12.08.2007

L’un part, l’autre reste : mémoires contrastées de deux hommes d’Eglise face à la République

Dans le concert d’oraisons louangeuses ayant accompagné les funérailles de Jean-Marie Lustiger, il est toutefois des notes discordantes qu’il serait malhonnête de vouloir étouffer.
C’est ce que souligne Frédéric Latour sur son blogue, dans une note qui rappelle les « convictions réactionnaires » du cardinal (notamment en matière de planning familial ou de laïcité) et qui réaffirme l’importance, vitale pour notre démocratie, du cordon sanitaire de 1905 séparant les religions - inscrites dans la sphère privée - de la chose publique.
Sur ce dernier point, n’oublions pas que notre actuel chef d’Etat, après avoir prôné un « toilettage » de la loi de Séparation, avait fini par se raviser prudemment au cours de la campagne électorale : « La loi de 1905 est un monument. Avant d’y toucher, il faut faire très attention » [1].

Pour revenir à la mémoire de Lustiger, il faut aussi rappeler son regrettable boycott de la panthéonisation (1989) de l’abbé Grégoire (pionnier révolutionnaire de la démocratie, de l’abolition de l’esclavage, apôtre de la liberté des cultes, et artisan de l’émancipation des Israélites), boycott effectué sous prétexte que le prêtre démocrate avait juré fidélité à la Constitution civile du clergé malgré les remontrances d’une papauté contre-révolutionnaire. L’influence de Lustiger sur l’épiscopat français avait ainsi provoqué l’absence des évêques français – à l’exception notable de Jacques Gaillot - à cette grande cérémonie républicaine [2].
C’est pourquoi, malgré toute mon admiration à l’égard de notre leader, je pense, contrairement à lui, que le cardinal était trop attaché à l’idéologie réactionnaire du Vatican pour pouvoir incarner « une des plus hautes figures de l'humanisme français » et je propose aux démocrates de célébrer plutôt la mémoire d’un de leurs plus admirables précurseurs, Henri Grégoire (1750-1831), qui fut un des premiers hommes d'Eglise à concilier sa Foi avec les principes de la République.

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[1] Entretien de Nicolas Sarkozy publié dans le journal La Croix, 4 avril 2007.
[2] Lustiger et les autres évêques s’étaient justifiés en déclarant qu’ils avaient « cherché à tenir leur juste place avec dignité alors que nous étions invités à commémorer une période où l’Eglise a été violemment persécuté » (Les Dossiers du Canard n°37, oct. 90, p. 11), ignorant sans doute que Grégoire s’était opposé au péril de sa vie aux mesure de déchristianisation et avait œuvré à la réorganisation du clergé français après la fin de la Terreur.

Commentaires

Bonsoir,

Je suis ravie de votre passage sur mon blog, cela mmmmm'a fait plaisir, ce billet mérite d'être approfondi... vous tombiez à pic!. Pardonnez-moi, si ce soir je ne dispose que de trop peu de temps pour visiter votre superbe blog, déjà (j'ai beaucoup apprécié votre à propos)

Bien cordialement

Ecrit par : chouchou | 13.08.2007

Merci "chouchou" pour vos encouragements.
Pour la peine, je vous intègre sur le champ à mon blogroll.
;)

Ecrit par : Ledru-Rollin 2007 | 19.08.2007

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