionnel (temporaire) du destin sous-ministériel de M. Laporte [2].
Dans le dernier numéro de la revue L’Histoire, Jean-Pierre Azéma critique l’usage politique du drame de la Sablière et apporte tous les éléments nécessaires au passage de l’émotion brute à la connaissance historique de l’événement.
Dans cette même publication, Jean-Marc Berlière signe un passionnant article sur l’affaire Soleilland (l’assassinat, en 1907, d’une fillette par un pédophile) et la manière dont la Presse et l’opinion s'étaient emparés de la question de la peine de mort pour parvenir à repousser, en 1908, un projet législatif d’abolition (73 ans avant la loi Badinter du 18 septembre 1981).
Outre ses qualités scientifiques, l’intérêt de cet article réside également dans les éclairages parallèles portés sur notre époque :
- une presse voyeuriste et racoleuse (voir la reproduction saisissante de cette une des « Faits-Divers Illustrés » reconstituant avec complaisance les exactions et l’exécution, en 1909, de la bande Pollet) prétendant façonner et représenter la vox populi ;
- la mise en place d’un discours sécuritaire simpliste et manichéen flirtant avec la démagogie crasse, discours dans lequel triomphe une Droite condamnant la Gauche à surenchérir ou à se couper d’un peuple mal éclairé par les lumières de la Raison et de l’Education, d’un peuple (ré)conforté dans ses passions les plus primales.

Recevant à l’Elysée le père du petit garçon violé par un pédophile à Roubaix (affaire qui fit le bonheur des rédactions du 20 heures), M. Sarkozy lui confia en "off" qu’il était partisan du rétablissement de la peine de mort pour ce genre de crimes (alors même que la peine de mort vient d’être déclarée anticonstitutionnelle par la Parlement réuni en Congrès).
Plus tard, le « président de toutes les victimes » (pour reprendre l'expression d'Elisabeth Lévy) enfonça le clou en proposant la condamnation des prévenus déclarés « irresponsables », n’hésitant pas à passer sur le corps juridique français et à piétiner au passage une Justice en mal d’indépendance et de moyens, pour mieux abreuver son électorat le moins progressiste de ce mélange de compassion et de vengeance propre au discours judiciaire de la droite décomplexée (et dont un des chantres, Michel Sardou, donnait récemment sa propre version à l’occasion d’une émission de télé).
Foin de pédagogie ou de courage politique, adressons-nous uniquement aux masses individualistes, à « Madame Michu » ou aux sophistes de comptoir, plutôt qu’aux citoyens conscientisés qui savent, par exemple, que le destin et les choix d’un homme ne sont pas inscrits dans ses gènes.
Foin de discours progressiste et humaniste ou d’explications nécessairement longues et complexes, surfons au contraire sur la facile dictature de l’émotion, sur le bruyant étalage des passions.
Mais dans « émotion », il y a aussi « motion », « mouvement ».
Ainsi, le style gouvernemental actuel, avec sa communication tonitruante (propre aux dérapages mal contrôlés, comme les sorties de route respectives de Kouchner et Fillon sur « la guerre » contre l’Iran ou la « faillite » de l’Etat) ou ses gadgets politiques outranciers (comme Mme Boutin logée dans un préfabriqué ou Mme Amara intervenant en verlan au conseil des ministres) serait en fait la partie visible d’un activisme et d’un volontarisme efficaces mis au service d’une France enfin sortie d’un quart de siècle de « ninisme » mitterrandien puis d’immobilisme chiraquien.

Or, après cinq mois de présidence Sarkozy, quel bilan positif peut-on tracer ? En dehors d’un paquet fiscal aux effets et à l’image discutables, quelle amorce de changement peut-on repérer ?
Après un état de candidature permanente particulièrement hystérique et touche-à-tout, Nicolas Sarkozy se retrouve dans une posture qu’il devait avoir mésestimée : celle de la responsabilité suprême.
Plus moyen, en effet, de désigner des boucs émissaires en haut lieu, comme du temps de Chirac. Il est vrai que la BCE peut faire l’affaire pour le moment (quitte à se mettre notre partenaire d’Outre-Rhin - dynamique malgré ce prétendu euro fort - à dos), mais après ?
Soucieux de conserver sa popularité jusqu’en 2012, il est probable que Nicolas Sarkozy finisse par cèder à la facilité d’un "prudent" immobilisme grossièrement masqué par une explosion médiatique tous azimuts, rejoignant ainsi le paradoxe de la Reine rouge, bien connu des biologistes.
Dans De l’autre côté du miroir (1871), Lewis Carroll nous contait une course étonnante où, malgré les efforts déployés, Alice et la Reine rouge étaient condamnées à faire du sur-place sans arriver nulle part. Interrogée par sa compétitrice sur ce phénomène mystérieux, la Reine lui répondit :
« Ici, vois-tu, il faut courir aussi vite que possible pour pouvoir rester en place »[3].

Aussi, j’ai bien l’impression que le mouvement perpétuel de l’Elysée se contente finalement de tourner en rond, remuant au passage les passions les plus primales et les plus nauséabondes, sans s’éclairer de la lumière de la Raison pour nous amener vers les horizons promis ...
[1] Après le faux débat sur la méthode d’apprentissage de la lecture dont s’était emparé le médiocre Robien on peut également rappeler, pour rester dans l’enseignement de l’Histoire, les "aspects positifs" de la colonisation qu’il fallait souligner au profit des partisans de l’ « anti-repentance décomplexée ».
[2] L'annonce de la nomination de Maud Fontenoy à un secrétariat d'Etat à la Jeunesse (que M. Laporte devait initialement cumuler avec la division des Sports) démontre toutefois une première forme de disgrâce à l'encontre de l'entraîneur du XV de France.
[3] Je m'excuse à l'avance pour les maladresses prévisibles de cette traduction personnelle ...
16:40 Publié dans Gouvernement | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Fillon, Môquet, rugby, Histoire, politique, France
20.08.2007
Une blagounette pour M. Santini
Dans un récent entretien publié par Rue89, le secrétaire d’Etat à la fonction publique, M. André Santini, présenté comme le « chef de file » du Nouveau Centre (un parti constitué par les élus UDF dissidents ralliés à la majorité présidentielle), fustige avec sa verve inimitable la stratégie d’indépendance qui a été adoptée par François Bayrou dans la ligne du congrès UDF de Lyon de janvier 2006.
M. Santini considère en effet que M. Bayrou a « dérapé », qu’il est devenu « messianique » [sic.].
Mais, monsieur Santini, comment ne pas se prendre pour le Messie quand on est entouré de tant de Judas ?

Voilà une petite blagounette à ajouter à votre fameux répertoire d’histoires drôles, M. Santini.
Vous en aurez sans doute bien besoin dans les prochains temps : la Justice vous demande de rendre des comptes, vous êtes sur un siège éjectable au gouvernement, votre parti est fauché, la plupart des élus qui vont ont suivi prendront vite conscience de l’impasse du Nouveau Centre et finiront sans doute par rejoindre la famille centriste.
Mais, pour vous réconforter face à ces prévisibles épreuves, sachez que vous nous ferez toujours bien rigoler ...
11:30 Publié dans Gouvernement | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Santini, UDF, Bayrou, politique, gouvernement, MoDem
05.07.2007
Les chevaux de Troie de Ratzinger
Je réagis dans cette note à un article du Monde (édition du 05.07), cité ci-dessous :
Le cabinet très catholique de Christine Boutin
Le fait est "sans précédent", croit savoir la Conférence des évêques de France. C'est un choix "original", concède-t-on au cabinet de la ministre. La nomination d'un prêtre dans un cabinet ministériel aurait pu semer le trouble chez les tenants d'une pointilleuse laïcité. Christine Boutin, ministre du logement et de la ville, n'a pas hésité à appeler à ses côtés le Père Jean-Marie Petitclerc, acteur social reconnu à Argenteuil (Val-d'Oise) et à Lyon, où il continue de diriger une association d'aide aux jeunes en difficulté. "Il a été recruté pour ses compétences, souligne l'entourage de la ministre. Il se trouve qu'il est prêtre, il n'est pas pour autant l'aumônier du ministère !"
Proche de personnalités de gauche, le nouveau chargé de mission pour les relations avec les acteurs locaux "se réjouit d'appartenir à un pays où les convictions religieuses n'empêchent pas d'exercer un certain nombre de responsabilités", rapporte La Croix du 25 juin. Le mélange des genres demeure toutefois exceptionnel. Au XXe siècle, les exemples les plus connus restent ceux de l'abbé Pierre, député de Meurthe-et-Moselle de 1945 à 1951, et du chanoine Félix Kir, maire de Dijon, député de Côte-d'Or de 1945 à 1967. En acceptant d'entrer en politique auprès de Mme Boutin, le prêtre salésien de Don Bosco, également polytechnicien, rejoint une équipe marquée par une coloration chrétienne inédite.
A sa tête, la ministre aux convictions catholiques revendiquées a conservé son titre de "consulteur" auprès du Conseil pontifical pour la famille. Cette instance vaticane, notamment chargée de promouvoir les "initiatives de défense de la vie humaine de la conception à la mort naturelle", compte 39 consulteurs à travers le monde. Cette fonction, que Mme Boutin occupe depuis 1996, lui vaut d'être "consultée pour son expertise sur la politique familiale". "Elle n'est allée au Vatican qu'une ou deux fois, insiste son cabinet. Il n'y a aucun lien de subordination et aucune incompatibilité avec ses nouvelles fonctions." Un avis partagé par la nonciature apostolique à Paris.
Au-delà de ses propres engagements, Mme Boutin s'est entourée de personnalités connues pour leur proximité avec des mouvements catholiques conservateurs.
C'est le cas de son directeur de cabinet, le préfet Jean-Paul Bolufer, issu de la droite catholique dure et militante, réputé pour ses prises de position contre l'avortement ou l'homosexualité.
C'est également le cas de Christine de Chefdebien, sa conseillère technique chargée de la politique de la ville et des relations avec les acteurs locaux. En 1992, elle avait été condamnée à quatre mois de prison avec sursis et 3 000 francs d'amende - une peine ramenée en appel à 5 000 francs - pour avoir participé à un commando anti-avortement dans le service gynécologique du centre hospitalier de Pau.
Stéphanie Le Bars: "Le cabinet très catholique de Christine Boutin" dans Le Monde du jeudi 5 juillet 2007
Comme souvent, l'arbre cache la forêt avec une habileté confondante.
En effet, si, au nom même de la Laïcité, on ne peut aucunement reprocher à M. Petitclerc ses convictions religieuses (plutôt modérées et progressistes, semble-t-il d'ailleurs) et son engagement dans une communauté cultuelle, on ne peut en revanche qu'être très inquiet sur deux autres problèmes soulevés par cet article.
Il est en effet plutôt inquiétant de voir que Mme Boutin, malgré sa position au gouvernement de la France, assure également une fonction officielle auprès d'une puissance étrangère, théocratique de surcroît.
Si ce cumul étrange ne semble pas strictement illégal, il pose - outre l'incompatibilité des prises de position pontificales avec la législation républicaine - une réelle question morale : Mme Boutin - dont la nomination est notamment un gage donné par M. Sarkozy aux milieux catholiques conservateurs bien présents au sein de l'UMP ou des franges du FN captées par son discours - risque en effet de constituer le "cheval de Troie" d'une politique vaticane de plus en plus interventionniste (comme le démontre l'exemple du référendum portugais sur la dépénalisation de l'avortement, au lendemain duquel le pape avait affirmé qu' "aucune loi faite par les hommes ne peut renverser celle du créateur sans que la société n'en soit dramatiquement affectée dans son fondement même").
De même, on ne peut qu'être étonné par le décalage perceptible entre, d'une part, un discours présidentiel qui prône une impunité intransigeante, et, d'autre part, la présence, au sein du ministère de la ville, d'une activiste anti-avortement condamnée par la Justice pour avoir attenté à la liberté d'autrui.

Les démocrates attachés aux principes de liberté et de Laïcité devront donc rester particulièrement vigilants.
Ils songeront également avec douleur aux récents positionnements de celle qui, après avoir été l'admirable camarade de certains d'entre-eux et une courageuse libératrice pour bien des femmes, jugeait que François Bayrou était le "pire de tous" lors d'une élection à laquelle se présentait M. Le Pen.
La présence, près du sommet de l'Etat, d'activistes haineux de la cause liberticide du refus du droit des femmes à l'IVG doit lui faire comprendre l'ampleur de son incompréhensible erreur de jugement.
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