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04.12.2007

Centre, Pseudo-Centre, Extrême-Centre et Ultra-Centre (II/II)

Le Centre est d’autant moins facilement identifiable, qu’il est aujourd’hui tiraillé entre trois attitudes très différentes.

Il y a tout d’abord les "pseudo-centristes", à savoir des républicains plutôt issus du centre-droit traditionnel et de la démocratie-chrétienne, qui incarnent une tendance modérée au sein de la Droite, mais sans jamais concevoir de divergence absolue avec l’UMP.
Se réclamant du Centre, ils en sont pourtant éloignés car leur état satellitaire inflexible les lie définitivement aux choix du grand parti de Droite, dont ils ne constituent qu’une marge sans réelle influence, et ce au détriment de la valeur incontestable de certains d’entre-eux.
Ce « Pseudo-Centre » est aujourd’hui incarné par le parti Fetia Api (anciennement dénommé PSLE ou « Nouveau Centre »), une formation artificielle menée par des apparatchiks de l’ex-UDF soucieux de se ménager une place au soleil "nec pluribus impar" de la Sarkozie.
On en trouve, dans une moindre mesure, des répliques à Gauche (mais toujours dans l’orbite du parti élyséen), avec la « Gauche moderne » de J.-M. Bockel ou les « Progressistes » d’Eric Besson, partis construits autour de stratégies solitaires et ponctuelles plutôt que de visions sociétales durables.
On pourrait également rapprocher de cette catégorie « pseudo-centriste » la situation actuelle des deux moitiés de cet ancien parti central que fut le Parti radical (voir la note consacrée à ce mouvement).

Il y a ensuite ce que l’on pourrait appeler l’ « Extrême-Centre ». Cette attitude nouvelle, alimentée par certains des choix stratégiques de la campagne présidentielle de François Bayrou, est souvent caricaturée sous la formule réductrice du « ni droite, ni gauche » (souvent assimilé à une forme de populisme, et pas seulement par les analystes clivagistes).
En réalité, l’ « Extrême-Centre » passe par une volonté d’incarner à tout prix une troisième voie indépendante entre la Gauche républicaine structurée autour du PS et de la Droite, dure ou « molle », régentée par l’UMP de Nicolas Sarkozy.
Ce positionnement original a le mérite immense d’avoir contribué à la (re)politisation d’un grand nombre de citoyens au sein du MoDem, de ce grand parti d’espoir et d’avenir dont F. Bayrou vient d’être nommé président à l’issue du Congrès fondateur du week-end dernier.

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Il y a cependant - certains d’entre-vous l’auront compris - une faille dans cette démarche « extrême-centriste ».
En effet, en se définissant à « équidistance » de la Gauche et de la Droite (pour reprendre une expression du socialiste Julien Dray), les partisans de cette ligne se définiront paradoxalement toujours par rapport aux deux autres tendances clivagistes, confortant ainsi la légitimité des ces deux mouvements antipodiques au sein du paysage politique français, et subordonnant l'existence de l'extrême-centre à celle d'une Gauche et d'une Droite.
Or, étant donné la droitisation excessive du parti libéral-populiste (et non plus Gaulliste) d’une part, et l’impossible deuil du marxisme de la part d’un PS qui refuse de s’avouer social-démocrate d’autre part, il n’est aucun besoin de légitimer la démarche de ces deux tendances, l’une étant de moins en moins conforme à l’idéal républicain, et donc à terme dangereuse, tandis que l’autre ne propose plus de projet crédible et cohérent aux citoyens français, ce qui la rend inutile car dépassée [1].

Pour revenir à cette impasse, à terme, de l’ « Extrême-Centre », il faut rappeler que cela ne fait que quelques jours que le Mouvement démocrate dispose d’un ensemble de valeurs clairement identifiées et capables de constituer la matrice d’une réelle plateforme, alors que les prises de position précédentes (entre le mois de mai et l’automne) plaidaient pour un arbitrage quelque peu manichéen « entre ce qui est juste [ou bien] et ce qui ne l’est pas », se basant ainsi sur un postulat sympathique sur le plan philosophique mais inopérant sur le plan stratégique.
En effet, un mouvement qui veut apporter un projet neuf et complet aux Français ne peut résider en une simple position, en une simple posture.
C’est pourquoi, François Bayrou et les siens, qui ont pris acte avec une réelle sincérité – je le crois – du soulèvement constructif de la blogosphère orange en faveur de la démocratie interne, préfèrent aujourd’hui se définir en tant que « démocrates » plutôt que comme « centristes », ce qui démontre leur volonté d’aller au-delà de la simple question du positionnement politique pour mettre en avant leurs valeurs profondes, en « oubliant les étiquettes du passé » au profit d'un audacieux « dépassement de la gauche et de la droite dans un nouveau projet politique » (F.B.).

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Ce choix d’aller « au-delà » du positionnement au Centre, c’est ce que l’on pourrait enfin appeler l’ « Ultra-Centre », une volonté d’assurer un rôle central (et non centriste) en menant une transgression en règle des clivages partisans artificiels autour de projets et d’idées conçus dans la perspective de l’exigence du Bien commun et de l’intérêt de tous.
Cette vision nouvelle, qui a pu permettre aux esprits chagrins de désigner abusivement le MoDem comme une « auberge espagnole » hétéroclite où régnerait une cacophonie constante, repose en réalité sur une union très viable de démocrates issus de sensibilités différentes mais soucieux de fonder un grand projet d’avenir sur une certaine ouverture d’esprit.
Cette vision, qui rencontre aujourd’hui un certain succès au sein du parti orange et qui est entretenue avec brio par le duo Quitterie Delmas - Virgine Votier (qui a toujours encouragé ou initié les initiatives transpartisanes quand celles-ci incarnaient une forme de modernité démocratique), peut même être étendue et éprouvée à la lumière des élections municipales de mars prochain, ce que nous développerons dans notre note suivante.

Pour résumer, c’est après une naissance dans la douleur, marquée par une insurrection salutaire de l’ « Extrême-Centre » contre les clivages existants, que le Mouvement démocrate est aujourd’hui en situation de constituer un élan novateur « ultra-centriste », écologiste, démocrate, réformateur et social-libéral, capable de structurer des démarches transpartisanes inédites autour de l’exigence du Bien commun.

Ledru-Rollin 2007


[1] Sur ce point, je tiens à manifester mon agacement profond envers tous les esprits caduques qui ne parlent que de refondation de la Gauche (en pensant surtout au PS), sans se rendre compte que le grand parti réformiste, européen, social-démocrate et libéral-humaniste dont ils rêvent existe déjà à travers le Mouvement démocrate.
Qu’ils laissent en effet reposer en paix ce « grand cadavre à la renverse » et qu’ils viennent plutôt soutenir les vraies forces vives capables de se poser en alternative et en contre-projet face à la Sarkozie !
Quant aux autres, ceux qui pensent cette refondation sous l’égide dépassée et discutable d’un Trotski ou d’un Guévara, ils n’ont que l’embarras du choix entre la LO d’ « Hardy » ou la LCR de Krivine et Besancenot.

Commentaires

Un article intéressant qui recadre bien les choses. Il me semble toutefois que les positions que vous appelez "extrême-centre" et "ultra-centre" ne sont pas totalement exclusives mutuellement (notion de troisième voie, de position alternative originale et entière, etc). Personnellement je ne tranche pas et je considère qu'il y a à la fois du "ni-ni", du "et-et", et (surtout) de "l'autre" et du "nouveau".

Je serais un peu plus mesuré sur l'aspect "social-démocrate" et l'appel aux déçus du PS, la social-démocratie a fait la preuve de ses limites et certains pays européens commencent à déchanter, c'est donc bien de solutions nouvelles dont il y a besoin et non de recettes toutes faites ; par ailleurs il convient d'expliciter et de marteler encore et encore que pour rejoindre le MoDem il faut clairement accepter de s'affranchir des vieux réflexes ("je suis de gauche", "la simple évocation de m'allier avec un gaulliste me donne des boutons", etc - et réciproquement pour les chrétiens-démocrates par exemple)... Cette condition et quelques autres étant acceptées, les portes sont évidemment grandes ouvertes à toutes les bonnes volontés car l'objectif est évidemment l'intérêt général. Plutôt que d'en revenir toujours aux étiquettes (social-démocratie, libéral, etc), la démarche peut se résumer de manière très simple : le développement durable/soutenable, qui consiste à prendre en compte les enjeux environnementaux, sociaux et économiques et à ne défavoriser aucun des trois face aux autres.

Ecrit par : florent | 06.12.2007

Non, effectivement, les attitudes "extrême-centristes" et l'"ultra-centrisme", ne s'excluent pas, bien au contraire, le second étant l'approfondissement et l'évolution logique des premières.
C'est effectivement une bonne idée de comparer la démarche du MoDem aux fameux trois "pétales" du développement durable : tout est question d'équilibre et de discernement. C'est ce qui constitue tout le défi de notre mouvement : plein d'embûches, de dilemmes, mais également de promesses d'avenir.

Ecrit par : Ledru-Rollin 2007 | 08.12.2007

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