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23.01.2008

Valeurs, héritages et identité du MoDem : réponse à David Valence

Réaction à une question fort intéressante posée il y a quelques jours par David Valence, un blogueur centriste mais pas acquis au MoDem, sur le blogue de la fédération départementale provisoire des Vosges :

« La vraie question à poser au MoDem en général serait la suivante : quelles sont les valeurs dont vous vous réclamez si fort ? La démocratie-chrétienne : vous l'avez répudiée. Le radicalisme : il vous a abandonné. Le libéralisme : vous le reniez. »


Pour répondre, il faudrait tout d'abord se référer à la charte des Valeurs (du moins le projet soumis au vote des adhérents présents au congrès fondateur, la version amendée n'ayant toujours pas été publiée) afin de pouvoir définir les idéaux dont se réclame le Mouvement démocrate.
Bien entendu, ce document n’a pas une valeur absolue d’ « évangile » et peut se prêter à plusieurs interprétations.
Voici la mienne, en guise de réponse à M. Valence :

Premièrement, pour ce qui est de la démocratie chrétienne, l'héritage n'est pas entièrement répudié : en effet, la définition de Marc Sangnier faisant de la démocratie un principe « qui vise à porter au plus haut la conscience et la responsabilité des citoyens » est intégrée au second article de ce projet de charte des Valeurs.
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Cependant, le MoDem étant un mouvement laïque (Bayrou, qui a récemment dénoncé les paroles malheureuses de Sarkozy à Riyad, a lui-même beaucoup évolué sur ce point), le qualificatif de « démocrate-chrétien » s’efface devant celui, laïcisé, de « démocrate ».
Quant à l’héritage humaniste forgé depuis la Renaissance et enrichi par les Lumières, héritage qui se base à la fois sur les valeurs morales du christianisme et sur la relativisation de ces mêmes valeurs à l’aune des enjeux humains, il est rappelé dès le premier article du projet de Charte des valeurs.

Pour ce qui est du radicalisme, ensuite, il faut sans doute s’écarter de ce projet de Charte et examiner de plus près l’état des forces politiques françaises.
Le parti radical, un petit mouvement républicain de Gauche devenu au début du XXe siècle (au profit d’une évolution centriste) le plus grand parti politique français, pivot de toutes les majorités et vivier de grands hommes, est aujourd’hui divisé en deux petites chapelles à l’audience fort négligeable :
81eb2b38602416950e1827ce2fd57f4e.jpg- à Droite, des radicaux valoisiens qui disparaissent dans l’ombre de l’UMP et ne répugnent pas à confier une partie de leur direction au médiocre Borloo ;
- à Gauche, un parti rallié au PS qui joue à la valse hésitation entre Sarkozy et Royal.
Dans ces conditions, le flambeau du radicalisme est à reprendre et, en l’absence d’une réunification radicale fondée sur une projet neuf et autonome, c’est bien le MoDem qui est le plus apte à assumer cet héritage centriste ainsi que l’adjectif « radical ».
En effet, outre des conceptions politiques qui ont évalué du modérantisme à une certaine forme de radicalité (notamment en matière d’exigence démocratique), l’attachement à la Laïcité pourrait être également un de ces témoins passés à notre mouvement par le radicalisme défunt.

Je ne serais enfin pas aussi catégorique que David Valence quand il parle de notre soi-disant reniement du libéralisme.
Il me semble au contraire que, derrière la facilité apparente de la formule, la notion de « social-économie » (définie par l’article 6 du projet de Charte comme une « économie créative, entreprenante et réactive, à haute exigence sociale et écologique ») fait la distinction entre, d'une part, un principe de libre entreprise qui doit être garanti par un Etat qui en établit les règles dans l'intérêt des différents acteurs (droit du travail, fiscalité destinée à organiser la solidarité nationale, aides aux entreprises ...) et, d'autre part, l'ultralibéralisme ou anarcho-libéralisme, système dans lequel l'Etat disparaît entièrement du champ économique et social (n'assurant même plus la formation de ses citoyens), soumettant ainsi les individus aux aléas du jeu économique, ces derniers étant de moins en moins maîtrisables dans un contexte de mondialisation incontournable.
C'est cette dernière lecture extrémiste du libéralisme que le MoDem récuse, me semble-t-il, et non le libéralisme lui-même, qui n’interdit pas toute intervention régulatrice de l’Etat.
Cela dit, le projet de Charte insiste bien (art. 8) sur le fait que « l’Etat ne peut être le décideur tout-puissant à la place des acteurs de la société [mais] est leur défenseur, leur partenaire et la garant de leurs droits ».
Les valeurs du MoDem sont donc bel et bien libérales, tout en maintenant l’impératif de garde-fous sociaux.

Je n'ai d'ailleurs parlé que du libéralisme économique (et de ses implications politiques), étant entendu que le libéralisme politique (liberté d'expression, souveraineté nationale, parlementarisme ...) est acquis - en principe - dans les valeurs des principaux partis républicains (UMP, PS, MoDem).

Pour résumer, la position du MoDem en matière de politique économique est sans doute située à équidistance de l'impasse du tout-social (c'est-à-dire l'assistanat étouffant longtemps prôné par les socialistes) et de la loi de la jungle ultra-libérale.
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Ce point d'équilibre pourrait peut-être ressusciter le "Solidarisme" de Léon Bourgeois, ce qui, au passage, viendrait à nouveau confirmer l’héritage – sinon l'identité - radicale du MoDem.

Ainsi, pour répondre à la question de David Valence, il me semble que le MoDem pourrait être Humaniste-laïc, Radical-démocrate et Libéral-solidariste.
Je dis bien « pourrait », car l'identité et l'âme du Mouvement démocrate dépendent bien entendu des orientations de ses adhérents et sympathisants, la vie d'une formation politique démocratique, fondée sur la raison critique et la responsabilité de ses membres, ne se jouant pas selon une partition unique et définitive.


Ledru-Rollin 2007

Commentaires

La qualité de votre réponse mérite d'être soulignée : merci pour l'attention que vous avez bien voulu accordé à mon commentaire sur le blog du MoDem-88.

Nous savons depuis John Rawls que libéralisme et justice sociale ne sont pas contradictoires. La justice consiste en effet à donner à chacun les moyens d'exercer sa liberté : cette définition porte des exigences en termes de mobilité sociale, d'équipement public, de politiques redistributives. Elle fait pendant à la formule de Montesquieu sur les limites de la liberté individuelle.

Dans l'ensemble, votre lecture me paraît trop articulée autour de questions d'offre politique (cf. les radicaux) pour être complètement convaincante : vous ne semblez considérer les idées que dans leur valeur instrumentale. Rien qui distingue, fâche ou clive dans votre définition. Qui ne se dirait humaniste?

Je veux bien reconnaître que l'attention accordée à l'indépendance de la presse rapproche le MoDem des démocrates-chrétiens, comme la proportionnelle.

Dans l'ensemble, le problème qui vous demeure posé est le suivant : comment assumer le hiatus entre la réalité des valeurs "raisonnables", et le verbe mystico-révolutionnaire de votre président?

Ecrit par : David Valence | 23.01.2008

Bonjour David,

J'approuve en très grande partie ce qu'a écrit Ledru-Rollin. Si vous en avez le temps, je vous propose un billet récent, que j'ai écrit : http://heresie.hautetfort.com/archive/2008/01/07/programme-du-modem-et-individu-responsable.html
J'y montre notamment comment le programme du MoDem est d'essence libérale.
Le coeur de la pensée politique du MoDem, c'est l'individu socialement responsable. Les socialistes veulent bien du social, mais pas de l'individu. L'UMp veut bien de l'individu, mais pas du social. Voilà pourquoi il ne reste que le MoDem à la croisée des chemins, présentant un modèle différent, où la société s'articule autour de l'individu. D'où notre positionnement en faveur des entrepreneurs, qui correspondent à l'idée que nous nous faisons de la place de l'individu dans la société, par exemple.

Ecrit par : L'Hérétique | 24.01.2008

J'ai complété ma réponse dans un billet sur mon blog :
http://heresie.hautetfort.com/archive/2008/01/24/qu-est-ce-que-le-modem-moi-aussi-je-reponds-a-david-valence.html
Les trackback ne fonctionnent plus sur mon blog (je ne sais pas pourquoi) sinon, j'en aurais fait un.

Ecrit par : L'Hérétique | 24.01.2008

Je réserve mon commentaire pour l'instant, mais j'ai trouvé cet article très intéressant.

Ecrit par : florent | 26.01.2008

Pour une réunion du Conseil National mi-février.

François Bayrou a indiqué, avant la naissance du Mouvement Démocrate, que le Conseil National serait réuni une fois par mois. Il y aura, le 19 février, un mois tout juste que (sauf cas isolés d'élections différées) les membres du collège adhérents du Conseil National auront été élus. Il faut donc réunir le Conseil National au plus tard à cette date.

Elle tombe bien : juste au milieu de la semaine du dépôt officiel des candidatures aux élections municipales.

Il est essentiel que cette instance, chargée de définir la ligne politique du mouvement, soit alors réunie.

Avec Quitterie Delmas, je suis pour la réunion.

De la même façon, il faut prévoir une réunion le 10 mars au soir, veille du dépôt des listes pour le second tour.

Ecrit par : Hervé Torchet | 31.01.2008

Bonsoir Joseph,

J'écris ici, parce que je ne sais pas te joindre autrement.
Il y aura une liste Mouvement Démocrate authentique et autonome à Lyon sous l'intitulé "Lyon est une chance".
Elle sera officialisée ce week-end devant la presse.
Une autre info, le délégué départemental de la fédé alias Christophe Geourgeon a démissionné aujourd'hui. Gageons que celle de Mercier ne tardera pas beaucoup.
Comme quoi, la persévérance et la patience payent !

Au boulot les lyonnais et les autres, et merci pour vos soutiens.

Ecrit par : Phénix de Lyon | 01.02.2008

YYYYYYYYeeeeeeeeeeeessssssssssssssssssssssssss !

J'attends pas, je le signale !!! Mille mercis

Ecrit par : L'hérétique | 01.02.2008

@ tous :
Merci pour vos commentaires et vos infos.
;)

Ecrit par : Ledru-Rollin 2007 | 03.02.2008

Je crois intimement que le Mouvement Démocrate est directement inspiré du radicalisme : laïque, démocratique, avec une volonté de promouvoir l'enseignement, la culture, le débat critique.
Entre centre-gauche et centre-droit, il y a une multitude de niveaux d'acceptation des notions de responsabilité individuelle et de solidarité collective. Que l'on soit au Nouveau Centre, chez les Radicaux Valoisiens, chez les MoDem ou les Sociaux-Démocrates, je crois que tous sont profondément humanistes et ouverts d'esprits.
C'est la stratégie politique qui diffère plus que la pensée.

Ecrit par : Thibault | 04.02.2008

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