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17.08.2007

Prise de conscience et projets d’espoir : en attendant le « Grenelle » (1/3)

Décidemment, l’heure est à l’inventaire et à l’introspection sur les blogues démocrates.
Après les chaînes où il fallait divulguer cinq ou sept secrets personnels plus ou moins croustillants, c’est à présent sur nos modes de consommation, d’habitat et de transport que nous sommes invités à nous pencher, par le truchement d’un test interactif proposé par la Cité des Sciences et de l'Industrie.
Votre serviteur s’est livré à ce dernier exercice et, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est loin d’être exemplaire. Ainsi, si tout le monde faisait comme moi, il faudrait presque deux planètes supplémentaires semblables à la nôtre pour subvenir aux besoins de l’humanité !
Quand je me vois, je me désole ... mais que je vois les autres, je me console. En effet, avec 52 260 m² par an, mon empreinte écologique (il s’agit de l’impact, mesuré en surface et en temps, de l’activité humaine sur le milieu) se situe en dessous de la moyenne nationale (56 400 m² par an ; l’impact idéal étant de 18 000 m²).

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Toutefois, on pourra objecter à ce test que les solutions proposées pour réduire notre impact sur l’environnement sont quelquefois simplistes et ne vont pas toujours dans le sens d’une vision globale du développement durable. Ainsi, la question n°1 tend à démontrer que la consommation de viande est plus « écologivore » car l’élevage nécessite sept fois plus de terres agricoles que les cultures de céréales ou de légumes. Or, il faut bien admettre que ces dernières, privées des fumures animales procurées par l’élevage, nécessiteraient le recours à l’agriculture extensive, ce qui est plus dispendieux en terme de surface, ou, pire, des amendements uniquement basés sur les engrais chimiques les plus polluants.

Même si elle nous fait prendre conscience des risques entraînés par notre mode de vie, il ne faut donc pas s’attarder exclusivement sur cette question de la consommation d’espace, mais réfléchir davantage aux moyens de gérer cet impact de façon responsable et réaliste, dans le sens d’un développement durable qui concerne tout aussi bien les particuliers que les collectivités et les entreprises.

C’est dans ce sens que Corinne Lepage, ancienne ministre de l’environnement et actuelle présidente de Cap 21 - formation écologiste associée à la création du Mouvement démocrate (MoDem) - a proposé des projets et des pistes de réflexion aux groupes de travail institués en vue de la préparation du « Grenelle de l’environnement » qui se tiendra à l’automne pour fixer les engagements de la France en matière de développement durable.
Si sur l’ensemble de ces propositions (134 au total !), il en est qui me paraissent trop utopiques ou trop coûteuses pour notre Etat ruiné, il faut reconnaître que la contribution de Mme Lepage contient de nombreuses idées intéressantes frappée au coin du bon sens et du courage politique.

Voici, classés par grands thèmes, les points de la contribution de Mme Lepage qui me paraissent être les plus intéressants :

1. Coordination gouvernementale autour de la problématique du développement durable

« Intégrer la biodiversité dans toutes les politiques en supprimant tous les effets pervers, engager la contribution de tous les ministres, et assurer la prise en compte de la biodiversité dans les instances de décision et de débat. »

Cette proposition vise à imposer une approche véritablement transversale de la prise en compte des données environnementales dans l’action du gouvernement, et ceci conformément à l’esprit des propositions de Nicolas Hulot, alors même que celles-ci ont déjà été dévoyées dans la pratique : en effet, malgré la nomination, en n°2 du gouvernement Fillon, d’un ministre d’Etat chargé de l’écologie, du développement et de l’aménagement durables, force est de constater que les secrétariats d’Etat, foisonnants dans l’actuel gouvernement, brouillent cette démarche transversale [1], faute d’une tutelle fédératrice efficace de la part d’un Jean-Louis Borloo peu motivé et peu impliqué (ce dernier n’hésitant pas à déplorer ouvertement sa nomination dans un « ministère de merde » [sic.] ! [2]).

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« Réformer les politiques sectorielles avec une politique agricole rénovée, une politique de gestion forestière durable, une politique de la pêche et de la mer soutenable »

Cette dernière réforme nécessiterait une inclusion de l’actuel ministère de l’agriculture et de la pêche dans le « super-ministère » confié à M. Borloo. En effet, la pratique a également montré dans ce domaine l’incohérence de l’action gouvernementale, surtout si l’on prend en compte l’attitude démagogue et peu responsable dont a fait preuve M. Barnier en contestant la décision de la Commission européenne de ne pas rouvrir la pêche à l'anchois dans le golfe de Gascogne.
M. Barnier semble en effet avoir cédé à la facilité du sempiternel discours stigmatisant les institutions européennes pour mieux se décharger de ses propres responsabilités (ce qui est affligeant de la part de quelqu’un qui s’affiche comme un pro-européen éclairé).
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Par conséquent, il faudrait instaurer une tutelle efficace du ministère d’Etat chargé du développement durable sur les autres ministères impliqués dans les dossiers le conçernant, afin d’éviter ce genre de corporatisme ministériel démagogique et contre-productif.

[A suivre ...]

[1] La gestion de l’affaire Franska par une secrétaire d’Etat chargée de l’écologie rapidement propulsée sous le rouleau compresseur des questions qui fâchent (sur le mode « gadget politique jetable » des précédents ministères de l’environnement) a bien montré l’absence actuelle d’une réelle cohérence gouvernementale sur ces questions.
[2] Le Canard enchaîné, 15 août 2007, p.2.

Commentaires

bravo pour cet article très intéressant, j'attends avec impatience la suite de cette trilogie =D

comme vous j'aimerais que l'agriculture soit intégrée au MEDAD et je suis très déçu du comportement de MM Barnier et Borloo (desquels on aurait pu attendre mieux). je place mes espoirs en la jeune NKM qui me semble très motivée et compétente, reste la question de sa marge de manoeuvre...

en ce qui concerne le test sur l'empreinte écologique, il faut reconnaître qu'il n'est pas suffisamment satisfaisant (on ne peut parfois même pas répondre vis-à-vis de sa propre situation). il en existe d'autres beaucoup plus approfondis, il faut que je retrouve les liens. ceci dit ce petit questionnaire a le mérite d'exister et reste assez pédagogique.

j'ajouterai que la surface "idéale" est encore en-dessous du nombre que vous citez, car cela signifierait que nous utilisons les ressources à 100% de la capacité de la planète...

à propos de votre résultat, si cela peut vous consoler un peu, en fait même en donnant les "meilleures" réponses possibles, on obtient encore un nombre assez grand car la portée de l'action individuelle est nécessairement limitée et l'action collective (en particulier celle des pouvoirs publiques, mais également les entreprises et les autres acteurs de la société) doit prendre le relais. par ailleurs si le truc est bien fait les calculs intègrent aussi un certain nombre de paramètres globaux tels que les infrastructures dont nous disposons dans notre pays dit développé (routes, etc).

Ecrit par : florent | 18.08.2007

J'ai fais le test en famille, la prise de conscience est difficile et nous sommes malheureusement un peu au dela de la moyenne française ! Ce qui me sidère c'est l'indifférence relative de mes ados vis à vis de la problématique environnementale ...ils sont conscients que l'heure est grave mais pas prêts du tout à modifier leurs habitudes de consommation ni leur mode de vie :( ... Il me semble que l'information devrait être bien supérieur dans l'enseignement et j'ai l'impression que le sujet est juste survolé ...

Ecrit par : marie laure | 19.08.2007

@ florent : La suite sera en ligne en début de semaine, promis !
;)
Et vous avez raison, les stratégies individuelles restent très limitées face aux problèmes d'environnement. Il faut au contraire "jouer collectif".

@ marie laure : La sensibilisation aux questions de développement durable est heureusement de plus en plus intégrée à l'enseignement. En tant que prof d'Histoire-Géo, les programmes de Géographie et d'Education civique m'incitent à travailler ces problématiques nouvelles avec mes élèves.

Ecrit par : Ledru-Rollin 2007 | 19.08.2007

Attention, il ne faut pas opposer les actions individuelles et collectives, elles sont complémentaires et ont toutes deux leur importance !!
Portée limitée n'est pas synonyme d'effet négligeable ou d'inutilité ;-)

La sensibilisation aux questions environnementales doit débuter dès l'école primaire et se poursuivre jusque dans l'enseignement supérieur. Et il faudrait qu'elle ne soit pas restreinte exclusivement aux cours d'éducation civique car hélas nombreux sont les enseignants qui font l'impasse sur cette matière (il n'est pas rare que des élèves aient à peine une dizaine de séances dans l'année)...

Ecrit par : florent | 19.08.2007

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