13.07.2007
Epinal 1946 - 2007 : persistance de la Vème République ou perspectives de renouveau ?
En choisissant la belle cité vosgienne d'Epinal pour son discours sur les institutions, M. Sarkozy place avec une habileté certaine ses talonnettes vernies dans les pas immenses du général De Gaulle. Le grand Charles y avait en effet annoncé sa vision de l'organisation des pouvoirs, dressant ainsi les contours de la Vème République à l'encontre de la IVème naissante (1946).

Aimant colorer sa communication populo-libérale et atlantiste d'une rassurante imagerie gaulliste, Sarkozy signe par conséquent un "remake" de cet évènement fondateur. Or, en réaffirmant la pertinence d'une Vème République dont l'esprit s'est terni dès 1969 (avec la mort politique de son créateur), N. Sarkozy s'inscrit davantage dans l'éloge lénifiant de la tradition que dans cette rhétorique de la "rupture" chère au nouveau président.
Toutefois, conformément aux annonces du premier ministre (voir notre note relative à la déclaration de politique générale de M. Fillon), certains aménagements devraient aboutir à une réforme des institutions préparée par un "comité de sages", ce dernier étant présidé par M. Balladur et renforcé de personnalités de gauche, dont Jack Lang.
Une première crainte s'esquisse ici : ce comité aura-t-il un calendrier serré ou jouera-t-il le miroir aux alouettes jusqu'aux municipales de 2008, histoire de neutraliser les démocrates sur un de leurs terrains de prédilection ?
De même, on peut facilement imaginer que ces modifications de la Constitution n'auront pour seul objectif que la réorganisation des pouvoirs autour du phénomène d'hyper-présidentialisation impulsé par le chef de l'Etat.
Nicolas Sarkozy a rappelé sa demande principale : « que le président gouverne » et qu'il soit « amené à rendre davantage de comptes ». « Je souhaite donc que soit étudiée la possibilité qu'il puisse s'exprimer une fois par an devant le Parlement pour expliquer son action et pour rendre compte de ses résultats. » « Même s'il ne peut y avoir de débat entre le président de la République et la représentation nationale, même s'il n'y a pas juridiquement de mise en jeu de la responsabilité », a-t-il précisé.
Nous avions déjà eu l'occasion, dans la note citée plus haut, d'exprimer des réserves et des doutes sur ce projet de réforme.
Quel serait en effet l'intérêt d'une reddition de comptes sans possibilité d'évaluation et sans responsabilité devant le Parlement ?
Dans les cités grecques de l'Antiquité, tous les magistrats devaient rendre des comptes à l'issue de leur mandat et, responsables devant leurs concitoyens, ils s'exposaient pleinement aux sanctions de leurs pairs.
Ce n'est bien sûr plus le cas dans le projet de M. Sarkozy, qui ne fait que réactiver l'archaïque "discours du trône", vieux colifichet discutable de la monarchie constitutionnelle du XIXe siècle, mais sous la forme très "tendance" d'un exercice d'autosatisfaction et d'autopromotion présidentiel. De la comm' omniprésidentielle, encore et encore. Ad nauseam ...
Le chef de l'État a aussi plaidé en faveur d'une limitation du nombre des mandats du président, et d'un nouveau statut de l'opposition. Il s'est également déclaré en faveur d'un débat sur l'indépendance de la Justice, sur l'introduction de la proportionnelle à l'Assemblée ...
Sur ce dernier point, qui conditionne la crédibilité de la démocratie représentative, il convient de prendre M. Sarkozy au mot et de le pousser sans relâche à aller jusqu'au bout de sa promesse.
Je vous invite par conséquent à apporter votre signature à cette pétition réclamant l'instauration d'élections législatives à la semi-proportionnelle :
http://www.lapetition.com/sign1.cfm?numero=1288
Il y a 218 ans, des hommes et des femmes ont mis leurs vies en jeu pour défendre leurs représentants face à l'arbitraire et à la concentration des pouvoirs.
Serons nous capables de préserver leur héritage en revitalisant les institutions qu'ils nous ont léguées ?

Bon 14 Juillet à tous, et vive la France !
22:42 Publié dans Démocratie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : institutions, Sarkozy, politique, démocratie, MoDem





Commentaires
Avec le discours d'Epinal il y a 2 jours, le Président de la République a fait preuve du volontarisme politique dont notre pays avait besoin depuis (trop) longtemps.
D'ailleurs, au printemps dernier, M. Jean-Marcel Jeanneney (ancien ministre du Général de Gaulle) ne s'y était pas trompé.
La suite ci-après (Nicolas Sarkozy sur les pas du Général de Gaulle) :
http://hugoulin.typepad.fr/rfom/2007/07/nicolas-sarkozy.html
Ecrit par : Jean-Gabriel | 14.07.2007
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