19.08.2007

« Dans les premiers moments j'ai cru / Qu'il fallait seulement se défendre / Mais cette place est sans issue / Je commence à comprendre ... Est-ce que ce monde est sérieux ? »

Une petite note pour rappeler l’immense déni de liberté d’expression représenté par la censure du spot condamnant la poursuite, sur notre territoire, des tortures publiques d’animaux connues sous le nom de « corrida » [1].

Pourquoi notre pays autorise-t-il encore de tels actes de barbarie inutiles envers des animaux ?
Au nom d’une illusoire « tradition » (la tauromachie, célébration de la force virile particulièrement appréciée des régimes autoritaires, n’a été introduite en France que sous le Second empire) qui a perduré jusqu’à aujourd’hui alors que les combats de coqs ou de chiens ont quant à eux officiellement disparus sous le coup des interdictions.
Au nom d’activités festives et touristiques qui pourraient pourtant perdurer, par la richesse des cultures concernées, sans avoir recours à ces horreurs.

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Face à ce sanglant anachronisme, nos politiques peinent à braver les préjugés et les pressions des lobbies d’aficionados.
Hormis les Verts, qui soutiennent ouvertement la lutte anti-corrida, et le Front National, au sein duquel Mme Le Pen estime que « la corrida doit être préservée », les autres grands mouvements politiques font preuve, par leurs hésitations ou leur silence, d’une pusillanimité complice.

Tandis que la division des positions brouille le message du PS (sur cette question parmi tant d’autres, me direz-vous), l’UMP a fait savoir, par son porte-parole M. Jégo, que « derrière la corrida, il y a une économie et la survie d'emplois en nombre. Il ne peut pas y avoir sur ce sujet un diktat des partisans de la corrida, ni d'un de ses adversaires. Le souhait de l'UMP, c'est de concilier la préservation de la tradition et la préoccupation légitime des défenseurs des animaux ».
Il faudrait alors aller au bout de cette logique, en remplaçant les tueries par d’autres activités spectaculaires mais non sanglantes. Or, le parti au pouvoir ne semble pas avoir le courage d’imposer ce compromis, et ce malgré certaines déclarations du candidat Sarkozy [2].
Le même porte-parole ajoute qu'interdire les corridas reviendrait à faire « disparaître une race animale, ce qui va à l'encontre de la biodiversité », ce qui montre, outre le fait que la Droite n’a rien compris aux questions de biodiversité (cette dernière idée visant davantage à protéger la diversité des espèces naturelles que les hybridations anthropiques dérivées de celles-ci [3]), que le parti au pouvoir n’hésite pas à user maladroitement d’arguments pseudo écologiques pour justifier une des violences les plus contre-nature commises envers des êtres vivants.

Pour finir ce tour d'horizon, je dois avouer ne pas être très fier du silence de notre leader centriste, qui hésite sans doute à froisser les instincts coupables d'une minorité de ses électeurs du Sud-Ouest. Notre mouvement a cependant montré, sur le terrain politique, sa volonté de rompre avec le conformisme et les vielles pratiques discutables. Pourquoi ne pas étendre à présent cette vision audacieuse et progressiste à ce type de questions sociétales ?

Je suis conscient que l’on pourra m’objecter, qu’étant du Nord-Est, je ne peux pas comprendre l’intérêt des tauromachies pour les cultures du Sud de notre pays. Cependant, au nom des valeurs humanistes qui doivent nous être communes à tous, je pense qu’il s’agit là d’un débat qui peut avoir lieu à l’échelle nationale, débat dans lequel le respect des êtres vivants et le refus de la célébration de la violence devront triompher.

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Ledru-Rollin 2007

Edition du 20/08 : Lien vers un site regroupant les positions des principaux candidats à l'élection présidentielle de 2007.

[1] Voir le site du CRAC ou celui de la SPA, qui propose une pétition en ligne.
[2] Après avoir évoqué, durant la campagne, une évolution des autorisations « pour tenir compte de l'évolution de la société qui est de plus en plus sensible à la question du bien-être animal », M. Sarkozy ne parle plus aujourd’hui que d’une éventuelle interdiction de ce type de « spectacle » aux enfants.
[3] C'est comme si l'on s'opposait à la castration des pitt-bulls au nom de la biodiversité, confondant ainsi "races" (très nombreuses dans ce cas) et "espèces" (unique, voire même partagée avec le loup, dans le même cas).

Commentaires

Excellent article. On aimerait en lire autant dans la presse écrite...

Je ne contredirai pas vos commentaires sur les positions et déclarations de l'ump, mais je me dois d'apporter une précision.
La biodiversité présente trois composantes essentielles :
- génétique (au sein de chaque espèce ; qu'elle soit structurée en races ou variétés... ou pas)
- spécifique (les espèces ; composante à laquelle on la réduit trop souvent... à tort)
- écosystémique (biotopes, biocénoses, interactions).

Ainsi par exemple, en biologie de la conservation, pour préserver une espèce en voie de disparition, on essaye de ne pas protéger que des individus apparentés, car sinon d'une part on est confronté à des problèmes de consanguinité ou similaires, et d'autre part on perd une partie du patrimoine génétique de l'espèce (appauvrissement, en général mauvais signe pour l'avenir...) donc de la biodiversité.
C'est un peu la même chose pour la conservation des nombreuses variétés de plantes cultivées, adaptées à divers environnements & méthodes de culture : il serait faux de dire qu'on ne porte pas atteinte à la biodiversité en laissant perdre les variétés andines de pomme de terre sous prétexte que la bintje cultivée en Europe a de beaux jours devant elle, même si elles appartiennent à la même espèce.

Ecrit par : florent | 20.08.2007

Merci pour vos intéressants compléments, Florent.
Il est vrai que les problèmes de biodiversité (ainsi que la plupart des problématiques environnementales) concernent des équilibres d'autant plus complexes que la part de l'homme y est prépondérante. Vous avez parfaitement raison. Et il est vrai, pour reprendre mon exemple, que l'élevage du caniche ne saurait justifier l'extinction du loup sous prétexte qu'ils appartiennent à la même espèce. Nous sommes parfaitement d'accord.

Pour ce qui est des taureaux d'élevage, je pense que l'on peut continuer à exploiter cette race sans pour autant torturer longuement puis massacrer publiquement les bêtes que l'on veut abattre pour leur viande. C'est dans ce sens que je trouve l'argument de M. Jégo plutôt absurde.

Ecrit par : Ledru-Rollin 2007 | 20.08.2007

Je suis entièrement d'accord avec vous ledru-Rollin. D'autant que j'habite depuis 6 ans dans le Gard où l'on pratique ce genre de torture... Ce que je peux dire c'est que j'ai discuté avec beaucoup de Gardois, la plupart était contre les corridas. Il faut savoir que les tarifs des places sont si élevés qu'ils s'adressent à une population aisée. Il est fait une énorme pub au niveau mondial pour les corridas de Nîmes, les afficionados se retrouvant chaque année, venus de partout, pour se délecter de ces spectacles....
J'ai découvert qu'il existe d'autres spectacles qui utilisent les taureaux. Ils consistent à aller chercher une cocarde entre les cornes des taureaux. Ce sont les razetteurs. Les gens aiment beaucoup ce genre de spectacle courant dans la plupart des villes et villages de la région. Il y a des clubs sportifs et des stars. Ils ont l'avantage de n'être pas du tout violents (sauf pour celui qui ne sait pas éviter les cornes des taureaux mais il prend le risque en connaissance de cause !) et font perdurer l'élevage de différentes races de taureaux.
Il faut savoir qu'on scie les cornes des taureaux qui vont être sacrifiés dans l'arêne. C'est déjà un supplice insupportable.
Une ville comme Nîmes oriente toute son programme culturel sur la tauromachie. Il faut savoir qu'il n'y a pas de salle de concert à Nîmes ! Les recettes engrangées pendant les deux férias où la saoulographie est à l'nonneur permet à nombre de commerces de survivre... C'est la triste vérité du terrain.... Je pourrais développer ce sujet sur mon blog. J'ai tenté de passer des post sur Bayrou.fr à plusieurs reprises pendant la campagne. Ils ne sont jamais passés. Je sais maintenant pourquoi.... Un des modérateurs est un afficionado et j'ai lu que Bayrou en était aussi un... On peut lui poser la question.

Ecrit par : ciboulette | 22.08.2007

@ ciboulette :
En fait, Bayrou a déclaré ne pas être un afficionado (cf. les déclarations de campagne citées dans le lien sous cette note), et je pense que son amour des animaux (des chevaux en particulier) doit l'en préserver dans une certaine mesure.
Cela dit, il est vrai que l'électorat du Sud-Ouest est très conservateur dans ce domaine, d'où la "ninisme" inopérant du leader centriste sur cette question.

En tout cas, ton intéressant commentaire montre bien que des spectacles taurins non-sanglants existent et que, substitués aux immondes corridas, ils ne remettraient en cause ni les cultures festives "traditionnelles" méridionales ni les enjeux touristiques liés à ces dernières.

Ecrit par : Ledru-Rollin 2007 | 25.08.2007

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