30.09.2009
Régionales en Lorraine : panorama des forces en présence ... à l’heure actuelle
Les élections régionales auront lieu dans un peu plus de cinq mois. On peut toutefois déjà dresser un tour d’horizon des forces politiques qui se préparent à présenter leurs propositions aux Lorrains.
Les sortants : PS + PCF
Malgré ses appels à la constitution d’une majorité invraisemblablement hétéroclite allant de l’extrême-gauche jusqu’au centre, il est clair que le sénateur Jean-Pierre Masseret (PS), président sortant, ne pourra compter que sur le PCF pour faire liste commune dès le premier tour. Les communistes ne peuvent en effet risquer une tentative en solo, sous peine d’être immédiatement éliminés : les 4,2 % réalisés dans la région lors des dernières élections ne font que conforter le choix déjà effectué en 2004.
Même s’il pèse moins de 5 %, l’apport du PCF n’est pas négligeable pour un PS affaibli par un score médiocre aux européennes (18,4 %). Certes, la « prime aux sortants » jouera certainement, promettant davantage au tandem que 22 %. Mais l’alliance PS + PCF devrait tout de même avoir du mal à retrouver les 29 % de 2004.
Mon pronostic à l’heure actuelle : environ 25 %.
La droite en Reconquista : UMP + PR + « Ouverture » (MPF et autres)
En campagne depuis plusieurs mois, le député nancéen Laurent Hénart appartient au Parti radical « valoisien », associé à l’UMP. Plus dynamique et moins conservateur qu’un Longuet, il ne peut réitérer la contre-performance historique de ce dernier (7 points d’écart derrière le tandem PS + PCF en 2004).
Même si le divers droite Jean-Louis Masson présente à nouveau une liste dissidente, la liste Hénart devrait pouvoir compter sur un score très proche de celui des sortants. L’inconnue majeure réside néanmoins dans le manque de cohérence d’une liste qui pourrait voir la cohabitation inédite de radicaux de gauche avec des villiéristes ! D’ailleurs, l’objectif de cet assemblage - arriver en première position au premier tour - pourrait bien être manqué si Masson persistait dans sa stratégie de 2004 ("Rien n'est décidé", a récemment assuré l'intéressé, qui semble prendre un malin plaisir à faire monter les enchères).
Mon pronostic : environ 25 %.
Le spectre de l’extrême-droite : FN
Frappée sporadiquement par la désindustrialisation, la décrépitude urbaine et le désarroi rural, la Lorraine est un terreau idéal pour le populisme xénophobe. D’autant plus que les postures empruntées par Sarkozy pour siphonner Le Pen risquent de ne plus faire illusion très longtemps.
Troisième en 2004 (17,6 %), le FN pourrait l’être à nouveau en 2010 ... mais vraisemblablement avec un score amoindri (moins de 8 % aux européennes) pour la liste conduite par Thierry Gourlot.
Mon pronostic : autour de 12 %.
Les Verts dans l’euphorie post-européennes : Lorraine Écologie
Revigorés par les bons résultats d’Europe Écologie en juin 2009 (13,9 % en Lorraine), les Verts, menés par Daniel Béguin, ont décidé de présenter une liste autonome au premier tour, histoire de négocier favorablement la fusion - annoncée - du second tour avec le tandem de gauche (dont ils pourraient assurer la victoire au second tour). Pour ce faire, ils devront cependant prouver qu’ils tiennent davantage à un projet écologiste pragmatique qu’à certaines des lubies de la vieille gauche que Cohn-Bendit avait astucieusement réussi à mettre en sourdine.
Mon pronostic, à l’heure actuelle : près de 10 %, mais dans une fourchette très large (entre 5 et 14 %).
Les démocrates attendus au tournant : MoDem
Douché par un mauvais score national lors des dernières européennes, le MoDem a toutefois réussi à convaincre plus de 10 % des Lorrains qui se sont exprimés sur l’Europe. Lors des régionales de 2004, l’UDF, qui n’était qu’un parti de centre-droit, avait réuni plus de 8 % des suffrages lorrains.
Pour le MoDem de 2010, fort de ses nouvelles orientations écologiques et sociales, tous les espoirs devraient être permis : les 10 % nécessaires au maintien sans fusion ne paraissent pas inaccessibles. Mais ils le seront à coup sûr si les démocrates choisissent d’avancer dans l’ombre d’un partenaire annoncé en vue du second tour. A mon sens, il faut démontrer notre indépendance et se fixer comme objectif le maintien, afin de se donner les moyens de défendre notre programme jusqu'au bout.
Toute fusion ne serait qu’un jeu de dupe et un suicide politique dans la perspective de 2012. D’ailleurs, un choix de fusion diviserait tant le Mouvement démocrate que les reports de voix se répartiraient entre les deux "premiers" finalistes et l’abstention. Ils ne pourraient par conséquent modifier la donne, ni en faveur de Masseret - qui n’en aura peut-être pas besoin - ni en faveur de Hénart, dont les réserves seront très minces.
Mon pronostic, à l’heure actuelle : près de 10 % (fourchette entre 8 et 11 %).
L’Extrême-gauche
L’Extrême-gauche peut se développer sur les mêmes tristes « atouts » que le FN, l’aspect nationaliste ou identitaire en moins. Comme les Verts, son électorat pourrait être assez utile (même partiellement et sans fusion) au second tour du tandem sortant.
Mon pronostic : autour de 6 %.
Les Radicaux de gauche
Le poids des radicaux de gauche est difficile à évaluer en Lorraine. Ils ont bien remporté un score honorable en 2004 (4,7 %), mais ont été absents des derniers scrutins, ne présentant aucun candidat aux européennes.
Tout comme le MoDem, leur stratégie de second tour reste à définir, même si un dialogue est en cours, localement, depuis plusieurs années, avec les « cousins » du Parti radical valoisien. Il est cependant plus qu’incertain que cette réunification radicale puisse mobiliser l’ensemble de l’électorat radical de gauche de 2004 en faveur d'une liste de droite.
Mon pronostic : près de 5 % (peut-être beaucoup moins).
Pour l’instant, tout cela n’est qu’une arithmétique fort discutable (les régionales de 2004 appartiennent déjà à une autre époque, tandis que les enjeux, le mode de scrutin - à un tour - et les comportements des européennes ne sont pas transposables).
La situation va, bien entendu, évoluer progressivement dans les prochains mois en fonction de quatre paramètres cruciaux :
- la composition des listes ;
- l’analyse du bilan de la majorité socialo-communiste sortante ;
- la probable « pollution » du débat par des enjeux nationaux ;
- la présentation des projets propres à chacune des listes.
C’est surtout sur ce dernier point que le Mouvement démocrate va travailler, sur la base de ses valeurs propres et d’une observation minutieuse des besoins et des atouts de notre région, afin de prouver la cohérence et l’efficacité potentielle d’une démarche qui doit absolument rester indépendante.
15:48 Publié dans Régionales 2010 | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : masseret, hénart, gourlot, béguin, masson
27.09.2009
Régionales : les radicaux de gauche sur la liste de droite ?
Lu aujourd'hui dans le quotidien Vosges Matin : René Leucart, président régional lorrain du Parti radical de gauche, a annoncé que son mouvement sera "présent aux élections régionales". S'il vise un score de 6 % au premier tour, il évoque également des perspectives d'alliance : " Pour le moment, nous nous sentons plus près du candidat radical valoisien [Laurent Hénart, tête de liste UMP/Parti radical] que du parti communiste, et comme le président sortant socialiste [Jean-Pierre Masseret] se sent plus près du Parti communiste ..."
Les Radicaux de gauche lorrains seraient-ils ainsi prêts à rejoindre la liste de droite après le premier tour ?
Petit rappel historique : Le Parti radical, créé en 1901 dans la mouvance de Clemenceau, est le plus ancien parti politique français. Dominant la scène politique au début du XXe siècle, il voit ensuite son influence décroître face à la montée de partis plus à gauche (SFIO socialiste, PCF communiste). Il se droitise progressivement, ce qui entraîne une scission dans les années 1970 : un certain nombre de radicaux quitte le parti pour créér ce qui deviendra le Parti radical de gauche (PRG), satellite du Parti socialiste, tandis que ceux qui sont restés dans la vieille maison rejoignent le centre-droit giscardien (UDF).
Trois décennies plus tard, les conséquences de cette scission (mais aussi de la sénéscence du plus vieux parti de France) se font sentir.
A droite, le Parti radical "valoisien" (son siège national est à Paris, place de Valois) est devenu une composante de l'UMP, confiée à Jean-Louis Borloo, ami du PRG Bernard Tapie.
A gauche, le PRG ne présente plus de candidats lors des grandes échéances électorales. Ni à l'élection présidentielle de 2007 (il a simplement soutenu la candidate socialiste pour mieux faire oublier que la candidature PRG de 2002 avait largement contribué à l'élimination de Jospin), ni aux européennes de 2009, ce qui pourrait être interprété comme un véritable acte de décès politique. Une coquille vide, donc, que Sarkozy voudrait bien ajouter à son tableau de chasse de "l'ouverture", en confiant par exemple un secrétariat d'Etat à un notable radical de gauche.
Peu audibles au niveau national, les deux demi-partis gardent cependant de solides bastions locaux. A gauche, Jean-Michel Baylet reste influent dans le Sud-Ouest grâce au groupe de presse de La Dépêche du Midi, dont il est le PDG (ce qui est plutôt ... intéressant en matière d'indépendance de la Presse). A droite, on trouve le bastion nancéen, tenu depuis 1983 par André Rossinot. C'est un adjoint de ce dernier, Laurent Hénart, qui a été choisi pour porter les couleurs de la droite lorraine aux prochaines régionales.
Face aux tentatives de séduction élyséennes et à une marginalisation croissante dans un paysage politique où le MoDem trouble le jeu bipolaire traditionnel, les deux demi-partis pourraient être tentés par une réunification. Mais celle-ci ne pourrait se faire qu'autour d'un seul dénominateur commun, la Laïcité, valeur d'ailleurs mise à mal au sein d'une majorité présidentielle dans laquelle les Chouans du villiérisme viennent de faire leur apparition.
Il sera intéressant d'observer, dans quelques mois, le choix qu'effectuera le PRG lorrain, visiblement peu tenté par une perspective d' "Union de la Gauche" assez incohérente.
11:48 Publié dans Régionales 2010 | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : lorraine, hénart, parti radical, radicaux, leucart, baylet, borloo, sarkozy, politique
20.09.2009
Les citoyens méritent quand même la cohérence
[Illustration : Giovanni Benedetto Castiglione, L'Entrée des animaux dans l'arche, v. 1650-1664]
En écoutant l'émission L'Esprit public du 13 septembre, j'ai été amusé par l'intervention d'un des invités qui a comparé la majorité présidentielle à l'arche de Noé. Rappelons qu'à l'issue de l'épisode biblique, la myriade d'animaux embarquée par le vénérable ivrogne avait été sauvée de la fureur du déluge et, par conséquent, de l'extinction. Dans le cas de la majorité présidentielle, il n'est pas exclu que certaines espèces se fassent dévorer par leurs compagnons de soute avant la décrue.
En effet, quoi de commun entre les laïcs radicaux-valoisiens et les catholiques ultraconservateurs de Mme Boutin ? Quoi de commun entre les ex-centristes pro-européens partis à la soupe et les souverainistes anti-européens de M. de Villiers ? Cela me rappelle un peu l'affiche de Sennep contre le Front populaire, sur laquelle le communiste Cachin fraternisait avec le radical Herriot et le socialiste Blum pour mieux les avaler goulûment. Dans le cas de la Droite de 2009, c'est bel et bien Sarkozy qui compte tenir le rôle de l'ogre. Mais attention aux indigestions ...
Cette étonnante et hétéroclite coalition devrait faire ses preuves dès 2010. Pour les régionales en Lorraine, la liste de l'UMP sera ainsi ouverte "du centre gauche à de Villiers" [Vosges Matin, 13/09]. Objectif ? Réaliser le plus gros score possible dès le premier tour afin de créer une dynamique pour le second tour.

A gauche, le PS rêve de pouvoir réaliser le même grand écart acrobatique : « Qu’on se rassemble autour d’un compromis, jusqu’au MoDem, jusqu’au NPA ! » a récemment déclaré le président sortant de la région Lorraine, Jean-Pierre Masseret [Le Républicain lorrain, 13/09]. Il sait pourtant que les deux partis évoqués sont aussi conciliables que l'eau et l'huile. Le premier est humaniste et libéral, le second est extrémiste et antilibéral. Le premier tient à son indépendance, le second méprise le PS et exclut toute participation à l'exercice des responsabilités. Dans ces conditions, il paraît difficile à M. Masseret de coller, en faisant l'économie de tout choix politique et de toute cohérence, des alibis démocrates aux côtés d'alibis anticapitalistes sur la vitrine de l'unilatéralisme socialiste. Les communistes, eux, suivront (c'est leur seule chance de conserver leurs sièges), tandis que Les Verts, prenant leurs distances avec un Cohn-Bendit moins clivagiste, feront monter les enchères ... mais le MoDem, lui, restera indépendant.
[Illustration : Jean-Pierre Masseret en 2008]
Si nous, démocrates, avons renoncé à être l'armée de réserve "centre-droit" de l'UMP, ce n'est pas pour devenir les supplétifs "centre-gauche" du PS.
Nos électeurs comptent sur nous pour incarner et proposer une véritable alternative aux partis qui ont déjà eu l'occasion de faire leurs preuves. Nous ne devons pas décevoir cette attente, mais rester fidèles à nos valeurs, à notre impartialité, et construire un projet efficace pour nos régions. Un projet à défendre au premier tour ET au second. Une démarche cohérente, au service d'un projet cohérent.
10:18 Publié dans MoDem, Objectif 2012, PS, Régionales 2010, UMP | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, ps, masseret, lorraine, modem, npa, de villiers, boutin
12.09.2009
Polémique Hortefeux : l'exigence de transparence en question
Le tumulte politico-médiatique suscité par les propos de Brice Hortefeux est disproportionné. Je pense que la plaisanterie en question joue sur les stéréotypes populaires : elle est par conséquent à prendre au second degré et ne doit pas être considérée comme une remarque raciste. Bien au contraire. N'oublions pas, d'ailleurs, que M. Hortefeux fait tout pour faire oublier son passage au ministère de l'Identité nationale (dont il faut tout-de-même signaler l'intitulé vichyssois, destiné à contenter un certain électorat) en posant en cosmopolite (le passeport béninois qu'il exhibe fièrement) et en antiraciste redresseur de torts (mise à la retraite expéditive d'un préfet accusé de xénophobie).
Les gesticulations de la vieille gauche m'amusent : elle s'est à nouveau engoufrée dans cette vaine polémique sans aucun recul mais avec un mélange de mauvaise foi opportuniste et de précipitation hystérique. Une aubaine pour se voir attribuer un certificat d'antiracisme (car à gauche, c'est bien connu, il n'y a pas de racistes) ou faire oublier les "révélations" sur les magouilles électorales internes au PS ?
Rappelons un précédent récent, quand une plaisanterie de Sarko sur Zapatero avait été présentée par certains socialistes comme une insulte. Replacée dans son contexte, la boutade était cependant favorable au chef de gouvernement espagnol.
La Gauche aurait-elle perdu son sens de l'humour ? Sa culture politique et son discernement seraient-ils altérés par un visionnage intempestif des Guignols de l'Info ?
Il est vrai que les justifications de M. Hortefeux ont été pour le moins maladroites et peu convaincantes.
Cependant, même si les propos en question n'avaient, au fond, rien de raciste, il faut reconnaître que M. Hortefeux et ses amis politiques partagent une certaine responsabilité dans cet emballement médiatique.
En effet, de tels "buzz" ne sont possibles que dans un système politique où la forme et la communication prête-à-avaler priment sur le fond et sur les discours structurés et sincères. Si les responsables politiques s'adressaient plus souvent à leurs concitoyens avec un langage de vérité, sans les infantiliser ou les prendre pour des imbéciles, sans manier une langue de bois qui brouille tous les repères ... alors, les Internautes et les médias "traditionnels" n'en seraient pas réduits à fouiller les poubelles pour essayer d'y trouver des indices de la pensée authentique d'un ministre.
De même, un tel tumulte n'est possible que si les canaux d'information vitaux à la démocratie sont manipulés par le pouvoir : Internet doit alors prendre le relais et devient ainsi un défouloir où les vérités manquantes, réellement précieuses, se mêlent malheureusement à des analyses plus discutables, voire à de véritables tentatives d'intox'.
Ce n'est donc pas un prétendu abus de l'exigence de transparence qu'il faut dénoncer. C'est, au contraire, un pénible manque de transparence et de lisibilité politique et médiatique qui m'inquiète aujourd'hui.
Je ne partage donc pas du tout les déclarations d'Henri Guaino, conseiller et "plume" de Sarkozy, qui s'est exprimé récemment sur l'affaire Hortefeux :
« La transparence, ça veut dire qu'il n'y a plus d'intimité, plus de discrétion ; plus rien n'a d'épaisseur dans la transparence, à commencer par les êtres humains (…) on n'est plus responsable de rien, il faut juste faire attention de ne jamais rien dire. (...) La transparence absolue, c'est le début du totalitarisme. »
Ces propos, d'autant plus hypocrites qu'ils émanent d'un spécialiste de la com' trompeuse (Sarko héritier de Jaurès et de Blum, c'est de lui !), me rappellent étrangement ceux de M. Devedjian, qui essayait de minorer une insulte viriliste proférée - bien joué ! - dans la cour de l'Assemblée nationale et devant une caméra de télévision :
"la façon dont mes propos ont été diffusés et visionnés par des millions d’internautes pose quand même un vrai problème : si plus rien n’est privé, si tout doit être totalement transparent, le totalitarisme n’est pas loin et la liberté individuelle vraiment menacée".
J'avais commenté ces propos dans une de mes premières notes, que je me permets de rediffuser ci-dessous :
L'exigence de transparence : totalitarisme rampant ou garantie de démocratie ? [5 juillet 2007]
Sur son blogue, M. Devedjian s'excuse pour sa "grossièreté détestable à l’égard d’Anne-Marie Comparini".
Cependant, là où l'homme politique responsable clorait l'affaire par un pudique point final, le polémiste sans vergogne se croit obligé de retourner une contre-accusation à tous ceux qui ont légitimement condamné son insulte :
"la façon dont mes propos ont été diffusés et visionnés par des millions d’internautes pose quand même un vrai problème : si plus rien n’est privé, si tout doit être totalement transparent, le totalitarisme n’est pas loin et la liberté individuelle vraiment menacée".

Que répondre à cela ? Tout d'abord, qu'il est peu de lieux qui soient moins privés que le parvis vénérable du Palais Bourbon, sanctuaire de notre démocratie. Il ne s'agit donc pas de vulgaires propos de couloirs, surtout si l'on considère que M. Devedjian s'adressait ainsi à un représentant du peuple français en plein exercice de ses responsabilités.
L'argument de M. Devedjian pose néanmoins une question fondamentale : l'exigence de transparence, manifestée par de nombreux citoyens et en particulier par les internautes, est-elle incompatible avec les libertés individuelles garanties dans toute démocratie qui se respecte ? Autrement dit, l'oeil scrutateur d'Internet et la mémoire implacable de ce nouveau média sont-ils à cet égard les prémices d'un Big Brother qui émanerait de l'avidité des masses ?
Nous ne le pensons pas.
Et cela essentiellement pour deux raisons.
Tout d'abord, le recul de l'indépendance des médias traditionnels (les récentes tribulations du Monde ou des Echos sont là pour démontrer la réalité de la menace) nécessite la création de nouveaux espaces médiatiques, au sein desquels l'Internet, s'il respecte des critères éthiques et méthodologiques stricts, peut occuper une position crédible et privilégiée.
Ensuite, il faut reconnaître que l'opacité est nuisible à la démocratie, comme nous le rappellent ces jours-ci les relents nauséabonds de l'interminable affaire Clearstream, avec ses coups-fourrés, ses corbeaux haut-placés et ses obscures manipulations.
La démocratie nécessite au contraire que les paroles, les décisions et les actes, surtout lorsqu'ils émanent d'élus du Peuple ou d'autres grands serviteurs de ce dernier, puissent être librement examinés et débattus sur la place publique.
La démocratie ne craint pas la lumière, contrairement aux vrais totalitarismes, qui produisent l'ombre et l'obscurité comme les nuées fourbissent l'orage, et qui ont un besoin vital de cette opacité pour dissimuler leur honteuse illégitimité.
Joseph
18:32 Publié dans Démocratie, Gouvernement, Internet, Libertés, UMP | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : hortefeux, devedjian, ump, racisme, transparence, médias, ps
06.09.2009
"Parlement de l'alternance" : il ne faut pas oublier la droite non sarkozyste
J'ai écouté avec beaucoup d'intérêt le discours de clôture des Universités de rentrée du MoDem, prononcé cet après-midi par F. Bayrou.
Comme d'habitude, le tableau de la France dressé au début était plutôt pertinent mais un peu convenu. Concernant la présentation de notre famille politique, certains rapprochements m'ont paru abusifs (le triomphe électoral du PDJ japonais, fondé sur un programme très démagogique et intenable, ne doit pas être présenté comme un modèle). Quant au gag de la mouche, il m'a davantage laissé perplexe (clin d'oeil involontaire à Obama ?) qu'amusé.
Ces quelques réserves mises à part, l'ensemble du discours était bien construit : j'ai bien aimé l'annonce prélable du plan, où l'on reconnaît bien le prof derrière l'homme politique. Certaines déclarations, notamment sur l'éducation, m'ont fait chaud au coeur. Outre les douze idées formulées en conclusion, on a pu entendre quelques propositions très concrètes (exemple : prime à la casse pour les chaudières) et, sur certains projets gouvernementaux (taxe carbone, réforme des collectivités locales), Bayrou ne s'est pas comporté en opposant systématique : il y a apporté une réponse constructive et même assez favorable, moyennant certaines réserves sur la méthode de réalisation.
La partie la plus attendue du discours était cependant celle qui devait porter sur la stratégie du MoDem vis-à-vis des autres partis de l'opposition. Tout en réaffirmant que son parti n'avait pas de gage à donner à Martine Aubry et ne connaîtrait d'autre "primaire" que le premier tour des grandes élections (régionales, présidentielle), Bayrou s'est prononcé pour l'ouverture d'un dialogue ou d'un débat public entre tous ceux qui ne souhaitent pas la réélection de Nicolas Sarkozy en 2012. Il a parlé à ce propos d'un "Parlement de l'alternance" (pourquoi pas un "Jeu de Paume" de l'alternance ?), destiné à servir de terrain d'échange entre les différents acteurs du changement.
Concernant ces derniers, je reproche à Bayrou de ne pas s'être montré assez explicite. En affirmant sa volonté de dialogue avec des mouvements politiques "différents", il devrait savoir que la majorité des Français pensera que cela n'implique que des partis "de gauche", dont les communistes ... alors que ces derniers y sont parfaitement hostiles : rappelons que Robert Hue, présent aux côtés de Peillon et Sarnez à Marseille, anime aujourd'hui un club "progressiste" très en marge du PCF.
En réalité, il serait bon de rappeler que Bayrou tend depuis longtemps la main aux formations politiques républicaines non sarkozystes, qu'elles soient effectivement de gauche (sociaux-démocrates du PS, modérés des Verts) ... ou de droite (libéraux, gaullistes). Je trouve dommage que cette dernière famille politique n'ait pas été évoquée cet après-midi. Pour rester indépendant tout en acceptant de rassembler au-delà des vieux clivages (idée forte de la campagne de 2007), il me paraît important de réserver, dans cet hypothétique "Parlement de l'alternance", une place conséquente aux femmes et hommes "de droite" déçus par Sarkozy. Je pense notamment aux partisans de Dupont-Aignan (dont le souverainisme, d'essence gaulliste, est bien plus modéré et intelligent que les éructations d'un De Villiers) et aux villepinistes (au moment où le destin de leur chef est à un tournant intéressant), qui, pour paraphraser la citation empruntée à Mgr Claverie, incarnent une autre de ces vérités qui nous manquent.
Pour être valable, la stratégie de Bayrou doit conserver son équilibre : négliger notre aile droite serait une erreur, car la France n'est pas à gauche. Pour pouvoir incarner en 2012 la "synthèse" des acteurs de l'alternance, Bayrou doit s'assurer du pluralisme de son "Parlement" virtuel ... et rester au-dessus de la mêlée.
18:47 Publié dans Objectif 2012 | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : modem, ps, verts, ump, sarkozy, bayrou, villepin, dupont-aignan, 2012, alternance, aubry
Xavier Bertrand a de nouveau raté une bonne occasion de se taire
Sacré Xavier Bertrand !
Depuis l'Université d'été des Jeunes populaires (jeunes UMP) à Seignosse, il a cru bon de critiquer François Bayrou en affirmant que ce dernier "a tourné le dos à l'idéal européen". Idéal qui, aux dires du secrétaire général de l'UMP, serait aujourd'hui défendu par Nicolas Sarkozy.
Il est vrai qu'avec le souverainiste anti-européen Philippe de Villiers dans la majorité présidentielle, le sarkozysme a tout pour plaire aux europhiles !
00:05 Publié dans UMP | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : européennes, europe, bayrou, bertrand, modem, de villiers
05.09.2009
Saint-Nicolas à Saint-Dié : le monde associatif dans la ligne de Myre de la municipalité
L'affaire était en cours depuis plusieurs mois. Aujourd'hui, dans les colonnes de Vosges Matin, un article de Damien Bessot nous apprend que la municipalité de Saint-Dié vient de prendre le contrôle du traditionnel défilé de Saint-Nicolas, grand événement populaire et familial organisé depuis de nombreuses années par l'association Déod'anim. La municipalité présidée par Christian Pierret entend ainsi poursuivre son oeuvre de mise sous tutelle des activités associatives et de récupération de l'ensemble des initiatives déodatiennes.
Objectif ? Marginaliser une association dont quelques membres ont le tort - immense, il est vrai, dans la "démocratie" pierretiste - d'appartenir, à titre individuel, à l'opposition municipale. En réalité, l'association est apolitique et ne fait que contribuer, de manière consensuelle, à l'animation festive et culturelle de Saint-Dié. Mais tous les procédés sont bons pour couper les têtes qui dépassent ...
En juin, l'adjointe à la culture, Mme Fève-Chobaut, avait déjà ordonné aux associations partenaires de l'événement de ne pas se rendre à une réunion organisée par Déod'anim. Belle conception de la liberté associative et du droit de réunion !
Explications de Mme Fève-Chobaut : "C'est la ville qui organise puisque c'est la ville qui paye".
Ces propos, réduisant l'événement à un montage purement financier, démontrent bien le peu de considération accordé au travail des bénévoles qui se dévouent, sans compter les heures, pour permettre la réussite de telles manifestations. C'est le même esprit réducteur qui avait présidé, il y a quelques mois, à l'organisation hâtive de la "Vélodatienne", dont le succès mitigé (en comparaison aux anciennes "24 heures cyclistes") est directement lié à ce déficit de reconnaissance.
D'autres justifications semblent plus étranges. Il en va ainsi des arguments du directeur de cabinet du maire, Frédéric Lajoux : "Deux heures dans le froid avec des enfants, ce n'était pas raisonnable".
Quelle idée, il est vrai, de faire ça en décembre !
Plus sérieusement, ce sont bien des motifs politiques qui expliquent la manoeuvre, comme le reconnaît l'adjointe à la culture, dont l'entourage accuse Déod'anim d'avoir fait de la manifestation une "tribune politique".
Tribune politique ? Il est vrai qu'un vieil évêque distribuant des cadeaux aux enfants, c'est hautement subversif ! La barbe fleurie et l'habit rouge contiendraient-elles une propagande crypto-marxiste ? La mise en scène d'un ecclésiastique implique-t-elle un complot clérical ou anticlérical ? Tant qu'il y aura de petits autocrates, la paranoïa délirante a de beaux jours devant elle ...
Il sera intéressant d'observer comment la Mairie va organiser, en moins de trois mois, cette manifestation "apolitique". En tout cas, les travaux ont déjà bien commencé. Les dernières lignes de l'article de Vosges Matin nous apprennent que Déod'anim vient de se faire expulser de son local ...
12:37 Publié dans Saint-Dié | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : saint nicolas, saint-dié, fève-chobaut, lajoux, pierret, associations, droit de réunion, culture







