06.09.2009
"Parlement de l'alternance" : il ne faut pas oublier la droite non sarkozyste
J'ai écouté avec beaucoup d'intérêt le discours de clôture des Universités de rentrée du MoDem, prononcé cet après-midi par F. Bayrou.
Comme d'habitude, le tableau de la France dressé au début était plutôt pertinent mais un peu convenu. Concernant la présentation de notre famille politique, certains rapprochements m'ont paru abusifs (le triomphe électoral du PDJ japonais, fondé sur un programme très démagogique et intenable, ne doit pas être présenté comme un modèle). Quant au gag de la mouche, il m'a davantage laissé perplexe (clin d'oeil involontaire à Obama ?) qu'amusé.
Ces quelques réserves mises à part, l'ensemble du discours était bien construit : j'ai bien aimé l'annonce prélable du plan, où l'on reconnaît bien le prof derrière l'homme politique. Certaines déclarations, notamment sur l'éducation, m'ont fait chaud au coeur. Outre les douze idées formulées en conclusion, on a pu entendre quelques propositions très concrètes (exemple : prime à la casse pour les chaudières) et, sur certains projets gouvernementaux (taxe carbone, réforme des collectivités locales), Bayrou ne s'est pas comporté en opposant systématique : il y a apporté une réponse constructive et même assez favorable, moyennant certaines réserves sur la méthode de réalisation.
La partie la plus attendue du discours était cependant celle qui devait porter sur la stratégie du MoDem vis-à-vis des autres partis de l'opposition. Tout en réaffirmant que son parti n'avait pas de gage à donner à Martine Aubry et ne connaîtrait d'autre "primaire" que le premier tour des grandes élections (régionales, présidentielle), Bayrou s'est prononcé pour l'ouverture d'un dialogue ou d'un débat public entre tous ceux qui ne souhaitent pas la réélection de Nicolas Sarkozy en 2012. Il a parlé à ce propos d'un "Parlement de l'alternance" (pourquoi pas un "Jeu de Paume" de l'alternance ?), destiné à servir de terrain d'échange entre les différents acteurs du changement.
Concernant ces derniers, je reproche à Bayrou de ne pas s'être montré assez explicite. En affirmant sa volonté de dialogue avec des mouvements politiques "différents", il devrait savoir que la majorité des Français pensera que cela n'implique que des partis "de gauche", dont les communistes ... alors que ces derniers y sont parfaitement hostiles : rappelons que Robert Hue, présent aux côtés de Peillon et Sarnez à Marseille, anime aujourd'hui un club "progressiste" très en marge du PCF.
En réalité, il serait bon de rappeler que Bayrou tend depuis longtemps la main aux formations politiques républicaines non sarkozystes, qu'elles soient effectivement de gauche (sociaux-démocrates du PS, modérés des Verts) ... ou de droite (libéraux, gaullistes). Je trouve dommage que cette dernière famille politique n'ait pas été évoquée cet après-midi. Pour rester indépendant tout en acceptant de rassembler au-delà des vieux clivages (idée forte de la campagne de 2007), il me paraît important de réserver, dans cet hypothétique "Parlement de l'alternance", une place conséquente aux femmes et hommes "de droite" déçus par Sarkozy. Je pense notamment aux partisans de Dupont-Aignan (dont le souverainisme, d'essence gaulliste, est bien plus modéré et intelligent que les éructations d'un De Villiers) et aux villepinistes (au moment où le destin de leur chef est à un tournant intéressant), qui, pour paraphraser la citation empruntée à Mgr Claverie, incarnent une autre de ces vérités qui nous manquent.
Pour être valable, la stratégie de Bayrou doit conserver son équilibre : négliger notre aile droite serait une erreur, car la France n'est pas à gauche. Pour pouvoir incarner en 2012 la "synthèse" des acteurs de l'alternance, Bayrou doit s'assurer du pluralisme de son "Parlement" virtuel ... et rester au-dessus de la mêlée.
18:47 Publié dans Objectif 2012 | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : modem, ps, verts, ump, sarkozy, bayrou, villepin, dupont-aignan, 2012, alternance, aubry





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Commentaires
Intéressant
Oui, il n e faut pas oublier le centre-droit et notamment libéraux et gaullistes !
Ecrit par : l'hérétique | 06.09.2009
Centre droit et Gaullistes : j'avais eu l'impression qu'il en parlait; Y avais-je pensé seulement ? Il me faudra relire son discours.
Ce qui m'a fait chaud au coeur c'est qu'on parle de l'avenir des jeunes, tous les jeunes;
J'attendais cette phrase lancée à Martine Aubry. Ouf, merci. Ensuite rester en listes centristes au premier tour des régionales.
Pour ces deux choses il a été très applaudi tellement c'était notre attente.
Ecrit par : Fanal Safran | 06.09.2009
C'est exactement ce que je pense. Si on retrouve la hauteur de vue de Bayrou, je trouve que la vision binaire est trop appuyée (ceux qui veulent l'alternance, ceux qui veulent que ça bouge). Or, le piège, c'est que ça risque être compris comme : la gauche (PS-verts-Modem) contre la droite (l'UMP). Précisément, la force de la présidentielle, ça avait été justement, la troisième voie. On n'a pas ça, et c'est dommage. Donc dans les deux ans qui viennent, il va falloir argumenter fort pour ne pas perdre sur la droite ce qu'on aura éventuellement gagné à gauche.
Ecrit par : Philippe JOUSSAIN | 06.09.2009
Je trouve votre analyse fort juste et replace bien le modem sur son socle fondateur . J'ai porté une grande attention aux propos de F BAYROU, et je me suis demandé s'il n'y avait pas là l'occasion d'aller plus loin dans ses propositions notamment en créant une instance appelée " coalition des démocrates " chargée de préparer l'alternative. Pour parvenir à cette démarche le bureau national pourrait nommer des représentants(es) auprès de chaque parti
Ecrit par : evidence | 06.09.2009
@l'hérétique et philippe : d'autant que plus on va à gauche, plus l'électorat est friable. Des pans entiers des mouvances gaullistes, radicales, libérales ... risquent de se détacher un jour du sarkozysme. Si nous sommes trop "à gauche", nous ne pourrons pas récupérer ces dynamiques.
@fanal safran : pour l'autonomie au premier tour, c'est bien ce qui se dessinait avec les déclarations de M. de Sarnez. Ceci dit, il a eu raison de le rappeler. Par contre, la question du second tour se pose toujours (cf. ma note de la semaine dernière) et la façon dont on la tranchera affectera fortement l'ensemble de la stratégie dès le 1er tour.
@evidence : Effectivement, si l'on réalisait vraiment le dialogue que François Bayrou appelle (sincèrement ?) de ses vœux, il faudrait des "ambassadeurs" auprès des partis intéressés.
Ecrit par : Joseph | 06.09.2009
Absolument d'accord avec vous.
J'ai attendu jusqu'à la fin du discours qu'il mentionne aussi le dialogue avec les gaullistes qui ne supportent pas ce que fait le président actuel de notre pays.
Il ne l'a pas fait. Dommage.
Car je connais plein de gaullistes qui ne supportent pas Sarkozy non pas en tant que personne, mais à cause de ce qu'il défend comme valeurs.
J'aurais aimé qu'ils soient mentionnés à côté de Mme Aubry, la grande surveillante...
Car il nous faut aussi dialoguer avec eux, pas seulement avec les gens du PS, des Verts, des Radicaux, etc...
C'est du pays qu'il s'agit.
Ecrit par : Danièle Douet | 06.09.2009
Je peux vous avouer qu'ici les gens m'interpellent pour me dire qu'ils ne suivent pas Bayrou ! Depuis des mois, l'électorat s'effrite et j'ai dû expliquer tous les jours pendant la campagne des Européennes qu'il n'était pas à gauche (déjà!).
Maintenant, il n'y a plus rien à dire, parce que le positionnement est clair ! Notre département, la Mayenne, est celui où il a fait les meilleur score aux présidentielles, avec un excellent résultat dans toute la région ! On parle de "terre centriste" en évoquant l'Ouest, je peux vous dire que l'orientation nouvelle du MoDem fait l'effet d'un tsunami ! Nous avons encore perdu des électeurs, ce n'était sans doute pas suffisant comme ça !
Ecrit par : Marie Thureau | 06.09.2009
Je suis parfaitement d'accord!
Je souhaiterais rajouter pour aller dans le même sens que j'ai été particulièrement déçu par l'intervention le soir même au JT de TF1. Pendant l'ensemble de l'université, nous n'avons pas débattu de la question du positionnement gauche ou droite, mais bien d'une nouvelle société avec des valeurs "humanistes" et de propositions concrètes pour la mettre en oeuvre (difficile de résumer 3 jours de débats en un mot), et j'ai apprécié la rhétorique de JFK sur le "centre" à ce sujet. Pourquoi le MoDem n'arrive-t-il pas à se démarquer de ce vocabulaire qui l'enferme complètement. Pourquoi ne pas porter haut l'image que le MoDem n'est pas au centre, mais devant, ou en mouvement, ou bien encore tout un tas d'autres vocables imagés pour les media et qui mettent le programme du MoDem en perspective!
Evidemment que les électeurs qui n'écoutent que TF1 ne vont plus comprendre qu'une chose: "le MoDem est à gauche" (sic!!!)
Pourtant, le discours de FB préparait parfaitement le terrain pour ouvrir le "Parlement de l'alternance" à TOUS les courants de pensée.
La gauche est trop molle sur les questions fondamentales de la fiscalité verte! cela fait-il de nous un mouvement d'extrême gauche?
La droite est risible dans son traitement du sujet des retraites! Cela fait-il de nous un mouvement d'extrême droite?
C'est parce que nos convictions sont suffisamment fortes que nous pouvons sans crainte nous ouvrir au dialogue avec quelque parti que ce soit, à droite comme à gauche.
Ecrit par : Tom | 07.09.2009
Je crois que l'abstention à la mention des Gaullistes n'est pas fortuite. Qui est leur chef de file aujourd'hui, en totale opposition avec N. Sarkozy?
D. de Villepin. Quel procès va s'ouvrir dans moins de 3 semaines? Alors je pense qu'on en reparlera après tout simplement!
Ecrit par : JF le démocrate | 11.09.2009
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