15.07.2007
Le MoDem : une architecture à inventer, une nouvelle famille à construire
Après les instants d’euphorie répondant à la création virtuelle du MoDem dans le sillage de la courageuse campagne de F. Bayrou, les démocrates indépendants connaissent à présent leurs premières tensions internes, au moment de définir concrètement la construction et la plateforme de leur mouvement.
Cette crise identitaire est notamment perceptible dans les fédérations où, pour schématiser, l’arrivée massive d’adhérents directs du MoDem plutôt « radicaux » (partisans du « non » au TCE de 2005, sociaux-démocrates venus de la Gauche, écologistes, libertaires modérés, « extrême centre », « sarko-incompatibles » ...etc.) suscite une certaine inquiétude voire un malaise profond parmi les adhérents d’une UDF née au centre-droit (partisans du « oui » en 2005, libéraux modérés, démocrates-chrétiens, « sarkocompatibles » ...etc.) et épurée depuis plusieurs années de ses éléments hétérodoxes (souverainistes ou catholiques intégristes) au profit de la Droite.
Derrière ce mariage un peu surprenant de la modération et d’une nouvelle radicalité se profile bien entendu la question déchirante de l’attitude à adopter vis-à-vis des ralliés du « Nouveau Centre » (NC).
S’il a déjà - à regret - tiré un trait sur les plus compromis d’entre eux (Leroy, Morin), François Bayrou, en tant qu’homme de Foi connaissant bien la parabole de l’enfant prodigue, a bien compris que le centre-droit pourrait un jour se lasser du patronage étouffant de l’UMP et finir par revenir naturellement à la maison centriste. C’est dans ce sens que le leader de l’UDF a salué l’initiative de M. de Courson (NC) visant à amender et modérer le « bouclier fiscal » voulu par la majorité.
Cependant, il a dans le même temps affirmé l’incompatibilité de l’appartenance à l’UDF et de l’adhésion au NC, comme en témoigne le bureau politique de jeudi, auquel les parlementaires et cadres ralliés au NC (soit 80 membres sur 530) n’avaient pas été conviés.
Cette éviction a choqué plusieurs personnalités centristes, dont le sénateur UDF Jean Arthuis, qui a déclaré que les NC « sont profondément UDF » et a prôné «le rassemblement de tous les centristes» au sein de l’UDF [1], dénonçant un procédé « stalinien » [sic.] [2].

La réaction de M. Arthuis pose également la question du positionnement des sénateurs UDF, qui ont pour l’instant refusé de prendre clairement parti tout en s’affichant au sein de la majorité.
Le nœud gordien se situe là, à la jonction du centre indépendant incarné par le MoDem et des vieux réflexes (tout aussi respectables dans leur logique propre) de centre-droit de certains fidèles de l’UDF.
On se retrouve par conséquent confronté à un problème structurel majeur : sur quelles bases peut s’opérer la construction d’un mouvement unitaire conciliant plusieurs tendances historiques alors même que F. Bayrou refuse une atomisation en « courants » ?
Une première solution pourrait passer par une fusion totale de l’ancienne UDF dans le nouveau MoDem, afin de recréer un grand parti centriste. Or, en procédant de la sorte, on risquerait de heurter les UDF de la première heure et de pénaliser la fidélité aux dépens d’une identité politique historique, comme le montre bien la réaction de M. Bariani :
« Didier Bariani, vice-président de l'UDF-MoDem en charge des questions statutaires, s'est opposé vendredi à ce que l'UDF disparaisse au sein du Mouvement démocrate, préférant qu'elle demeure une composante distincte au sein du futur parti de François Bayrou.
"L'UDF et le MoDem sont compatibles, mais est-ce que l'UDF est soluble dans le MoDem, je ne crois pas", a déclaré M. Bariani à l'AFP.
Une fusion de l'UDF avec le MoDem risque de faire partir "un tas de militants et d'élus locaux, qui vont se trouver très dépaysés s'ils n'ont plus au sein du MoDem cette UDF de centre modéré qui les représente", a ajouté le président du groupe MoDem au conseil municipal de Paris."Les gens qui ont adhéré en grand nombre au MoDem" ces derniers temps "ont souvent des cultures différentes de celles de l'UDF", a-t-il souligné, en citant le chiffre de 45 à 50.000 nouveaux adhérents.
M. Bariani a regretté que "M. Bayrou et ses amis se gaussent beaucoup" de cette vision d'une UDF continuant à exister au sein du MoDem, et fustigé "l'intolérance" et la "raillerie" manifestée à son encontre."Je ne veux pas croire" que "l'on se dise que la transfusion sanguine", c'est-à-dire le renouvellement complet des militants et élus, "est le meilleur choix", et que "plus il y en a qui partiront, mieux ca vaudra", a-t-il déclaré.
M. Bariani a averti que seul "un congrès" des adhérents de l'UDF pourrait décider de fondre le parti au sein du MoDem, et qu'il inviterait le congrès "à ne pas le faire". » [3]
Une autre solution serait peut-être à trouver dans la philosophie d’un des mouvements politiques ayant soutenu la campagne de M. Bayrou : le fédéralisme.
En effet, pourquoi ne pas organiser le MoDem sous la forme d'une vaste fédération démocrate au sein de laquelle les partis fondateurs (UDF et Cap 21) et associés conserveraient leur identité propre ?
Toutefois, afin d’assurer la cohérence de ce nouvel ensemble, il faudrait que les différentes parties partagent une stratégie politique commune, ce qui passerait par une plateforme commune issue de la concertation des militants [4] et par un pacte de solidarité électorale (organisation de primaires associant chacun des mouvements) et parlementaire (définition d’une politique commune dans le respect de la plateforme choisie par les adhérents).
Dans cette optique fédérale (et non confédérale, cette dernière logique risquant d’entraîner des déchirements intolérables au moment des choix), François Bayrou devrait naturellement choisir entre la présidence de l’UDF et celle du MoDem, au profit d’une nouvelle direction centrale (collégiale ou directement MoDem, cela sera à définir).
Quoi qu’il en soit, en attendant les « assises de la démocratie » de Seignosse (13-15 septembre) puis le congrès constitutif de l’automne qui seront autant d’étapes de la construction de notre mouvement, la balle est dans le camp des anciens et des nouveaux venus, des UDF historiques et des MoDem directs, des modérés et des radicaux ... qui devront apprendre, par le débat et l’échange d’idées, à se (re)connaître, à s’apprécier, et à s’apprivoiser mutuellement.
Car, même recomposée et constituée d’identités et de tempéraments très différents, la grande famille des démocrates pourra être une famille heureuse et harmonieuse.
Ledru-Rollin 2007

[1] Libération, 13 juillet.
[2] Le Nouvel Observateur, 13 juillet.
[3] Dépêche AFP, 13 juillet.
[4] Cette plateforme commune pourrait être périodiquement redéfinie ou amendée afin de prendre en compte les évolutions récentes du monde et du paysage politique national.
13:00 Publié dans MoDem | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : Bayrou, MoDem, démocratie, politique, UDF







Commentaires
Très bon billet... très clair. Personnellement, je n'ai pas encore vu beaucoup d'électeurs qui auraient voté Non au dernier traité européen. Si c'est vraiment le cas, j'en serais très inquiet: mon engagement à l'UDF puis au MoDem vient de mon européïsme.
Ecrit par : Jeune MoDem 31 | 16.07.2007
@ Jeune MoDem 31 :
Attention, le refus du TCE de 2005 n'est pas incompatible avec une vision ambitieuse (et non-souverainiste) de la construction européenne.
Voir à ce sujet mes explications dans : http://orangedemocratique.blogspirit.com/archive/2007/07/02/une-democratie-europeenne-a-reinventer.html
(ma vision du "plan B")
Ainsi, tu ne dois pas être inquiet : on peut très bien être "européïste" et avoir voté "Non" en 2005.
Ecrit par : Ledru-Rollin 2007 | 16.07.2007
J'ai lu avec intérêt... Je comprends tout à fait ta vision et celle d'autres personnes disant grosso modo "ce traité ne va pas assez loin donc on le rejette".
Sauf que pour moi, c'était un début... Modeste certes mais en attendant... C'est comme si vous vouliez faire Paris-Marseille sans vous arrêter à Lyon de peur que vous tombiez en rade d'essence à Lyon... Sauf que là, nous sommes tous restés à Paris, et je crois même qu'on est remonté plus au Nord encore :-)
Depuis le NON, quasiment plus rien. Du chauvinisme à tout-va. Un renfort de l'extrême gauche qui n'a heureusement pas su profiter de ce mouvement pour des affaires de chapelles... Et les souverainistes de droite me donnent envie de brouter de l'herbe.
Je suis un des seuls à encore être très déçu du Non. Ce qui s'est passé après a conforté mon choix.
Mais démocrate convaincu, je me soumets à la volonté de mes concitoyens.
En revanche, je ne suis pas d'accord quand tu écris "de nombreux UDF ont voté Non". En fait, 15 % (oui, c'est pas mal) mais c'est le plus bas score dans tous les partis (UMP au moins 30, PS 55%, etc...)
Ecrit par : Jeune MoDem 31 | 16.07.2007
Il ne me semble pas avoir écrit que "de nombreux UDF ont voté Non" (?).
Et si c'était le cas, ce serait bien-entendu une erreur, comme tu as bien fait de le souligner.
En fait, je parlais, au contraire, des "adhérents directs au MoDem", dans ma réponse à un commentaire sur cette note.
Sinon, je pense que l'on doit à présent dépasser les choix respectifs de 2005 et, à partir du constat actuel, se poser deux questions : "on fait quoi ?" et "comment ?"
(question subsidiaire : "avec qui ?")
; )
Ecrit par : Ledru-Rollin 2007 | 16.07.2007
Effectivement, ce que tu décris là est tout l'enjeu du Mouvement Démocrate.
Je pense que la solution est peut-être dans la création d'un seul grand parti qui fédérerait toutes les tendances, et qui ne s'appellerait ni UDF ni MoDem.
Le nom final aurait pour objectif de préserver les suceptibilités de chacun : Union Démocrate par exemple ?
Ecrit par : Thibault | 16.07.2007
LR2007, toutes mes excuses, j'ai mal lu... Et tu as tout à fait raison pour la suite, comme on dit populairement "c'est fait, c'est fait!" :-)
Thibault, je pense que le nom "MoDem" va rester et qu'ils ne vont pas s'aventurer à en lancer un autre
Ecrit par : Jeune MoDem 31 | 16.07.2007
Jeune MoDem 31 > L'intégration de l'UDF dans le Mouvement Démocrate ne risque-t-elle pas une scission entre les centre-droit et les centre-gauche ?
Ecrit par : Thibault | 16.07.2007
A Titi lol
Oui tout à fait...
Ecrit par : Jeune MoDem 31 | 16.07.2007
lol
Il y a peut-être d'autres solutions que le changement de nom, mais si le Mouvement Démocrate doit faire l'alliance de la gauche sociale-démocrate avec la droite démocrat-chrétienne, une action doit être entreprise pour que nouveau parti corresponde à toutes les attentes.
Ecrit par : Thibault | 16.07.2007
Commentaire studieux et appronfondi.. cependant il faut aussi comprendre que F.Bayrou a cree le MoDem pour UNIFIER et se demarquer d'une stucture UDF d'un parti d'annexe, d'annexation (ou d'un parti annexé) comme il a existé depuis sa fondation.
La démarquation sera d'autant plus réussie, par le 'coming-out' de 'qq'un qui ose, prend le risque et qui a eu une vision intelligente de vouloir liberer cet ancrage, afin de le definir pour definitivement l'asseoir comme force démocratique nouvelle instituant (instaurant) de la sorte un courant unique en son genre préambule je pense, en tt cas préméditant à une 6eme constitution.. l'homme a marche sur la lune, F.Bayou canal historique ;) construit qq chose qui demain sera reconnu comme formation de contre pouvoir unique en son genre, et qu'on appellera plus PARTI mais tt simplement MODEM. voilà sur quoi l'UDF devra travailler, se remettre aussi en question mm si c dur, la grandeur candeur et mérite n'en seront que mieux considéré et grandement respectés, et je suis sure (qu'en fonction de la phisolophie bayrouiste) les ambitions seront récompensées pour cela.
Les promesses de Bayrou tiennent, sachez-le une bonne fois pour toute..
mis en avant de ma part.. (impertinent?) et bien j'ose aussi, qui plus est il serait bien de ne pas tout prendre ET! à chaque fois, 'TOUT' dans le mauvais sens..
ndc: réponse générale nullem nominative ceci est un point de vue conceptuel.
am94 (louloute)
[édition du modérateur : doublon supprimé, version corrigée par l'auteur du commentaire conservée]
Ecrit par : modem894 | 17.07.2007
Très bon résumé de la situation et fort juste proposition de solution dans laquelle je me retrouve tout à fait.
Ecrit par : L'Hérétique | 17.07.2007
c'est quand meme terrible que la famille centriste ai pour destin d'être morcellée en sous-composantes.C'était déjà le cas de l'udf d'avant bayrou avec le pr,le psd,le cds, les adhérents directs, les radicaux valoisiens...là c'est encore le cas mais en plus avec en supplément des centristes au nouveau centre et un courant centriste à l'ump...
Ecrit par : romain | 18.07.2007
Oui mais le centre veritable intrinseque qui se construit sur des opinions et non pas seulem sur des valeurs.. se projete au MoDem.. les convictions excessives aveuglent, il ne suffit pas d'etre férut fervent d'un nom de parti, qui + est sans conseder >nombrilisme< de partage, c'est justement bien decrit sur les 'sous composantes' mais en fait ce n'est pas l'habillage la cause, car ce NC (ou le dvrs courant centriste) n'est en fait qu'un habillage, formulation egotique, simple designation pour distinguer quoi, servir qui? L'ineptie l'inflexibilite et le conservatisme pour la distinction, un vide d'imagination, de responsabilite CIVILE pour le service d'un pays, non pas pour le service d'un parti, si ce n'est que penser pour symboliser ou juste avoir un titre (ce qui rappelle, fait penser à du souverainisme tt du moins engage l'idée d'une conception de pensée 'monarquiale'), alors que, le MoDem est a la foi ouvert et exigent: car 'c'est l'acceptation des bonnes volontés qui font l'accord' :) d'autant plus reussit si la sincérité est dans l'esprit, l'esprit dans la comprehension la serenite .. tt ce qui est composante est important mais ecarte et secondaire, l'authentification des egos, cheptels etc est donc remis dans le rang du particularisme qui doit se substituer a un Mouvement (et c ce mouvement 'laique' et oui, qui represente ces particularismes que sont devenues les composantes releguees, pour que nous en arrivions d'une part à l'uniformité, mais aussi à une force d'opinion refondée sur fond de veritable collectivisme sociale solidaire retrouvée (./.) oui, je l'avoue.. il m'arrive d'avoir parfois des écrits un peu troll.. faire le pari genereux osé courageux de retrouver ce tissu social pour travailler et prosperer.. ceci va dans le bon sens, simple formule faite sur la caractéristique qui donne le benefice du calcul sociologique.. l'inverse de l'operation par contre, encourage le protectionisme (peurs, stress-retraits) à plus ou moins long terme, (socioscan du temps défini) n'etant pas la bonne solution ..
qd arreterons-nous d'alimenter l'hemorragie? Quelle politique engagée a les moyens humains de pourvoir à cela? ;)
non au chapelles! l'urgence c'est l'esperance! ceci ne peut se moudre que parce que nous sommes sinceres les uns les autres.. amen lol, pardon .. c'etait le troll du soir, ce soir bon.. modem894 chut stp vi..
Ecrit par : modem894 | 18.07.2007
J'applaudis avec les autres commentateurs ton article et la bonne analyse que tu fais de la situation. POur autant, je ne partage pas la vision parcellisée du futur Modem, source à mon sens de toute sortes de déchirements à terme.
Je pense qu'en travaillant sur les valeurs fondamentales du mouvement, cela pourra rassurer une grande partie des UDF historiques qui craignent aujourd'hui de ne pas se "reconnaître" dans le futur MoDem. Même chose pour Cap21 et toute autre tendance qui pourrait nous rejoindre.
Ce qui sera établi à Seignosse est donc fondamental et sera déterminant quant à a possibilité pour les uns et les autres d'adhérer à un grand centre démocrate sans volonté de "chapelles".
Bonne journée
Marie Laure
Ecrit par : marie laure | 19.07.2007
[édition du modérateur : commentaire retiré à la demande (31.07) de son auteur]
Ecrit par : modem894 | 19.07.2007
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