24.09.2007
La dictature des passions
En tant que professeur d’Histoire, j’avais été particulièrement agacé par la volonté présidentielle d’imposer aux élèves du second degré, et ce dès le début de l'année scolaire, la lecture de la dernière lettre de Guy Môquet.
En effet, non content de commettre une nouvelle ingérence regrettable de la communication politique dans la pédagogie [1] et dans le travail des Historiens, M. Sarkozy effectuait avant tout une tentative douteuse de récupération mémorielle où l’Histoire, science humaine dotée de précautions critiques et méthodologiques telles que la contextualisation, cédait la place au sentiment intemporel, au pathétique lyrique, à l’émotion passionnée.

Or, comme souvent en politique, les armes finissent par se retourner contre ceux qui les ont dégainées, ajoutant à un scandale mésestimé par le grand public une tragicomique péripétie : alors que M. Sarkozy avait érigé la coupe du monde de Rugby en grande célébration (pour ne pas dire « cause ») nationale et placé dans l’espoir d’une victoire française celui d’un redressement providentiel d’une croissance décidemment insensible aux imprécations présidentielles (ainsi qu'aux effets secondaires escomptés du dispendieux « paquet fiscal »), son ami et futur secrétaire d’Etat aux sports, Bernard Laporte, entraîneur du XV de France (et accessoirement homme d’affaires, acteur de publicités vantant les mérites d’un jambon ou d’aliments pour chien, propriétaire de casinos, etc.) a cru utile de galvaniser ses troupes par la lecture, avant le premier match, de la fameuse lettre du jeune résistant communiste fusillé par les Allemands le 22 octobre 1941.
Quant à la suite de ce douteux mélange des genres (un peu comme si l’équipe de France de football allait s’entraîner à Auschwitz pour s’imprégner du courage des trop rares survivants de cet enfer) dans lequel on pourrait voir une forme involontaire d’humour noir, on la connaît : défaite française, colère de l’omniprésident, et mise au conditionnel (temporaire) du destin sous-ministériel de M. Laporte [2].
Dans le dernier numéro de la revue L’Histoire, Jean-Pierre Azéma critique l’usage politique du drame de la Sablière et apporte tous les éléments nécessaires au passage de l’émotion brute à la connaissance historique de l’événement.
Dans cette même publication, Jean-Marc Berlière signe un passionnant article sur l’affaire Soleilland (l’assassinat, en 1907, d’une fillette par un pédophile) et la manière dont la Presse et l’opinion s'étaient emparés de la question de la peine de mort pour parvenir à repousser, en 1908, un projet législatif d’abolition (73 ans avant la loi Badinter du 18 septembre 1981).
Outre ses qualités scientifiques, l’intérêt de cet article réside également dans les éclairages parallèles portés sur notre époque :
- une presse voyeuriste et racoleuse (voir la reproduction saisissante de cette une des « Faits-Divers Illustrés » reconstituant avec complaisance les exactions et l’exécution, en 1909, de la bande Pollet) prétendant façonner et représenter la vox populi ;
- la mise en place d’un discours sécuritaire simpliste et manichéen flirtant avec la démagogie crasse, discours dans lequel triomphe une Droite condamnant la Gauche à surenchérir ou à se couper d’un peuple mal éclairé par les lumières de la Raison et de l’Education, d’un peuple (ré)conforté dans ses passions les plus primales.

Recevant à l’Elysée le père du petit garçon violé par un pédophile à Roubaix (affaire qui fit le bonheur des rédactions du 20 heures), M. Sarkozy lui confia en "off" qu’il était partisan du rétablissement de la peine de mort pour ce genre de crimes (alors même que la peine de mort vient d’être déclarée anticonstitutionnelle par la Parlement réuni en Congrès).
Plus tard, le « président de toutes les victimes » (pour reprendre l'expression d'Elisabeth Lévy) enfonça le clou en proposant la condamnation des prévenus déclarés « irresponsables », n’hésitant pas à passer sur le corps juridique français et à piétiner au passage une Justice en mal d’indépendance et de moyens, pour mieux abreuver son électorat le moins progressiste de ce mélange de compassion et de vengeance propre au discours judiciaire de la droite décomplexée (et dont un des chantres, Michel Sardou, donnait récemment sa propre version à l’occasion d’une émission de télé).
Foin de pédagogie ou de courage politique, adressons-nous uniquement aux masses individualistes, à « Madame Michu » ou aux sophistes de comptoir, plutôt qu’aux citoyens conscientisés qui savent, par exemple, que le destin et les choix d’un homme ne sont pas inscrits dans ses gènes.
Foin de discours progressiste et humaniste ou d’explications nécessairement longues et complexes, surfons au contraire sur la facile dictature de l’émotion, sur le bruyant étalage des passions.
Mais dans « émotion », il y a aussi « motion », « mouvement ».
Ainsi, le style gouvernemental actuel, avec sa communication tonitruante (propre aux dérapages mal contrôlés, comme les sorties de route respectives de Kouchner et Fillon sur « la guerre » contre l’Iran ou la « faillite » de l’Etat) ou ses gadgets politiques outranciers (comme Mme Boutin logée dans un préfabriqué ou Mme Amara intervenant en verlan au conseil des ministres) serait en fait la partie visible d’un activisme et d’un volontarisme efficaces mis au service d’une France enfin sortie d’un quart de siècle de « ninisme » mitterrandien puis d’immobilisme chiraquien.

Or, après cinq mois de présidence Sarkozy, quel bilan positif peut-on tracer ? En dehors d’un paquet fiscal aux effets et à l’image discutables, quelle amorce de changement peut-on repérer ?
Après un état de candidature permanente particulièrement hystérique et touche-à-tout, Nicolas Sarkozy se retrouve dans une posture qu’il devait avoir mésestimée : celle de la responsabilité suprême.
Plus moyen, en effet, de désigner des boucs émissaires en haut lieu, comme du temps de Chirac. Il est vrai que la BCE peut faire l’affaire pour le moment (quitte à se mettre notre partenaire d’Outre-Rhin - dynamique malgré ce prétendu euro fort - à dos), mais après ?
Soucieux de conserver sa popularité jusqu’en 2012, il est probable que Nicolas Sarkozy finisse par cèder à la facilité d’un "prudent" immobilisme grossièrement masqué par une explosion médiatique tous azimuts, rejoignant ainsi le paradoxe de la Reine rouge, bien connu des biologistes.
Dans De l’autre côté du miroir (1871), Lewis Carroll nous contait une course étonnante où, malgré les efforts déployés, Alice et la Reine rouge étaient condamnées à faire du sur-place sans arriver nulle part. Interrogée par sa compétitrice sur ce phénomène mystérieux, la Reine lui répondit :
« Ici, vois-tu, il faut courir aussi vite que possible pour pouvoir rester en place »[3].

Aussi, j’ai bien l’impression que le mouvement perpétuel de l’Elysée se contente finalement de tourner en rond, remuant au passage les passions les plus primales et les plus nauséabondes, sans s’éclairer de la lumière de la Raison pour nous amener vers les horizons promis ...
[1] Après le faux débat sur la méthode d’apprentissage de la lecture dont s’était emparé le médiocre Robien on peut également rappeler, pour rester dans l’enseignement de l’Histoire, les "aspects positifs" de la colonisation qu’il fallait souligner au profit des partisans de l’ « anti-repentance décomplexée ».
[2] L'annonce de la nomination de Maud Fontenoy à un secrétariat d'Etat à la Jeunesse (que M. Laporte devait initialement cumuler avec la division des Sports) démontre toutefois une première forme de disgrâce à l'encontre de l'entraîneur du XV de France.
[3] Je m'excuse à l'avance pour les maladresses prévisibles de cette traduction personnelle ...
16:40 Publié dans Gouvernement | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Fillon, Môquet, rugby, Histoire, politique, France
20.08.2007
Une blagounette pour M. Santini
Dans un récent entretien publié par Rue89, le secrétaire d’Etat à la fonction publique, M. André Santini, présenté comme le « chef de file » du Nouveau Centre (un parti constitué par les élus UDF dissidents ralliés à la majorité présidentielle), fustige avec sa verve inimitable la stratégie d’indépendance qui a été adoptée par François Bayrou dans la ligne du congrès UDF de Lyon de janvier 2006.
M. Santini considère en effet que M. Bayrou a « dérapé », qu’il est devenu « messianique » [sic.].
Mais, monsieur Santini, comment ne pas se prendre pour le Messie quand on est entouré de tant de Judas ?

Voilà une petite blagounette à ajouter à votre fameux répertoire d’histoires drôles, M. Santini.
Vous en aurez sans doute bien besoin dans les prochains temps : la Justice vous demande de rendre des comptes, vous êtes sur un siège éjectable au gouvernement, votre parti est fauché, la plupart des élus qui vont ont suivi prendront vite conscience de l’impasse du Nouveau Centre et finiront sans doute par rejoindre la famille centriste.
Mais, pour vous réconforter face à ces prévisibles épreuves, sachez que vous nous ferez toujours bien rigoler ...
11:30 Publié dans Gouvernement | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Santini, UDF, Bayrou, politique, gouvernement, MoDem
05.07.2007
Les chevaux de Troie de Ratzinger
Je réagis dans cette note à un article du Monde (édition du 05.07), cité ci-dessous :
Le cabinet très catholique de Christine Boutin
Le fait est "sans précédent", croit savoir la Conférence des évêques de France. C'est un choix "original", concède-t-on au cabinet de la ministre. La nomination d'un prêtre dans un cabinet ministériel aurait pu semer le trouble chez les tenants d'une pointilleuse laïcité. Christine Boutin, ministre du logement et de la ville, n'a pas hésité à appeler à ses côtés le Père Jean-Marie Petitclerc, acteur social reconnu à Argenteuil (Val-d'Oise) et à Lyon, où il continue de diriger une association d'aide aux jeunes en difficulté. "Il a été recruté pour ses compétences, souligne l'entourage de la ministre. Il se trouve qu'il est prêtre, il n'est pas pour autant l'aumônier du ministère !"
Proche de personnalités de gauche, le nouveau chargé de mission pour les relations avec les acteurs locaux "se réjouit d'appartenir à un pays où les convictions religieuses n'empêchent pas d'exercer un certain nombre de responsabilités", rapporte La Croix du 25 juin. Le mélange des genres demeure toutefois exceptionnel. Au XXe siècle, les exemples les plus connus restent ceux de l'abbé Pierre, député de Meurthe-et-Moselle de 1945 à 1951, et du chanoine Félix Kir, maire de Dijon, député de Côte-d'Or de 1945 à 1967. En acceptant d'entrer en politique auprès de Mme Boutin, le prêtre salésien de Don Bosco, également polytechnicien, rejoint une équipe marquée par une coloration chrétienne inédite.
A sa tête, la ministre aux convictions catholiques revendiquées a conservé son titre de "consulteur" auprès du Conseil pontifical pour la famille. Cette instance vaticane, notamment chargée de promouvoir les "initiatives de défense de la vie humaine de la conception à la mort naturelle", compte 39 consulteurs à travers le monde. Cette fonction, que Mme Boutin occupe depuis 1996, lui vaut d'être "consultée pour son expertise sur la politique familiale". "Elle n'est allée au Vatican qu'une ou deux fois, insiste son cabinet. Il n'y a aucun lien de subordination et aucune incompatibilité avec ses nouvelles fonctions." Un avis partagé par la nonciature apostolique à Paris.
Au-delà de ses propres engagements, Mme Boutin s'est entourée de personnalités connues pour leur proximité avec des mouvements catholiques conservateurs.
C'est le cas de son directeur de cabinet, le préfet Jean-Paul Bolufer, issu de la droite catholique dure et militante, réputé pour ses prises de position contre l'avortement ou l'homosexualité.
C'est également le cas de Christine de Chefdebien, sa conseillère technique chargée de la politique de la ville et des relations avec les acteurs locaux. En 1992, elle avait été condamnée à quatre mois de prison avec sursis et 3 000 francs d'amende - une peine ramenée en appel à 5 000 francs - pour avoir participé à un commando anti-avortement dans le service gynécologique du centre hospitalier de Pau.
Stéphanie Le Bars: "Le cabinet très catholique de Christine Boutin" dans Le Monde du jeudi 5 juillet 2007
Comme souvent, l'arbre cache la forêt avec une habileté confondante.
En effet, si, au nom même de la Laïcité, on ne peut aucunement reprocher à M. Petitclerc ses convictions religieuses (plutôt modérées et progressistes, semble-t-il d'ailleurs) et son engagement dans une communauté cultuelle, on ne peut en revanche qu'être très inquiet sur deux autres problèmes soulevés par cet article.
Il est en effet plutôt inquiétant de voir que Mme Boutin, malgré sa position au gouvernement de la France, assure également une fonction officielle auprès d'une puissance étrangère, théocratique de surcroît.
Si ce cumul étrange ne semble pas strictement illégal, il pose - outre l'incompatibilité des prises de position pontificales avec la législation républicaine - une réelle question morale : Mme Boutin - dont la nomination est notamment un gage donné par M. Sarkozy aux milieux catholiques conservateurs bien présents au sein de l'UMP ou des franges du FN captées par son discours - risque en effet de constituer le "cheval de Troie" d'une politique vaticane de plus en plus interventionniste (comme le démontre l'exemple du référendum portugais sur la dépénalisation de l'avortement, au lendemain duquel le pape avait affirmé qu' "aucune loi faite par les hommes ne peut renverser celle du créateur sans que la société n'en soit dramatiquement affectée dans son fondement même").
De même, on ne peut qu'être étonné par le décalage perceptible entre, d'une part, un discours présidentiel qui prône une impunité intransigeante, et, d'autre part, la présence, au sein du ministère de la ville, d'une activiste anti-avortement condamnée par la Justice pour avoir attenté à la liberté d'autrui.

Les démocrates attachés aux principes de liberté et de Laïcité devront donc rester particulièrement vigilants.
Ils songeront également avec douleur aux récents positionnements de celle qui, après avoir été l'admirable camarade de certains d'entre-eux et une courageuse libératrice pour bien des femmes, jugeait que François Bayrou était le "pire de tous" lors d'une élection à laquelle se présentait M. Le Pen.
La présence, près du sommet de l'Etat, d'activistes haineux de la cause liberticide du refus du droit des femmes à l'IVG doit lui faire comprendre l'ampleur de son incompréhensible erreur de jugement.
00:00 Publié dans Gouvernement | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : religion, intégrisme, gouvernement, Boutin, Sarkozy, Fillon, Le Pen
03.07.2007
A fond la réforme ? La feuille de route de François Fillon
En attendant vos réactions à ce sujet, je vous livre mes réflexions sur quelques extraits d’une note synthétique parue sur le site de Matignon dans la foulée du discours de politique générale du Premier ministre.
1. Modernisation des institutions :
François Fillon promet « une vaste réforme des institutions », confiée à un think tank de sages présidé par M. Balladur.
Certains de ces projets de réforme semblent aller dans le bon sens, celui du pluralisme :
« Il s’agit aussi de revaloriser le rôle du Parlement, grâce à un statut de l’opposition, à un contrôle des nominations et aussi à la mise en place de moyens indépendants d’audits. Les circonscriptions législatives seront redessinées, avec l’instauration possible d’une dose de proportionnelle ».
Ce dernier point, véritable serpent de mer depuis de trop nombreuses années, sera-t-il concrétisé par des actes ? La crédibilité de la démocratie représentative en dépend.
Ne nous faisons cependant pas trop d’illusions, car aucun des principaux groupes de la majorité (ou même de l’opposition) n’y trouvera d’intérêt.
Certains points doivent en revanche être éclaircis :
« [La réforme des institutions] permettra au président de la République de s’exprimer devant le Parlement ».
Cette annonce pose à nouveau le problème de la bicéphalie de l’exécutif. Pourquoi en effet permettre au Président, mandataire du pouvoir exécutif, d’accéder à l’enceinte du pouvoir législatif – ce qui lui était jusqu’à présent interdit au nom du principe de séparation des pouvoirs - alors que son discours inspire en théorie celui du gouvernement qu’il a nommé et qui a déjà sa place au Parlement ?
Toutefois, si cette réforme était adoptée, il faudrait aller au bout de la logique qu’elle induit et poser, en contrepartie, le principe d’une responsabilité directe du président devant le Parlement. Ainsi, le président de la République serait régulièrement amené à rendre compte de son action devant les législateurs, qui décideraient alors de lui accorder ou de lui refuser leur confiance.
Bien évidemment, je doute que cette idée - dangereuse pour lui dans l’hypothèse d’un second mandat exercé dans un contexte législatif différent - ait effleuré l’esprit de Nicolas Sarkozy.

Quant à l’évocation d’un « droit de pétition » accordé à « une partie du corps électoral », une clarification du discours est également nécessaire. Pourra-t-il s’agir d’une véritable opportunité d’initiative citoyenne, sur le modèle de la démocratie helvétique ? Là aussi, ce serait plus qu’étonnant vu le sentiment inébranlable de légitimité absolue affiché par les tenants de la majorité.
2. Réforme de l’Université :
« Outre la réforme sur la gouvernance des universités, le Premier ministre a insisté sur la concertation engagée sur les conditions de vie et de travail des étudiants - il s’agit de lutter contre l’échec en première année, de favoriser l’insertion professionnelle mais aussi de créer de véritables campus autour des universités.
Parallèlement, le Premier ministre a annoncé un investissement massif dans la recherche, qui devrait atteindre 3 % du PIB ».
Dans ce domaine, les intentions affichées paraissent louables, bien que la volonté de « conduire 50 % de chaque classe d’âge vers un diplôme de l’enseignement supérieur » ne me semble pas être une fin en soi, l’insertion professionnelle dès le secondaire devant être mieux encouragée et considérée.
Toutefois, une telle réforme de l’Université ne pourra se faire que dans le cadre d’une concertation transparente. Il ne faut donc pas se précipiter, sous peine de provoquer des blocages ultérieurs contreproductifs, et attendre patiemment la rentrée universitaire pour que tous les acteurs puissent être entendus.
3. Education :
« Parmi les priorités, la liberté pédagogique - qui conduit le Gouvernement à assouplir progressivement la carte scolaire -, et la généralisation du soutien scolaire individualisé. "Quatre fois par semaine, écoliers, collégiens et lycéens pourront bénéficier d’un encadrement éducatif d’au moins deux heures par jour", a déclaré le Premier ministre. Les études dirigées devront être effectives pour tous les collégiens dès la rentrée 2008, et dans la totalité de l’enseignement scolaire à la rentrée 2011 ».
A quoi peut donc servir un ministère de l’Education nationale si la « liberté pédagogique » exige l’assouplissement – et, à terme, la suppression – de la carte scolaire ? La vraie finalité d’une réelle politique d’éducation nationale reviendrait en effet à hisser l’ensemble des établissements à un même niveau d’excellence, tout en continuant, bien entendu, à accorder des dérogations pour les options rares. Ici, au contraire, c’est un dangereux accroissement des inégalités (et, par conséquent, une privation de fait de la "liberté pédagogique") qui se profile.
De plus, on ne peut qu’être songeur à l’évocation de ces « encadrements éducatifs » ou encore devant l’objectif affiché de « réduction du nombre d’élèves dans les établissements scolaires où se concentrent les difficultés », alors que M. Darcos a pris la décision de réduire les effectifs. Il s’agit donc bel et bien d’une promesse hypocrite et irréalisable compte tenu des moyens mobilisés.
4. Développement durable :
« Deux mois avant la réunion cet automne du Grenelle de l’environnement, François Fillon a insisté sur la mise en place d’une "fiscalité écologique", avec notamment l’expérimentation [en Alsace, dans un premier temps] de l’eurovignette et le projet de taxe carbone ».
Ces initiatives vont dans le bon sens car elles s’orientent vers le principe du pollueur-payeur, principe vital à une responsabilisation de l’ensemble de la population et des acteurs économiques autour de l’enjeu majeur qu’est la préservation de notre environnement. Cette logique sera-t-elle poussée jusqu’au bout, c'est-à-dire au-delà des barrières législatives plus ou moins invisibles dressées par les lobbies ? L’avenir nous le dira.
Nous reviendrons régulièrement sur ces déclarations (et sur les amendements apportés à celles-ci) pour juger en toute impartialité de leur application.
En attendant, c’est sans trop d’illusions que nous devons laisser au chef du gouvernement – et, partant, au président de la République dont il exécute le programme politique - le bénéfice du doute, en l’assurant non seulement de notre sincère soutien dans la mise en pratique des progrès annoncés, mais également de notre vigilance à l’égard des décisions qui pourraient nuire à l’avenir de notre pays.
21:05 Publié dans Gouvernement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gouvernement, politique, Fillon, Sarkozy, démocratie, éducation, écologie
02.07.2007
Mulhouse : la roue tourne
La nomination du maire de Mulhouse, Jean-Marie Bockel, en tant que secrétaire d'Etat dans le nouveau gouvernement Fillon a mis en lumière l'évolution politique d'un ancien bastion de la gauche.
En effet, alors que cette ville était un fief incontesté du socialisme (ou un îlot rose perdu dans un océan alsacien bleu-marine), Mulhouse a aujourd'hui largement glissé à droite.
Cette évolution politique s'explique tout d'abord par la transformation sociale de la population mulhousienne.
Majoritairement ouvrière depuis le second tiers du XIXe siècle, celle-ci avait élu un maire SFIO, Auguste Wicky, dès 1925. Or, la crise des années 1970-80 (et notamment celle du textile) ainsi que la tertiarisation des actifs ont considérablement réduit un électorat ouvrier progressivement conquis par l'extrême-droite.

Sur le plan politique, cette évolution s'est tout d'abord opérée de la gauche vers le centre-gauche, le maire socialiste Emile Muller ayant quitté la SFIO dès 1970 pour protester, au nom du réformisme, contre l'alliance avec le PCF. Candidat du Mouvement démocrate ... socialiste à l'élection présidentielle de 1974, Muller rejoignit ensuite le centre-droit au sein de l'UDF. Son successeur à la mairie, Joseph Klifa, suivra la même voie.
Ephémère ministre du gouvernement Fabius, J.-M. Bockel animait depuis plusieurs années l'aile droite du PS. Après avoir perdu son siège de député en 2002 au profit de l'UMP Arlette Grosskost (réélue en 2007), il avait pris la mesure du désamour de ses concitoyens envers la Gauche et, en menant une politique urbaine volontairement pragmatique, il n'hésitait plus à affirmer son admiration pour Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur.
Sa nomination dans un gouvernement de droite est donc une étape logique dans une recomposition d'ampleur du paysage politique mulhousien amorcée depuis plus de 35 ans.

Si l'on considère la confusion ambiante dans laquelle sont plongés les électeurs (le maire socialiste est désavoué par une partie de son camp, dont les MJS, tandis que Mme Grosskost s'est désolidarisée du groupe UMP à l'Assemblée nationale pour protester contre la nomination de M. Bockel), le scrutin municipal de 2008 risque sans doute de réserver quelques surprises.
Nulle doute que le MoDem, défendu localement par des hommes et des femmes de valeur tels que MM. Stoessel et Schweitzer ou Mme Ritz-Mangin, aura un rôle décisif à jouer ...
19:50 Publié dans Gouvernement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Mulhouse, Bockel, PS, UDF, MoDem, gauche, politique





