22.07.2009

Couleurs primaires

Quelques dignitaires du Parti socialiste viennent de publier une tribune dans Libération pour exposer le résultat de leurs réflexions sur l'organisation d'une primaire visant à désigner leur candidat à la présidentielle de 2012.

Leurs propositions, aussi vagues soient-elles, appellent quelques observations.

Ils parlent d'une primaire "ouverte aux sympahisants".

L'idée n'est pas mauvaise en soi, car elle tient compte du fait que les appareils et les corps partisans sont rarement représentatifs de l'électorat "réel", qui peut rester longtemps fidèle à un courant politique sans pour autant vouloir s'encarter.

Or, cela pose un problème fondamental : à quoi reconnaît-on un "sympathisant" ? Appartient-il aux partis de désigner - ce qui serait déjà le fruit d'un travail très complexe et très long - ceux qui seraient, dans le meilleur des cas, des "compagnons de route" ou, de manière moins valorisante, des "militants de second ordre" ?

Doit-on au contraire accepter toutes les bonnes volontés, au risque de voir arriver une foule d'adversaires politiques profitant de l'occasion pour jouer au "maillon faible" en désignant le candidat le plus fragile ? Ce risque de noyautage est réel : il suffit de rappeler la disparition dans la nature des nombreux militants PS "à 20 euros" qui s'étaient inscrits pour désigner Ségolène Royal en 2006.

Ils parlent d'y intégrer les "partis progressistes qui le souhaitent".

Qu'est-ce qu'un parti progressiste ? Posons la question à l'envers : quel parti ne revendique pas la marche vers le progrès ? Je pense que même les Frontistes imaginent que leurs propositions tendent vers leur conception propre du "progrès".

"Partis progressistes". Quelles interprétations donner à cette expression particulièrement vague ? La Gauche ? Mais elle est éclatée entre des courants inconciliables : quoi de commun, en effet, entre les bobos partageux du NPA, les vieux notables post-staliniens aux postures anti-libérales du PC-PG et les bourgeois libéraux complexés du PS ? Une partie de ces derniers pourrait, à la limite, s'entendre avec les démocrates, mais cela signifierait une rupture avec le mythe de l'"Union à Gauche", ce qui est blasphèmatoire à leurs yeux.

De plus, si un parti acceptait de se prêter au jeu, cela voudrait dire qu'il renonce d'entrée de jeu à ses propres idées, vu qu'il se lancerait dans une primaire sans plateforme programmatique préalable, et qu'il accepte de courber le dos sous les fourches caudines du PS : car il ne viendrait pas en terrain neutre, mais dans un processus strictement encadré et contrôlé par le Parti socialiste. Mis à part quelques satellites traditionnels de la rue de Solférino, je ne vois pas quelle formation politique accepterait de prêter aussi rapidement allégeance avant de connaître le premier mot d'un programme politique engageant l'avenir de la France pour, au moins, cinq ans.

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Commentaires

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Ecrit par : pierre | 22.07.2009

Entièrement en accord vis-à-vis du ridicule qui se cache derrière les mots "sympathisants" et "progressistes" (et d'un autre côte, il faut reconnaître que "démocrate", c'est pas mal aussi dans le genre...).

Si Royal avait en son temps inventé les adhésions à 20 euros, Lang est lui prêt à les faire baisser à 1 euro! Alors, je me dis que finalement, pourquoi ne pas organiser des primaires ouvertes à tous?

Pour ce qui est de la base programmatique, il me semble que c'est quand même le gros problème qu'a rencontré SR en 2007: programme figé à l'avance qu'elle n'a pu faire bouger que d'un iota. Dans ces conditions, s'il doit y avoir primaires réelles, est-ce qu'il ne faut pas que ce soit un candidat + un programme? Ah mince dans ce cas-là, on retombe simplement sur ce qui ressemble à notre premier tour des élections présidentielles...

Ecrit par : JF le démocrate | 22.07.2009

@ JF :

Un programme politique, c'est une partition écrite à plusieurs mains (en conciliant, ce qui n'est pas facile, la cohérence la plus synthétique et la participation la plus large possible). Pour rester souples et ouverts, il vaut d'ailleurs mieux établir une plate-forme politique, avec un nombre très limité de points, sans trop entrer dans les détails.

Ensuite, une fois que la partition (du moins dans ses grandes lignes) est définie, on choisit le meilleur chef d'orchestre qui, inévitablement, y apportera sa touche personnelle tout en l'exécutant avec talent.

Ecrit par : Joseph | 22.07.2009

Se qualifier de "parti de progrès" permet de disqualifier toutes les critiques. Tout opposant (interne ou externe) est ainsi nécessairement opposé au progrès. Il est toujours dangereux de se définir comme détenteur de la "vraie" pensée, seule qui puisse être autorisée.

Ecrit par : Juntos | 27.07.2009

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