31.08.2009

Sinistre sinistrisme

aubry.jpgDans ma note précédente, j'ai évalué la part de progressistes au sein du Parti socialiste à environ 40 %. Parmi les 60 % restants, on retrouve les scories du vieux socialisme d'Epinay, avec son tic exaspérant du sinistrisme, qui consiste à tenir un discours gauchiste pour ne pas être complexé et distancé par les formations démagogues d'extrême-gauche (le PC autrefois, le NPA aujourd'hui).

L'Université d'été du PS à La Rochelle, pendant laquelle les militants continuaient à chanter l'Internationale, s'est en effet achevée sur une nouvelle démonstration de surenchère verbale "à Gauche" ... à la fois archaïque, intenable et irresponsable.

Morceaux choisis du discours de clôture de Martine Aubry :

"Tout d’abord, un remboursement de 200 euros de TVA pour les 16 millions de ménages modestes, non imposables, qui n’ont pas bénéficié du remboursement des deuxième et le troisième tiers de l’impôt sur le revenu. Le coût est de 3,2 milliards d’euros, qui se retrouveront ici immédiatement dans la croissance et l’emploi."

"Nous demandons le maintien des allocations familiales pour les enfants majeurs de plus de 20 ans."

"Le Parti socialiste propose une procédure de mise sous tutelle de l’entreprise [bénéficiaire mais qui délocalise] par le tribunal de grande instance sur saisine des salariés en amont des licenciements."

[A propos de l'analyse des origines de la crise] "C’est là que commence la différence entre les libéraux et les autres, entre eux et nous, la gauche".

"Nous entrons dans la construction de la maison commune de la gauche, car la gauche, c’est notre histoire, c’est notre avenir."

Ce discours sinistriste et antilibéral ne peut constituer une alternative crédible au système actuel (lui-même antilibéral car ultralibéral) ou aux dérives du sarkozisme. Il maintient le parti de la rue de Solférino dans de vieux schémas perdants (l'étatisme, la pression fiscale sur les classes moyennes, l'acroissement des dépenses, les aides à la consommation plutôt qu'à l'investissement) auxquels les Français ne croient plus. Cette tendance, aujourd'hui à la tête du PS avec l'archaïque Martine Aubry et le sinistre Benoît Hamon, est celle de la social-démocratie complexée, qui ne s'assume pas, et qui refuse de comprendre que la France n'est pas "de Gauche".

Il y aura certainement un jour où les militants et les élus les plus lucides finiront pas se séparer de ce vieux socialisme, relégué dans la poussière idéologique d'un Mélenchon ou d'un Besancenot, et accepteront de jeter un regard moins sectaire sur leur droite ... En attendant, la machine perdante est lancée, et à toute vitesse, contre le mur de 2012.

30.08.2009

Régionales : quelle stratégie pour le MoDem ?

Régions.jpgL'Université de rentrée de la semaine prochaine apportera sans doute les premiers éléments de réponse.

En attendant, examinons différentes hypothèses :

 

* Des stratégies régionales "à la carte" : Des fusions (après le premier tour) avec des listes "de Gauche" ou "de Droite", selon les régions et les projets en présence, pourraient se justifier sur le principe de la différenciation des enjeux par échelle (municipale, départementale, régionale, nationale) et sur celui du libre examen des bilans de chaque majorité régionale.

Ces considérations, parfaitement justifiables d'un point de vue logique et philosophique, avaient guidé la stratégie "à la carte" du MoDem aux municipales de mars 2008. Or, l'électeur ne s'y est trop souvent pas retrouvé. Pour ma part, j'estime que la confusion venait moins de la stratégie "à la carte" (parfaitement adaptée à une échelle très locale, aux problématiques spécifiques et à une personnalisation très forte du scrutin municipal) que de l'attitude des instances nationales du MoDem, qui ont souvent accordé leur investiture à l'aveuglette, sans enquêter sérieusement sur les situations politiques locales.

En réalité, l'argument le plus défavorable à une stratégie "à la carte" est celui du risque d'étouffement en cas de fusion inéquitable. En effet, les grands partis clivagistes préfèrent souvent les vassaux aux alliés. Or, rien ne serait plus préjudiciable aux élus du MoDem que d'être inaudibles et impuissants au sein de majorités qui ne les respectent pas vraiment.

 

* Une stratégie nationale applicable à toutes les régions : François Bayrou lui-même s'est prononcé en faveur de cette option. Facilement applicable au premier tour (où, vraisemblablement, les démocrates se présenteront aux citoyens sous leurs propres couleurs), cette stratégie devient beaucoup plus compliquée au second.

** Alliances dès le premier tour : L'argument de l'étouffement évoqué plus haut joue également contre cette hypothèse. En effet, sur quels rapports de force pourrait-on bâtir les listes ? Il serait illusoire, dans ces conditions, d'obtenir une véritable représentativité des démocrates.

C'est ce scénario de l'humiliation volontaire qui tracassait Christophe Ginisty quand, sur la base de bruits de couloirs, il a accusé Marielle de Sarnez de vouloir faire liste commune avec les socialistes dès le premier tour. Rappelons que, malgré la solidité et la sincérité de son engagement et de ses principes, Ginisty joue quelquefois les Cassandres imprudentes (quand Quitterie Delmas a quitté le MoDem, il l'a accusée de préparer son entrée dans l'équipe de Ségolène Royal) ... En réalité, le discours très remarqué (à la fois audacieux et prudent) de M. de Sarnez à Marseille s'incrivait davantage dans une stratégie à moyen terme ciblée sur 2012 et dans une opération de séduction de l'aile progressiste du PS (que j'évalue à environ 40 % des militants socialistes).

Le MoDem n'a aucun intérêt à se plier à une déclinaison régionale d'une "Union de la Gauche" passéiste et illusoire (le PS, du moins dans sa conformation actuelle, ne sera jamais enclin à la collégialité et au pluralisme sincère) ... ou à une stratégie sarkozyste visant à rassembler autour de l'UMP ses satellites et ses chapelles les plus contradictoires (les radicaux laïcs, les débauchés de la Gauche et du Centre mou et les réacs villiéristes sur de mêmes listes) et destinée à assurer à la Droite un score intimidant dès le premier tour.

** Autonomie au premier tour, éventuelle fusion au second : C'est un peu ce que prône Marielle de Sarnez quand elle dit : "Personnellement, je suis pour affirmer d’abord notre identité et notre autonomie, et participer ensuite à des rassemblements plus larges, car personne ne peut gouverner seul, pas plus une région qu’un pays."

Or, le problème, en cas de fusion annoncée, est celui de la démobilisation de l'électeur. En effet, si je sais déjà que voter MoDem aux deux tours revient à voter pour une liste conduite par le PS au second, pourquoi ne pas "voter utile" - ou, pire, ne pas voter du tout - lors du premier dimanche des élections ?

J'estime (et c'est peut-être également ce que suggère M. de Sarnez) que le seul type de fusion envisageable au second tour est celui d'une fusion en position de force. Pour ce faire, le MoDem devrait arriver en seconde position (ou en troisième au coude-à-coude). C'est très ambitieux me direz-vous. Peut-être ... Mais on ne doit se présenter à une élection qu'avec la conviction d'avoir la légitimité et la possibilité de remporter la majorité des suffrages.

** Autonomie au premier tour et au second tour : C'est l'hypothèse la plus optimiste et la plus volontariste. Rappelons qu'il faut avoir obtenu au moins 10 % au premier tour pour pouvoir se maintenir. Ce n'est pas impossible pour le MoDem, loin de là.

L'inconvénient réside plutôt dans l'hypothèse d'une défaite au second tour qui favoriserait la victoire de la liste la plus éloignée de nos valeurs. Dans ces conditions, le MoDem serait accusé de pratiquer la politique du pire. Ce risque n'est pas à négliger, mais il ne faut pas nous complexer pour autant : à nous de réaffirmer notre volonté de rassemblement de tous les progressistes.

 

Vous l'aurez compris, je suis favorable à une stratégie autonome dès le premier tour, avec une possibilité de rassemblement au second tour en cas de qualification en position de force (seconde position ou troisième au coude-à-coude). En cas de malheur (moins de 10 %), deux options s'offrent à nous : le retrait imposé par la disqualification résultant d'un score inférieur à 5 % (il va sans dire qu'une telle contre-performance ne permettrait pas la survie du MoDem) ou le retrait volontaire et le refus de fusion entre 5 et 9 % (pour réaffirmer notre non-alignement et notre choix de ne pas jouer aux supplétifs).

A vous de juger la pertinence de ces options qui, il n'est pas inutile de le rappeler, ne pourront convaincre les électeurs que si elles mettent en scène des listes innovantes (plus "jeunes", en tout cas, que celles des européennes) basées sur des programmes ambitieux (mais brefs et percutants) articulant habilement plateforme nationale et propositions régionales.

19.08.2009

Brève de comptoir : les alliances de l'UMP

L'alliance de l'UMP avec le parti des chasseurs en vue des régionales de 2010 et de la présidentielle de 2012 ?

 

Normal. Continuité stratégique :

 

Aux européennes, leur meilleur allié a bien été le parti des pêcheurs ...

pêcheurs.jpg

17.08.2009

Régionales : quand le Figaro prend ses délires pour des réalités

354ddeac-8636-11de-80a0-1271a8de00bd.jpgLongtemps réputé pour son sérieux malgré son parti-pris évident, Le Figaro a de plus en plus tendance à tomber dans un propagandisme béat qui nuit à la qualité et à la crédibilité de l'information.

Exemple : un article de Judith Waintraub publié sur le site du journal la semaine dernière.

Cet article est illustré par une carte des régions, classées en différentes catégories ("gagnables", "jouables" ... pour la Droite). Sur quels critères se basent ces savantes estimations ? Sur les scores des dernières élections européennes !

Quelques remarques évidentes sur cette méthode déconcertante :

- Les modes de scrutins et les enjeux ne sont pas nécessairement les mêmes pour les élections européennes et les élections régionales. L'abstentionnisme devrait également être moins fort pour ces dernières.

- Les résultats pris en compte sont uniquement ceux de quatre partis : l'UMP, le PS, Europe Ecologie et Libertas. Outre le fait que ce dernier  (4 % et des poussières au niveau national) n'a remporté de score honorable que dans le fief du vicomte, il faut rappeler qu'Europe Ecologie et Libertas ne sont pas des partis  politiques comme le PS ou l'UMP mais des montages ponctuels créés dans la seule perspective des élections européennes. Il est par conséquent très hasardeux d'extrapoler outre mesure. J'en veux pour preuve l'attitude des chasseurs, qui s'étaient résignés à collaborer avec De Villiers pour les européennes, mais qui se montrent moins enthousiastes à l'idée de suivre celui-ci en intégrant l'armada sarkozyste (dans l'Hérault, la fédération départementale préfère même se tourner vers Georges Frêche). Quant aux Europe Ecologie, après avoir remporté un succès certain dans une élection à un tour en se gardant d'attaquer la Droite (échange de bon procédés), ils ne peuvent que se heurter aux réalités et aux compromissions plus visibles d'une élection à deux tours.

- L'addition, posée comme une évidence par la carte du Figaro, des voix de De Villiers à celles des sarkozystes ne manque pas de sel : c'était bien la peine de jouer aux grands thuriféraires de l'UE pendant la dernière campagne pour s'associer finalement aux nostalgiques du Franc (et de la francisque ?) et aux adversaires de la construction européenne ! Les citoyens sont-ils prêts à avaler n'importe quelle cuisine électorale pourvu qu'elle ait le label Sarko ? La cohérence n'est pourtant pas toujours un handicap face aux urnes ...

- Qu'en est-il des scores des autres partis (dont le MoDem qui, dans certaines régions, n'a absolument rien à perdre et a donc les mains parfaitement libres pour troubler le jeu) ? Quantité négligeable ? Rappelons tout de même qu'entre les scores d'Europe Ecologie et ceux de Libertas, on trouve ceux de cinq partis : le MoDem, le Front national, les deux partis du Front de Gauche (Parti de Gauche et Parti communiste), et le NPA.

Mais bon ... si ce genre d'élucubrations indignes d'un étudiant en première année de Sciences Politiques peut faire plaisir aux lecteurs du Figaro ...

05.08.2009

UMP-PPE : le Conservatisme libéral entre deux chaises

entre deux chaises.jpg

Après avoir envoyé un bulletin d'adhésion aux restaurateurs concernés par la baisse de la TVA, l'UMP va-t-elle faire de même avec les producteurs de fruits et légumes ? Elle pourrait en effet glisser le précieux sésame dans l'enveloppe contenant la lettre du ministre de l'agriculture ... lettre réclamant le remboursement d'un demi-milliard d'euros de subventions versé contre l'avis de la Commission européenne.

Cette dernière, présidée par le conservateur ultra-libéral Barroso vient en effet de tirer l'oreille du mauvais élève français, qui a de nouveau oublié de respecter le principe de la libre concurrence non faussée. Ce principe est pourtant un aspect fondamental de la doctrine néo-libérale propre aux partis de Droite européens (dont l'UMP) coalisés dans le PPE (Parti populaire européen), grand vainqueur - abstention aidant - des dernières élections européennes.

Or, ce même principe entre en contradiction avec la vieille tradition agrarienne et protectionniste de la Droite française. Une Droite pour laquelle le monde agricole a toujours constitué une rentable assise électorale.

Cette contradiction embarrasse l'UMP, qui risquerait fort de perdre une peu de sa "popularité" en se montrant trop inflexible sur les principes ou trop respectueuse et solidaire des décisions européennes ... que ses membres ont pourtant consignées. Tout laisse supposer que le noeud gordien sera tranché de la manière classique : les "clients" du pouvoir seront plus ou moins épargnés, tandis que la note sera généreusement réglée par le contribuable (c'est-à-dire exclusivement par les classes moyennes).

On pourra toujours leur servir la sempiternelle antienne :

"C'est la faute à Bruxelles !"

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