12.11.2009

De quel côté êtes-vous ?

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25.10.2009

"Détail de l'Histoire" à Saint-Dié : l'extrême-droite révisionniste s'offre le bureau de Pétain

Montoire.jpgQuelques compléments d'information sur un article de Vosges Matin (édition du 19 octobre), qui nous apprenait que le bureau du Maréchal Pétain avait été vendu aux enchères, la veille, pour 23 000 euros, "sous les applaudissements de la salle", à l'Association de défense du Maréchal Pétain, présidée par un certain Hubert Massol, qui avait fait le déplacement à Saint-Dié depuis la région parisienne.

Cette association travaille, selon ses dires, "à la réhabilitation du Maréchal Pétain en tant que chef d'Etat et militaire condamné injustement". Rappelons que Philippe Pétain a mené une politique de collaboration active avec les Nazis qui devançait largement les attentes de ces derniers. Sur les 76 000 juifs (dont 11 000 enfants) déportés depuis la France vers les camps de la mort, 80 % ont été arrêtés par les agents du régime de Vichy. Antisémite convaincu, Pétain a encouragé ces atteintes irréparables aux droits de l'Homme : c'est la honte de notre pays qui était signée quotidiennement sur le bureau vendu à Saint-Dié la semaine dernière.

Hubert Massol.jpgLes propos de cette association relèvent donc d'un révisionnisme odieux, qui tend à réhabiliter le Pétainisme pour mieux pouvoir récupérer certaines idées de ce sinistre régime d'extrême-droite.

Pour ceux qui douteraient encore des finalités politiques extrémistes de cette association, il suffit de se rendre sur le site du MNR, qui consacre une page de son trombinoscope à Hubert Massol, ancien FN et conseiller national du parti de Bruno Mégret. Rappelons que ce dernier s'était dissocié de Jean-Marie Le Pen pour mieux dépasser le Front national sur son extrême-droite.

Plutôt que d'insister sur l' "émotion" de M. Massol, qui va maintenant placer ledit bureau dans son musée révisionniste, ce sont ces quelques informations indispensables que le journaliste de Vosges Matin n'aurait pas du oublier de mentionner.

Plus d'informations : lire l'article du Monde.fr.

10.06.2009

La Franc-maçonnerie et la démocratie, de l'oncle Sosthène aux "Frères" du XXIe siècle

Franc-maçon.jpg[...] Mon oncle était franc-maçon.

Moi, je déclare les francs-maçons plus bêtes que les vieilles dévotes. C'est mon opinion et je la soutiens. Tant qu'à avoir une religion, l'ancienne me suffirait.

Ces nigauds-là ne font qu'imiter les curés. Ils ont pour symbole un triangle au lieu d'une croix. Ils ont des églises qu'ils appellent des Loges, avec un tas de cultes divers : le rite Écossais, le rite Français, le Grand-Orient, une série de balivernes à crever de rire.

Puis, qu'est-ce qu'ils veulent ? Se secourir mutuellement en se chatouillant le fond de la main ? Je n'y vois pas de mal.

Ils ont mis en pratique le précepte chrétien : "Secourez-vous les uns les autres." La seule différence consiste dans le chatouillement. Mais, est-ce la peine de faire tant de cérémonies pour prêter cent sous à un pauvre diable ? Les religieux, pour qui l'aumône et le secours sont un devoir et un métier, tracent en tête de leurs épîtres trois lettres : J.M.J. Les francs-maçons posent trois points en queue de leur nom. Dos à dos, compères.

Mon oncle me répondait : "Justement nous élevons religion contre religion. Nous faisons de la libre pensée l'arme qui tuera le cléricalisme. La franc-maçonnerie est la citadelle où sont enrôlés tous les démolisseurs de divinités.

Je ripostais : "Mais, mon bon oncle (au fond je disais : "vieille moule"), c'est justement ce que je vous reproche. Au lieu de détruire, vous organisez la concurrence : ça fait baisser les prix, voilà tout. Et puis encore, si vous n'admettiez parmi vous que des libres penseurs, je comprendrais ; mais vous recevez tout le monde. Vous avez des catholiques en masse, même des chefs du parti. Pie IX fut des vôtres, avant d'être pape. Si vous appelez une Société ainsi composée une citadelle contre le cléricalisme, je la trouve faible, votre citadelle."

Alors, mon oncle, clignant de l'oeil, ajoutait : "Notre véritable action, notre action la plus formidable a lieu en politique. Nous sapons, d'une façon continue et sûre, l'esprit monarchique."

Cette fois j'éclatais. "Ah ! oui, vous êtes des malins ! Si vous me dites que la Franc-Maçonnerie est une usine à élections, je vous l'accorde ; qu'elle sert de machine à faire voter pour les candidats de toutes nuances, je ne le nierai jamais ; qu'elle n'a d'autre fonction que de berner le bon peuple, de l'enrégimenter pour le faire aller à l'urne comme on envoie au feu les soldats, je serai de votre avis ; qu'elle est utile, indispensable même à toutes les ambitions politiques parce qu'elle change chacun de ses membres en agent électoral, je vous crierai : "C'est clair comme le soleil !" Mais si vous me prétendez qu'elle sert à saper l'esprit monarchique, je vous ris au nez.

[...]

Et il fallait voir mon oncle Sosthène offrir à dîner à un franc-maçon. Ils se rencontraient d'abord et se touchaient les mains avec un air mystérieux tout à fait drôle, on voyait qu'ils se livraient à une série de pressions secrètes. Quand je voulais mettre mon oncle en fureur, je n'avais qu'à lui rappeler que les chiens aussi ont une manière toute franc-maçonnique de se reconnaître.

Puis mon oncle emmenait son ami dans les coins, comme pour lui confier des choses considérables ; puis, à table, face à face, ils avaient une façon de se considérer, de croiser leurs regards, de boire avec un coup d'oeil comme pour se répéter sans cesse : "Nous en sommes, hein !"

Et penser qu'ils sont ainsi des millions sur la terre qui s'amusent à ces simagrées !

[...]

Guy de Maupassant, Mon oncle Sosthène, 1882

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Oeil de la providence.JPGCe n'est pas du tout un hasard si la publication de ces lignes mordantes et ironiques de Maupassant correspond à un moment de l'Histoire de France qui voit la République et la démocratie s'enraciner enfin dans nos institutions (1879 : les Républicains sont enfin majoritaires dans les deux chambres du Parlement - 1881 : Loi sur la liberté de la Presse - 1884 : Légalisation des syndicats ...). Nous sommes alors au début de l'ère démocratique, dont 1848 ne fut que l'enthousiasmant mais brouillon prolégomène.

Cette "ère démocratique" n'est pas une fin de l'Histoire. Elle n'est pas un achèvement. La démocratie, en effet, ne peut être un système "fini" ou un "régime" définitivement figé sur des tablettes de marbre noir : c'est un idéal en perpétuelle construction, débutant avec la démocratie représentative (triomphante à l'époque de Maupassant) et se dirigeant vers une démocratie absolument directe, en passant par une lutte constante pour l'éducation et l'émancipation intellectuelle des citoyens (conditions sine qua non du débat démocratique).

Cette "ère démocratique", aujourd'hui inachevée, fut précédée d'une "ère pré-démocratique" et d'une période de transition "proto-démocratique".

L'ère pré-démocratique est celle des sujétions de toute sorte. Sujétion à un seigneur (féodalité), à une tradition, à une Église (cléricalisme) ... C'est l'Ancien régime.

Cette période prend fin en 1789 : les sujétions sont brisées mais, en l'absence d'un corps civique mûr, on peine à les remplacer par l'expression légitime de la volonté générale. On entre alors dans près d'un siècle de crises et d'expériences démocratiques, avec des avancées hésitantes et des reculs brutaux. C'est l'ère "proto-démocratique" : le logiciel démocratique existe enfin, mais les citoyens ne sont pas encore  prêts à l'utiliser à bon escient, n'en comprenant ni le mode d'emploi ni les finalités. Sur certains points, on peut considérer que cette période de difficile apprentissage et d'errements se prolonge sporadiquement jusqu'à notre époque ...

Apparue à la fin de l'ère pré-démocratique (au XVIIIe siècle), la Franc-maçonnerie en a précipité la chute. Ce sont en effet les loges qui ont servi de creuset à la formulation des idées révolutionnaires de Liberté, d'Egalité et de Fraternité.

Qu'est-ce qu'une loge à cette époque ? Un îlot de liberté de parole dans un océan de censure et de dogmes, un cercle ignorant le joug de l'absolutisme ou de l'Église, un lieu où les hommes cessent d'être les membres d'un "Ordre" (clergé, aristocratie ou tiers-état) pour devenir des frères égaux en droits. Or, les mouchards et les censeurs de l'Ancien régime s'infiltraient partout : il a donc fallu avoir recours à une certaine discrétion, créant et entretenant ainsi l'image erronée d'une société secrète.

Après l'explosion révolutionnaire, à laquelle ils prirent une part non négligeable, les "Frères" furent appelés à jouer un rôle important pour initier les expériences les plus progressistes de l'ère "proto-démocratique". A une époque où les partis et les autres associations n'existaient pas encore, où la liberté de la presse et les autres libertés d'expression restaient plus que précaires, où les masses, sous-éduquées, n'étaient pas prêtes à s'émanciper des intérêts des puissances aristocratiques et cléricales, il fallait en effet fonder les bases de la démocratie sur une élite ... sans le Peuple. Insuffisamment entraînée et équipée, l'armée de la démocratie ne pouvait se lancer tout de suite sur le champ de bataille. Les clubs, les salons, les journaux, les arrière-salles d'estaminet ... et les loges maçonniques servirent donc d'éclaireurs.

La république démocratique enfin mise en place, les loges auraient pu se dissoudre au profit de lieux de débat (presse libre, partis politiques, associations, élections ...) ouverts à tous et parfaitement transparents. Il n'en fut rien, ce qui créa un décalage entre un peuple plus mûr et ces anciens îlots de liberté progressivement devenus des institutions opaques. Ce décalage donna naissance à une incompréhension croissante, mère de monstruosités insoutenables telles que les thèses d'extrême-droite sur le prétendu "complot judéo-maçonnique".

Ces thèses dangereuses furent inventées, à l'époque de Maupassant, par Drumont et ses amis de l'extrême-droite réactionnaire. Jugulée par la IIIe République, cette mouvance revint au pouvoir sous le régime de Vichy, entraînant la persécution des Franc-maçons. Ma mère m'a raconté que mon grand-père dissimulait un étrange tatouage sous son bracelet de montre : trois points disposés en triangle. Franc-maçon ou non, il avait adopté ce symbole au moment de son entrée en résistance, par solidarité envers tous les êtres humains opprimés par le totalitarisme.

Par la suite, les Frères initièrent encore de nombreux combats progressistes. Cependant, malgré de nombreuses opérations de communication vers l'extérieur et une volonté louable de démystification, le décalage entre une société démocratique avide de transparence et d'interaction, d'une part, et ces cercles peu perméables et ritualisés, d'autre part, n'a cessé de s'agrandir.

Ce qui pose aujourd'hui la question de la légitimité de la Franc-maçonnerie. Pionniers de la société démocratique, les "Frères" sont-ils encore indispensables aux progrès futurs de cette même société ?

Cette question est d'autant plus pertinente si l'on considère les autres décalages entre l'institution maçonnique et les valeurs de notre démocratie. La mixité et la parité, par exemple, ne sont pas à l'ordre du jour du Grand Orient de France (GODF), l'obédience majoritaire, qui n'accepte encore que des "Frères", ce qui a conduit les "Soeurs" et leurs défenseurs à créer des obédiences dissidentes, comme celle du "Droit humain".

De plus, au delà des critiques contre une opacité que notre temps n'accepte plus, l'image de la Franc-maçonnerie française est également ternie par les agissements de certains de ses membres. C'est ainsi que plusieurs membres de loges de l'obédience de la Grande loge nationale française (GLNF), créée par des dissidents du GODF, furent impliquées dans plusieurs sombres affaires politico-financières, comme celles des HLM de la ville de Paris ou celles du tribunal de Nice, favorisant ainsi les accusations de collusions obscures dans les hautes sphères maçonniques de la politique et de la Justice. Cette même obédience de la GLNF a été critiquée pour ses liens avec des dictateurs ou kleptocrates africains tels que Sassou-Nguesso (chef d'Etat du Congo) et le beau-fils de ce dernier, Omar Bongo (chef d'Etat du Gabon), mort il y a quelques jours.

Dans une démocratie française ayant reconnu la liberté de conscience depuis ses origines et adopté le principe de laïcité depuis 1905, il est également étonnant que les "Frères" de la GLNF soient encore obligés de croire en Dieu. C'est un des membres de cette obédience, Christian Pierret, qui le rappelle dans le Vosges Matin d'aujourd'hui : "Pour y entrer, il faut croire en Dieu". Un sésame qui paraît bien anachronique dans la France de la Séparation de 1905 et de la loi du 15 mars 2004 protégeant l'école publique des manifestations religieuses.

En tant qu'athée anticlérical et en tant que féministe, j'aurais donc bien du mal à accepter la philosophie de la plupart des loges. Mais c'est surtout en tant que démocrate que je m'interroge sur la légitimité des loges maçonniques au sein d'une société démocratique en quête d'ouverture et de transparence.

 

Joseph

03.02.2008

Un jalon du patrimoine mondial à Saint-Dié

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PARIS (AFP), 31 janvier 2008 — La ministre de la Culture Christine Albanel a signé mercredi, au nom de la France et en association avec cinq autres pays, le dossier de candidature à l'inscription en 2009, dans la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, de l'oeuvre architecturale et urbaine de Le Corbusier.

La signature a eu lieu en présence des ambassadeurs auprès de l'UNESCO des pays associés, Allemagne, Argentine, Belgique, Japon et Suisse, où se trouvent, avec la France, les 22 oeuvres présentées.

Selon le projet, initié en 2002 par la Fondation Le Corbusier à Paris et le ministère de la Culture français, l'oeuvre de Le Corbusier "possède un caractère universel sur le plan historique, comme contribution fondamentale à l'architecture et à l'urbanisme moderne du XXe siècle". Ses réalisations sont reconnues comme autant d'"oeuvres majeures et constituent autant de dates-clefs de l'histoire de l'architecture", ajoute le dossier.

Charles Edouard Jeanneret-Gris, né à La Chaux De Fonds (Suisse) le 6 octobre 1887, et connu sous le pseudonyme de Le Corbusier (1887-1965) a été l'un des premiers, sinon le premier architecte, à construire dans le monde entier.

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Architecte, urbaniste, mais également peintre, sculpteur et écrivain, il a construit principalement en France, en Inde et en Suisse, mais également en Allemagne, en Argentine, en Belgique, au Japon, en Russie, aux Etats-Unis, en Irak et en Tunisie.

Les oeuvres présentées selon sept catégories, sont les suivantes :

La résidence-atelier : Maison Guiette, Anvers, Belgique, Maison Cook, Boulogne-sur-Seine, France

La maison individuelle : Maison Jeanneret-Perret et Maison Schwob, La Chaux-de-Fonds, Suisse ; Maisons La Roche et Jeanneret, Paris, France ; Villa le Lac, Corseaux, Suisse ; Villa Savoye, Poissy, France ; Maison du Docteur Curutchet, La Plata, Argentine ; Maisons Jaoul, Neuilly-sur-Seine, France.

L'habitat standardisé: Cité Frugès, Pessac, France ; Maisons du Weissenhof-Siedlung, Stuttgart, Allemagne ; Cabanon de Le Corbusier, Roquebrune-Cap-Martin, France.

L'habitat collectif : Cité de refuge de l'Armée du Salut, Paris ; Immeuble Clarté, Genève, Suisse ; Pavillon Suisse à la Cité universitaire, Paris ; Immeuble Molitor/ Appartement LC, Paris ; Unité d'habitation, Marseille.

L'architecture sacrée : Chapelle Notre-Dame-du-Haut, Ronchamp, France ; Couvent Sainte-Marie-de-la-Tourette, Eveux-sur-Arbresle, France.

Les grands programmes standards type : Usine Claude et Duval, Saint-Dié, France ; Musée des beaux Arts, Tokyo, Japon.

Urbanisme: Site de Firminy-Vert, Firminy, France


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Un site complet (source de la photographie ci-dessus) pour en savoir plus sur ce chef d'oeuvre du patrimoine industriel du XXe siècle :
http://usine.duval.free.fr/

20.01.2008

Adieu et merci

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Dépêche AFP : Louis de Cazenave, un des deux derniers "poilus" français, combattant de la Première Guerre mondiale (1914-18), est décédé dimanche, à l'âge de 110 ans, a-t-on appris auprès du ministère des anciens combattants.

Il est décédé dimanche matin à son domicile de Brioude, dans la haute-Loire (centre-est), a précisé le ministère, citant la préfecture locale.

Né le 16 octobre 1897, Louis de Cazenave était le doyen des poilus survivants. Engagé en 1916, il avait fait partie du 5e bataillon sénégalais de décembre 1916 à septembre 1917. En 1919, après la fin du conflit, il était devenu cheminot
.


Adieu, Louis, et encore merci pour tous les Alsaciens-Mosellans que vous et vos frères d'armes avez contribué à libérer de l'impérialisme allemand.
La "Grande guerre" fut un conflit particulièrement inhumain qui mit en scène une violence inouïe et insensée ... Toutefois, malgré leur cruauté extrême, ces sacrifices ne furent pas vains car il s'agissait de défendre la République une et indivisible ainsi que toutes ses valeurs, valeurs qui furent malheureusement quelquefois bafouées par certains officiers et membres de l'Etat-major.
A l'heure où l'une des dernières parcelles des souffrances de ce pénible XXème siècle s'abîme dans l'éternité, je souhaite que le XXIème siècle puisse ériger les valeurs humanistes en piédestal solide d'une paix universelle durable.

31.10.2007

Notre Patrimoine est en danger

La protection du patrimoine, un combat républicain ...

71b21ae7d9ec1d997f72f41aa18ef18e.jpg« En Italie, le peuple est habitué à respecter tous les monumens, et même ceux qui les dessinent. Accoutumons les citoyens à se pénétrer des mêmes sentimens.
Que le respect public entoure particulièrement les objets nationaux, qui, n’étant à personne, sont la propriété de tous.
Ces monuments contribuent à la splendeur d’une nation, et ajoutent à sa prépondérance politique.
C’est là ce que les étrangers viennent admirer. Les arênes de Nîmes et le pont du Gard ont peut-être plus rapporté à la France qu’ils n’avoient coûté aux Romains
. [...]
Inscrivons donc, s’il est possible, sur tous les monuments, et gravons dans tous les cœurs cette sentence :
"Les barbares et les esclaves détestent les sciences, et détruisent les monumens des arts ; les hommes libres les aiment et les conservent".
»

Henri Grégoire, Rapport sur les destructions opérées par le vandalisme, et sur les moyens de le réprimer - Convention nationale, séance du 14 Fructidor l’an second de la République une et indivisible (31 août 1794)

... abandonné en 2007 ?

« Les crédits alloués à la culture dans le projet de budget 2008 ont été adoptés mardi en commission à l'Assemblée nationale par les députés, dont plusieurs ont exprimé leurs "inquiétudes" face aux crédits dévolus aux monuments historiques et au spectacle vivant.ebc09dfc640984d179545c7573e82702.jpg
Devant la ministre de la Culture Christine Albanel, interrogée en commission, Nicolas Perruchot (Nouveau Centre) s'est "inquiété du sous-financement structurel de l'entretien des monuments historiques" (315 M EUR), à qui "il manquera 50 millions d'euros en 2008".

[...]
Le projet de budget est un projet "en trompe l'oeil", a ajouté Patrick Bloche (PS), rapporteur pour avis, estimant qu'à "structure constante, le budget baissera de 2%". »

(Dépêche AFP)


Notre patrimoine est aujourd’hui en danger.
Les crédits alloués sont insuffisants, ne serait-ce que pour les nécessaires travaux d’entretien et de restauration. Dans le même temps, l’actuelle pensée dominante est en train de faire du Patrimoine un bien marchandable et aliénable, une source de spéculation et de profit, un produit comme un autre en somme.
Tandis que des œuvres majeures de notre patrimoine sont confisquées au regard et à la connaissance des citoyens pour être louées à l’émirat d’Abou Dabi, ou qu’un projet de loi propose de mettre fin à l’inaliénabilité des collections publiques (en clair, de rendre possible la dispersion et la vente d’une partie des collections de la Nation), notre précédent et notre actuelle ministres de la Culture préfèrent dilapider inutilement des millions pour transformer, s’agissant de la seconde quand elle dirigeait ce musée national, le château de Versailles en un "Marie-Antoinette-land" imaginaire et factice, ou, pour le premier, d’envisager la reconstruction ... du château des Tuileries !

Par conséquent, il est indispensable que les citoyens prennent la défense de leur Patrimoine commun, et qu’ils refusent que ce dernier, empreinte sensible de leur Histoire et outil formidable de pédagogie, soit considéré comme une simple marchandise dont le seul intérêt résiderait dans son potentiel touristique.
Il est urgent de renouer avec l’esprit révolutionnaire de l’Abbé Grégoire : exigeons la protection de notre Patrimoine !

Ledru-Rollin 2007


P.S. : Un excellent site pour se tenir informé sur ces questions : La Tribune de l'Art.

19.08.2007

« Dans les premiers moments j'ai cru / Qu'il fallait seulement se défendre / Mais cette place est sans issue / Je commence à comprendre ... Est-ce que ce monde est sérieux ? »

Une petite note pour rappeler l’immense déni de liberté d’expression représenté par la censure du spot condamnant la poursuite, sur notre territoire, des tortures publiques d’animaux connues sous le nom de « corrida » [1].

Pourquoi notre pays autorise-t-il encore de tels actes de barbarie inutiles envers des animaux ?
Au nom d’une illusoire « tradition » (la tauromachie, célébration de la force virile particulièrement appréciée des régimes autoritaires, n’a été introduite en France que sous le Second empire) qui a perduré jusqu’à aujourd’hui alors que les combats de coqs ou de chiens ont quant à eux officiellement disparus sous le coup des interdictions.
Au nom d’activités festives et touristiques qui pourraient pourtant perdurer, par la richesse des cultures concernées, sans avoir recours à ces horreurs.

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Face à ce sanglant anachronisme, nos politiques peinent à braver les préjugés et les pressions des lobbies d’aficionados.
Hormis les Verts, qui soutiennent ouvertement la lutte anti-corrida, et le Front National, au sein duquel Mme Le Pen estime que « la corrida doit être préservée », les autres grands mouvements politiques font preuve, par leurs hésitations ou leur silence, d’une pusillanimité complice.

Tandis que la division des positions brouille le message du PS (sur cette question parmi tant d’autres, me direz-vous), l’UMP a fait savoir, par son porte-parole M. Jégo, que « derrière la corrida, il y a une économie et la survie d'emplois en nombre. Il ne peut pas y avoir sur ce sujet un diktat des partisans de la corrida, ni d'un de ses adversaires. Le souhait de l'UMP, c'est de concilier la préservation de la tradition et la préoccupation légitime des défenseurs des animaux ».
Il faudrait alors aller au bout de cette logique, en remplaçant les tueries par d’autres activités spectaculaires mais non sanglantes. Or, le parti au pouvoir ne semble pas avoir le courage d’imposer ce compromis, et ce malgré certaines déclarations du candidat Sarkozy [2].
Le même porte-parole ajoute qu'interdire les corridas reviendrait à faire « disparaître une race animale, ce qui va à l'encontre de la biodiversité », ce qui montre, outre le fait que la Droite n’a rien compris aux questions de biodiversité (cette dernière idée visant davantage à protéger la diversité des espèces naturelles que les hybridations anthropiques dérivées de celles-ci [3]), que le parti au pouvoir n’hésite pas à user maladroitement d’arguments pseudo écologiques pour justifier une des violences les plus contre-nature commises envers des êtres vivants.

Pour finir ce tour d'horizon, je dois avouer ne pas être très fier du silence de notre leader centriste, qui hésite sans doute à froisser les instincts coupables d'une minorité de ses électeurs du Sud-Ouest. Notre mouvement a cependant montré, sur le terrain politique, sa volonté de rompre avec le conformisme et les vielles pratiques discutables. Pourquoi ne pas étendre à présent cette vision audacieuse et progressiste à ce type de questions sociétales ?

Je suis conscient que l’on pourra m’objecter, qu’étant du Nord-Est, je ne peux pas comprendre l’intérêt des tauromachies pour les cultures du Sud de notre pays. Cependant, au nom des valeurs humanistes qui doivent nous être communes à tous, je pense qu’il s’agit là d’un débat qui peut avoir lieu à l’échelle nationale, débat dans lequel le respect des êtres vivants et le refus de la célébration de la violence devront triompher.

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Ledru-Rollin 2007

Edition du 20/08 : Lien vers un site regroupant les positions des principaux candidats à l'élection présidentielle de 2007.

[1] Voir le site du CRAC ou celui de la SPA, qui propose une pétition en ligne.
[2] Après avoir évoqué, durant la campagne, une évolution des autorisations « pour tenir compte de l'évolution de la société qui est de plus en plus sensible à la question du bien-être animal », M. Sarkozy ne parle plus aujourd’hui que d’une éventuelle interdiction de ce type de « spectacle » aux enfants.
[3] C'est comme si l'on s'opposait à la castration des pitt-bulls au nom de la biodiversité, confondant ainsi "races" (très nombreuses dans ce cas) et "espèces" (unique, voire même partagée avec le loup, dans le même cas).

12.08.2007

L’un part, l’autre reste : mémoires contrastées de deux hommes d’Eglise face à la République

Dans le concert d’oraisons louangeuses ayant accompagné les funérailles de Jean-Marie Lustiger, il est toutefois des notes discordantes qu’il serait malhonnête de vouloir étouffer.
C’est ce que souligne Frédéric Latour sur son blogue, dans une note qui rappelle les « convictions réactionnaires » du cardinal (notamment en matière de planning familial ou de laïcité) et qui réaffirme l’importance, vitale pour notre démocratie, du cordon sanitaire de 1905 séparant les religions - inscrites dans la sphère privée - de la chose publique.
Sur ce dernier point, n’oublions pas que notre actuel chef d’Etat, après avoir prôné un « toilettage » de la loi de Séparation, avait fini par se raviser prudemment au cours de la campagne électorale : « La loi de 1905 est un monument. Avant d’y toucher, il faut faire très attention » [1].

Pour revenir à la mémoire de Lustiger, il faut aussi rappeler son regrettable boycott de la panthéonisation (1989) de l’abbé Grégoire (pionnier révolutionnaire de la démocratie, de l’abolition de l’esclavage, apôtre de la liberté des cultes, et artisan de l’émancipation des Israélites), boycott effectué sous prétexte que le prêtre démocrate avait juré fidélité à la Constitution civile du clergé malgré les remontrances d’une papauté contre-révolutionnaire. L’influence de Lustiger sur l’épiscopat français avait ainsi provoqué l’absence des évêques français – à l’exception notable de Jacques Gaillot - à cette grande cérémonie républicaine [2].
C’est pourquoi, malgré toute mon admiration à l’égard de notre leader, je pense, contrairement à lui, que le cardinal était trop attaché à l’idéologie réactionnaire du Vatican pour pouvoir incarner « une des plus hautes figures de l'humanisme français » et je propose aux démocrates de célébrer plutôt la mémoire d’un de leurs plus admirables précurseurs, Henri Grégoire (1750-1831), qui fut un des premiers hommes d'Eglise à concilier sa Foi avec les principes de la République.

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[1] Entretien de Nicolas Sarkozy publié dans le journal La Croix, 4 avril 2007.
[2] Lustiger et les autres évêques s’étaient justifiés en déclarant qu’ils avaient « cherché à tenir leur juste place avec dignité alors que nous étions invités à commémorer une période où l’Eglise a été violemment persécuté » (Les Dossiers du Canard n°37, oct. 90, p. 11), ignorant sans doute que Grégoire s’était opposé au péril de sa vie aux mesure de déchristianisation et avait œuvré à la réorganisation du clergé français après la fin de la Terreur.