25.09.2010
Il ne sera pas président en 2012 (8) : celui qui n'est ni "social", ni "démocrate" ... ou alors très "modéré"-ment
Ce matin, un article d'un quotidien vosgien (ne cherchez pas, il n'y en a qu'un seul ... vive la pluralité de l'information !) nous apprend que Christian Pierret, ancien membre du cabinet Jospin et premier magistrat de Saint-Dié depuis 1989, a révélé son intention de participer à la foire d'empoigne primaire socialiste de 2011 en tant que "candidat social démocrate modéré".
Ne soyons pas naïfs : par cette annonce, Pierret cherche surtout à regagner une aura nationale (perdue en 2002) en vue d'un mercato gouvernemental sous la direction du chouchou des sondages, DSK, autre membre "social démocrate" du PS. Nous ne nous attarderons donc pas sur les chances ou la sincérité d'une hypothétique candidature Pierret, mais plutôt sur les trois plumes colorées dont celui-ci s'est paré.
Social, démocrate, modéré ?
Pour ce qui est du "social" et, plus généralement, du positionnement à Gauche, on pourra douter de la sincérité de la posture affichée. En effet, celui que certaines mauvaises langues appellent le "saumon pas frais" (plus très rose, il a remonté tous les courants ... du PS, de Chevènement à Aubry en passant par Fabius) est loin d'être un homme de Gauche. Libéral, il a oeuvré à la privatisation de La Poste lors des derniers mois du gouvernement Jospin et, dans son fief de Saint-Dié, il a concédé à des groupes privés tous les grands services publics (eau, ramassage des ordures, restauration collective ...).
Récemment, il a voulu supprimer, de son propre chef et sans aucune consigne de l'Education nationale, une école publique dans un quartier périphérique de Saint-Dié. Après avoir inventé des estimations d'effectifs totalement infondées (et démenties dans les faits lors de la dernière rentrée), puis diabolisé les parents d'élèves qui se sont opposés avec beaucoup de courage, il a été contraint de se rétracter au dernier moment, probablement suite à un coup de semonce parti de la rue de Solférino.
Christian Pierret est par ailleurs le meilleur ami des hommes de droite et des grands-bourgeois. Membre d'une loge de droite fermée aux femmes et aux athées (la GLNF), il était l'un de seuls participants dits "de gauche" à un colloque clérico-politique organisé par Christine Boutin dans un local appartenant à l'archevêché de Paris. Sa proximité avec la droite aux affaires a été célébrée par la remise d'une Légion d'Honneur dans le cadre de la promotion présidentielle du 14 juillet 2008, le faisant ainsi entrer dans le cercle privilégié des copains du Fouquet's.
Tant qu'a duré "l'ouverture" sarkozyste, M. Pierret a fait fonctionner ses réseaux et a vainement attendu un hypothétique appel téléphonique du château. La présidence et le gouvernement du foutriquet de Neuilly s'étant recentrés très à droite, les rêves ministériels de Christian Pierret se sont donc reportés sur 2012 et sur l'enfant chéri des sondages.
Démocrate ?
Nul n'est moins habilité à revendiquer cet adjectif que Christian Pierret. Il gère en effet "sa" ville en autocrate, s'obstinant à persécuter toute opposition et à rester insensible aux revendications légitimes des habitants. Dans le cas de l'école évoqué plus haut, il est resté sourd à toutes les tentatives de concertation démocratiques, et il a fallu que le peuple descende massivement dans la rue (ce qui est plutôt rare dans les communes "de gauche") pour qu'il fasse enfin machine arrière. De manière générale, les habitants ne sont consultés sur rien.
Libéral sur le plan économique mais pas sur le plan politique, le Père Ubu déodatien n'aime l'opposition que si celle-ci renonce à s'opposer et à s'exprimer. Comme beaucoup de colosses aux pieds d'argile, M. Pierret a les pieds solidement rivés au Parquet. Sa profession d'avocat d'affaires et ses liens tous fraternels avec de nombreux magistrats sont pour lui de précieux atouts. Pas plus tard qu'avant-hier, il a obtenu la condamnation de deux opposants pour "diffamation", sur la base d'un tract électoral qui dénonçait le train de vie dispendieux du maire sortant. L'année précédente, il avait ainsi sauvé en appel son siège à la mairie et, par le même procédé, éliminé un de ses principaux concurrents. Les opposants locaux savent désormais que ce n'est pas au prétoire que Christian Pierret, bien en Cour, pourra être vaincu, lui qui est toujours sorti indemne de ses propres procès grâce à des problèmes de forme (et non de fond).
Social-démocrate ?
Comme il se pourrait que l'article de Vosges Matin ait omis un tiret, Pierret a peut-être voulu faire un "Bad Godesberg" à lui tout seul et se poser en "social-démocrate". Ce serait un joli numéro de contorsionniste si l'on songe aux votations internes du Congrès de Reims dans la fédération des Vosges. Cette dernière, contrôlée par le premier magistrat de Saint-Dié, a en effet opté (par stratégie) pour l'attelage Aubry-Hamon, c'est-à-dire pour un duo peu enclin à un tournant "social-démocrate". Il est vrai que Christian Pierret aime à se draper de rouge auprès de ses laquais et commensaux locaux. Votre serviteur se souvient notamment du dépouillement des résultats des élections européennes, quand M. Pierret avait fait acclamer par ses séides les résultats du NPA, présenté comme une composante de la "gauche de gouvernement" [sic.], et avait fait huer ceux du MoDem. Voilà pour ce qui est de la posture affichée à "Clochermerle-sur-Meurthe" (le nom qu'il donne lui-même à Saint-Dié, où il n'habite pas). A Paris, où il réside une grande partie de la semaine, c'est une autre affaire ...
Modéré ?
Pourquoi pas. Je veux bien lui accorder cette étiquette-là, mais dans le sens du XIXe siècle, du temps de la Deuxième République ou des premières années de la Troisième, quand ceux que l'on appelait "républicains du lendemain" s'attribuaient le qualificatif plus neutre de "modérés". De fait, ces hommes de droite étaient très "modérément" républicains ...
En ce sens, Christian Pierret est leur digne héritier car il n'est pas un vrai républicain. Lors de la dernière campagne électorale, il a ainsi usé des procédés les moins républicains qui soient pour garder sa place. Il s'est même abaissé à mentir aux citoyens, lors d'un débat radiophonique, en affirmant avec aplomb que des membres du Front national se cachaient dans la liste à laquelle participait votre serviteur. Il s'est rétracté bien plus tard, devant le Conseil d'Etat, qui n'en a pas gardé rigueur à ce grand homme si bien en Cour. Comme l'écrivait La Fontaine : "Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir" ...
Joseph S.
10:06 Publié dans Objectif 2012, Vu de Saint-Dié | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : pierret, christian pierret, ps, primaires, 2012 |
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