04.05.2009

"Ensemble tout devient possible" ... même critiquer un livre sans l'avoir ouvert

xavierbertrand.jpgSacré Xavier Bertrand !

Invité de "Dimanche soir politique" sur France Inter, le concierge du parti présidentiel a estimé que le nouveau livre de François Bayrou, Abus de pouvoir (Plon) n'était pas très gentil envers Nicolas Sarkozy : "C'est un ouvrage vide de propositions mais rempli de haine".

Il est vrai que les opposants politiques pourraient au moins avoir la courtoisie de ne pas dire de mal du pouvoir en place ... et de détailler toutes leurs idées trois ans à l'avance pour permettre au président de les récupérer (en les dénaturant complètement, bien entendu). Non mais !

Précision fournie par l'agence AP : Xavier Bertrand " a dit ne pas avoir lu ce livre mais avoir pris connaissance des extraits parus dans la presse".

Enfin un homme politique bien informé ! Plus besoin d'ouvrir un livre pour juger de l'intégralité de son contenu ...

J'attends avec impatience son analyse de La Princesse de Clèves !

14.11.2008

En direct du congrès de Reims : le diagnostic des meilleurs spécialistes sur l'état de santé du PS

Il s'agit du "Syndrome des Trois Stooges" :

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Un traitement est-il possible ? Faudrait-il au contraire éviter l'acharnement thérapeutique ?
Les socialistes fourniront leur part de la réponse dès ce week-end, avant le diagnostic définitif, jeudi ...

10.09.2008

En avant l'amnésique ...

Déclaration de Jean Arthuis :

"François Bayrou est focalisé sur l'élection présidentielle. Après avoir développé une stratégie de l'autonomie, il se fait l'apôtre des alliances et vise clairement une alliance avec le PS", a déclaré à l'AFP le sénateur de la Mayenne (Union Centriste-UDF).
"Il serait intéressant de connaître les lignes d'action qui fondent ce rapprochement", a-t-il ironisé estimant qu'"avant de faire des alliances, il faut avoir un projet".
[Source : AFP]


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Première remarque : Si Bayrou est focalisé sur l'élection présidentielle, M. Arthuis ne pense sans doute pas du tout (en nous rasant) aux toutes prochaines élections sénatoriales, où ses amis sénateurs pseudo-centristes auront pourtant bien besoin d'une alliance inconditionnelle avec l'UMP pour retrouver la torpeur oligarchique du Palais du Luxembourg.
Seconde remarque : Si M. Arthuis sous-entend que François Bayrou n'avait pas déjà, depuis 2006-2007, un projet complet visant à créer des plateformes transpartisanes ouvertes aux progressistes des autres camps politiques, c'est qu'il souffre d'une sérieuse amnésie, ce qui est plus handicapant que les acouphènes ... N'avait-il pas, en effet, pris part à la création et à la promotion de ce projet ?

Plus sérieusement, et pour me lancer dans le "buzz" actuel de la main tendue de Bayrou aux autres opposants, je tiens à repréciser certains points :

1. Arthuis ou Raffarin, agents de la Droite élyséenne, ont bien entendu tout intérêt à présenter cette main tendue comme un appel unilatéral à une alliance avec la Gauche socialiste ... et à omettre que cet appel visait également, à l'intérieur de leurs rangs, les Gaullistes et les autres contestataires de la Majorité. A ce propos, l'UMP François Goulard va à nouveau suivre F. Bayrou en votant contre le financement injuste du RSA.

2. Ces mêmes messieurs, en dénonçant des manoeuvres politiciennes, se présentent commes purs et vierges de tels procédés. On verserait presque une larme d'émotion ...

3. Pas besoin de Bayrou pour faire éclater le PS. Les trop nombreux éléphants de ce dernier parti (qui, à force de s'entre-piétiner, finiront par rejoindre leurs homonymes animaux sur la liste des espèces en voie d'extinction) peuvent toujours demander une "clarification" de la position du MoDem, ce sont bien eux qui vivent dans le déni, l'hypocrisie et les faux semblants : ainsi, au gré du vent politique, ils continueront à faire le grand écart entre la social-démocratie des Gracques (tiens, personne n'a parlé de leur Université d'été ?) ou le socialisme libéral de gouvernement d'une part, et les élucubrations démago-guévaristes d'un Besançenot d'autre part. Mesdames et messieurs les socialistes, inquiétez-vous plutôt de la confusion idéologique attrape-tout et gagne-rien qui règne chez vous.

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Delirium Tremens à La Rochelle, gueule de bois à Reims, schizophrénie le reste du temps : quand un éléphant du PS raille la prétendue incohérence du MoDem, c'est l'hôpital qui se moque de la charité ...

4. Lors des dernières élections municipales, j'ai pu constater qu'une alliance de second tour se doit d'être préparée bien en amont, de façon à créer un "pacte de non-agression" démocratique qui, tout en ménageant le parti associé et en évitant les potentiels conflits programmatiques pour ne pas insulter l'avenir, ne rend pas pour autant impossible la concurrence : celui qui arrive en meilleure position prend la tête de l'alliance et, tout en intégrant une partie des idées et de l'équipe de son "concurrent associé", garde la prépondérance.
Ce principe politique simple a été ignoré ou négligé par Ségolène Royal en 2007 : alors qu'elle savait qu'elle ne pouvait battre seule, par ses propres forces, le candidat Sarkozy, elle a commis l'erreur irréparable de dénigrer François Bayrou, en prétendant qu'il n'avait pas de programme viable (voire pas de programme du tout). Dans ces conditions, comment pouvait-elle espérer une consigne de vote explicitement favorable de la part du leader centriste ?
Ce dernier s'est d'ailleurs bien gardé - et, à mon sens, il avait raison - de donner l'image d'un mouvement qui quitte une longue sujétion à la Droite pour mieux devenir un supplétif peu respecté de la Gauche. A ce propos, si vous avez regardé l'émission "Ripostes" de dimanche dernier, vous avez pu vous rendre compte que François Bayrou a avoué à Serge Moati qu'il n'avait voté ni pour Sarkozy (ce que l'on savait déjà) ... ni pour Royal !

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Le Béarnais n'est donc pas du genre à s'aplatir au nom d'alliances de circonstances et, si un front d'opposition devait naître à l'horizon 2012 pour chasser Sarkozy et sa clique de l'Elysée, il ne manquerait pas de préserver l'esprit d'indépendance du MoDem à l'intérieur d'une plateforme commune cohérente (ultra-pragmatique et anti-idéologique sur le plan économique, mais très exigeante et progressiste quant aux droits et libertés individuels et à la séparation des pouvoirs) qui resterait ouverte à tous les républicains de progrès - socialistes, radicaux, gaullistes - qui ne peuvent se satisfaire des dérives et des inconséquences du Pouvoir actuel.


Joseph

23.08.2008

Un essai à lire à la rentrée : Jean Peyrelevade analyse "l'erreur historique" de Sarkozy

Vu sur Le Monde.fr, les bonnes feuilles du nouveau livre de Jean Peyrelevade, Sarkozy : l'erreur historique (Plon, 202 p.), un ouvrage qui promet un réquisitoire intelligent de la politique économique actuelle :

UN DÎNER AVEC RAYMOND BARRE

J'eus la chance d'être invité au printemps 2006... à un dîner chez Michel Rocard, donné en l'honneur de Raymond Barre. Ce dernier, physiquement fatigué, était intellectuellement dans une forme éblouissante. Il monopolisa la parole : non qu'il la prît aux autres convives, ce fut comme un mouvement naturel. Il brossa tout d'abord le portrait haut en couleur des présidents de la République qu'il avait connus, cruel pour Jacques Chirac, admiratif et distancié pour François Mitterrand, élogieux pour Valéry Giscard d'Estaing dont il admirait les éminentes qualités ("narcissique, certes, ce qui l'a perdu. Mais homme d'Etat, sans aucun doute. Narcisse, homme d'Etat").

De là nous passâmes tout naturellement à la situation politique du moment. Nous le sentions désabusé, inquiet de la santé du pays et de l'incapacité des dirigeants politiques à résister à la tentation démagogique. Or aucun redressement ne serait possible sans un langage de vérité dont il apparaissait que bien peu auraient le courage de le tenir. Je l'interrompis un court moment : "Mais enfin, Monsieur, combien de temps la France va-t-elle continuer à s'enfoncer avant de réagir ?" Sa voix descendit ton par ton, syllabe par syllabe, du plus aigu jusqu'au plus grave avec une sorte de point d'orgue sur la dernière voyelle : "Monsieur Peyrelevade, encore un quinquennat." La table éclata de rire.

Je ne pus m'empêcher de le relancer : quel événement voyait-il qui provoquerait le sursaut appelé de ses voeux, après une longue période de gouvernements médiocres : "Les Français se réveilleront, répondit-il sérieusement, quand ils constateront une baisse de leur pouvoir d'achat." J'avoue ne pas avoir très bien compris, sur-le-champ, le sens de cette affirmation. Après quelques mois de présidence Sarkozy, j'en admire la prescience. Les Français croyaient avoir élu un réformateur ? Ils ont choisi un agitateur d'idées qui cache sous un vocabulaire de rupture et une multiactivité vibrionnante la continuité immobile de la démagogie et du laxisme chiraquiens. J'espère simplement que le peuple en prendra conscience avant que son pouvoir d'achat ne diminue vraiment. Mais peut-être suis-je trop optimiste, peut-être est-ce Raymond Barre qui avait raison. (...)

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LE TEMPS ÉCRASÉ

(...) Cet homme (Nicolas Sarkozy), agissant dans une sorte d'urgence perpétuelle, écrase le temps, et d'abord celui de l'effort. Plongé dans l'immédiateté, épousant tous les plis du terrain dans une sorte de vibration permanente, il veut convaincre les Français que chaque réforme leur amènera dans l'instant quelque avantage : l'économie, selon son expression, ne saurait être "sacrificielle". Tout déplacement des lignes doit aussitôt être, dit-il encore, "gagnant-gagnant". Curieuse convergence de vocabulaire avec Ségolène Royal. La gauche fut longtemps incapable de changer en profondeur le pays tant elle croyait à l'existence d'un trésor caché (le mur d'argent, les deux cents familles, les profits de la spéculation financière, ceux des monopoles, les revenus du capital...) dont la découverte et la répartition amélioreraient soudain, sans autre travail, le sort de tous (ce qui la dispensait de réfléchir davantage et la conduisit si souvent à l'échec). Nous avons ici une version plus sophistiquée et donc plus pernicieuse de l'illusion démagogique : il suffirait de modifier l'agencement, la combinaison, des éléments simples qui constituent une économie pour que, sans délai, sans effort, sans plus de sacrifice, chacun trouve son compte à cette permutation. Terrible erreur de diagnostic qui empêche de sortir de la facilité. Comme si le redressement d'une économie profondément déséquilibrée était possible autrement que dans le temps, autrement que par un retour à la rigueur dans la gestion des affaires publiques, autrement que par une renonciation explicite au plaisir équivoque de vivre au-dessus de ses moyens. (...)


L'"ERREUR HISTORIQUE" DE NICOLAS SARKOZY

(...) Le président élu l'a été pour s'être porté fort de la solution de problèmes dont il accusait ses prédécesseurs de les avoir créés par leur immobilisme, leur manque de courage, leur incapacité à agir ! Doté, lui, d'une grande aptitude à l'action, il l'exerce hélas de travers. Ses partisans le félicitent de mettre la France en branle : voulant incarner le changement, il est dans l'exact prolongement des erreurs du passé. Il s'agite de mille mouvements mais sans quitter une seule seconde le couloir où l'enferme son erreur de jugement. Héros des réformes périphériques, il échouera sur la seule qui soit centrale : celle qui rétablirait la compétitivité de notre appareil productif. Loin de résoudre nos difficultés, il va continuer à les aggraver. Loin de la renforcer, il va progressivement étouffer le peu de croissance potentielle qui nous reste. Loin d'augmenter le pouvoir d'achat, il nous conduit vers une stagnation de notre niveau de vie. En ce sens, son erreur est historique comme sera tristement historique son élection par un peuple floué. En ce sens, incarnation de la fausse rupture, de la fausse réforme, il est un leurre, le dernier leurre j'espère avant que le redressement de la France soit enfin engagé. (...)


LE MAL FRANÇAIS


(...) De quelles maladies sommes-nous atteints ? D'un déficit budgétaire qui fait de nous le plus mauvais élève de la classe européenne, d'un déficit record et qui va continuer à s'aggraver de notre commerce extérieur, de pertes de parts de marché considérables à l'exportation, d'un niveau de chômage parmi les plus élevés des pays développés même s'il diminue, enfin d'un taux de croissance insuffisant, lui-même fruit d'un investissement médiocre et d'une productivité par tête trop basse.

Un tel désordre n'est pas conjoncturel mais structurel : le réglage de notre machine macroéconomique est mauvais. Dit plus simplement, nous essayons continûment de vivre au-dessus de nos moyens, en vain bien entendu, et nous payons sans cesse le coût de ce déni de réalité.

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Nulle malédiction, cependant, ne nous asservit à ce triste constat. Mais plutôt, gauche et droite réunies, la longue méconnaissance par nos dirigeants des règles de fonctionnement d'une économie productive. Leur inculture sert trop souvent de paravent à leurs intérêts électoraux. Une pensée unique les anime, la relance par le pouvoir d'achat et la consommation, pensée qu'ils croient favorable au renouvellement de leurs mandats mais nous condamne en fait à une forme de stagnation. François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, en la matière l'immobilisme persistant est hélas plus marqué que la rupture. (...)


L'INVESTISSEMENT,CE MAL-AIMÉ

(...) Le silence règne à propos de l'arbitrage consommation/investissement qui devrait pourtant constituer une question centrale du débat économique. Allons plus loin : à écouter les débats des hommes politiques, on a l'impression que le mot "investissement" est entaché de grossièreté..... Comme si droite et gauche étaient de connivence pour éviter de parler de l'acteur majeur de tout investissement productif, je veux dire l'entreprise, avec ses marges et ses taux de profit. Venant de la gauche française ce n'est, hélas, pas surprenant. De la droite qui nous gouverne, c'est à la fois incompréhensible et inquiétant. (...)


LE MATCH FRANCE-ALLEMAGNE

(...) Ce que l'Allemagne a fait en quelques années, pourquoi serions-nous incapables d'en suivre l'exemple ? Au début des années 2000, elle était aussi malade que nous. Pendant cinq ans, de 2001 à 2005, son déficit public a été supérieur au nôtre, régulièrement à plus de 3 % du PIB. Elle a, en trois ans, remis de l'ordre dans ses comptes sociaux, ramené son budget à l'équilibre, augmenté les marges de ses entreprises, contenu la progression des salaires en dessous de celle de la productivité quand nous restions immobiles. Etait-ce par masochisme qu'elle a consenti tant de sacrifices ? Aujourd'hui, elle a relancé sa production industrielle alors que la nôtre reste désespérément plate, et fournit ses produits au monde entier. Aujourd'hui elle peut, elle, soutenir sa demande interne et la consommation des ménages. Nous avons toujours, quant à nous, une opération douloureuse de redressement des comptes publics à opérer. (...)


2008 NE RESSEMBLE PAS TOUT À FAIT À 1981

(...) L'économie française est aujourd'hui fortement déséquilibrée, autant que celle du François Mitterrand de l'été 1981, avant les plans de rigueur de juin 1982 et mars 1983. Les déficits jumeaux des finances publiques et du commerce extérieur sont presque au même niveau qu'alors. Le premier est identique en pourcentage du PIB (- 2,5 %), le second (- 2 % en 2007 contre - 3,2 % en 1982) légèrement inférieur. Mais, fruit de vingt-cinq ans de laxisme, la dette publique (65 % du PIB) atteint aujourd'hui des niveaux préoccupants quand elle était, au début des années 1980, encore modérée (22 % du PIB).... La France de Sarkozy souffre en 2007 des mêmes maux que celle de Mitterrand en 1981, et pour la même raison : une relance à contretemps. Poussant jusqu'au bout le parallélisme, maints observateurs prédisent l'arrivée prochaine d'un plan d'austérité, les uns pour s'en réjouir de manière un peu hypocrite, les autres pour en conjurer le risque.

Je n'appartiens à aucune de ces deux catégories. Ayant le sentiment légèrement décalé de revivre (mais un quart de siècle plus tard !) une histoire déjà connue, je serais satisfait, dans l'intérêt du pays, de voir le gouvernement le ramener sur le chemin de l'effort et de la rigueur de gestion. Je suis convaincu qu'il n'en sera rien.

La bataille gagnée contre le Mitterrand de mai 1981 et ses "conseillers du soir", ceux qui lui suggéraient de changer de premier ministre, qui lui susurraient des "Vive l'inflation et le flottement de la monnaie", "Vive le protectionnisme et le contingentement des importations", "Vive la croissance par l'augmentation des salaires et des prestations sociales ou par l'investissement public", cette bataille fut gagnée d'extrême justesse, après un dur combat. Ceux qui l'emportèrent eurent à leur disposition trois ingrédients dont la combinaison fut décisive : une contre-équipe fortement constituée, une contre-politique dûment conceptualisée, et surtout l'aide irremplaçable de la contrainte extérieure. Tous trois sont aujourd'hui absents : n'existent dans la majorité actuelle ni la formulation convaincante d'une autre politique économique ni le groupe de femmes ou d'hommes capables de l'incarner. Enfin aucun contre-pouvoir externe ne semble pouvoir obliger au passage à l'acte.

L'équipe tout d'abord. En 1981, elle était dans les murs puisqu'elle formait une partie, la plus éminente par les responsabilités, du gouvernement lui-même. Pierre Mauroy, premier ministre, Jacques Delors, ministre des finances. Excusez du peu ! Ils avaient, par leur action conjointe, le poids politique voulu pour convaincre le président de la République et entraîner derrière eux, nolens volens, le reste du gouvernement traversé de tant de courants et d'ambitions rivales qu'il en devenait incohérent dans la critique, un groupe parlementaire socialiste dépassé par l'enjeu mais conscient de l'impopularité croissante d'un pouvoir élyséen enfermé dans une impasse mortifère, un PS réticent et un PC hostile. Plusieurs indices laissent supposer la lucidité de François Fillon. L'hyperprésidence de Nicolas Sarkozy ne lui laisse aucun espace où faire prospérer son point de vue, encore moins s'opposer. Quant à Christine Lagarde, ce n'est pas lui faire injure de dire qu'elle ne tient pas encore la comparaison, ni politique ni technique, avec son lointain prédécesseur.

La vision macroéconomique ensuite. Philippe Lagayette et Pascal Lamy à Rivoli, Henri Guillaume et moi-même à Matignon servions de relais entre nos patrons politiques respectifs et une administration qui, ayant mis son espoir dans notre tentative de redressement des comptes, nous alimentait sans vergogne et souvent par la voie la plus directe en modèles, études, analyses et chiffrages de toutes sortes. Ainsi ai-je pu répondre de façon argumentée et sur l'heure (je veux dire, en moins d'une journée) à des suggestions aussi admirables que la réduction instantanée de 10 % de toutes les importations par la mise en place de restrictions quantitatives ou le remplacement des banques par la seule Banque de France dans la distribution du crédit afin de faire baisser les taux d'intérêt (la monnaie centrale étant réputée d'un prix de revient nul). Nous étions organisés comme une équipe professionnelle..., en face de joueurs dangereux par leurs initiatives désordonnées mais dotés d'une technique de division inférieure.

La difficulté est aujourd'hui que le capitaine tout-puissant de l'équipe au pouvoir est en matière économique un amateur qui croit être pro. Peut-il être touché par la grâce ? Je ne le pense pas. Rien ne peut se faire sans son assentiment. Changer de schéma impliquerait qu'il reconnaisse son erreur initiale. Je le crois trop sûr de lui et de son jugement, trop ignorant de l'intelligence d'autrui dès lors qu'elle ne rencontre pas ses vues pour admettre qu'il ait pu gravement se tromper. L'économie, à la différence des mathématiques ou de la physique, est pour lui une discipline ouverte au politique, au sens où la vérité ne découlerait pas de chiffres, de modèles et de démonstrations scientifiquement fondées (autant qu'il est possible) mais de l'affrontement dialectique de thèses opposées. Que le meilleur gagne, en quelque sorte : à ce jeu il est, lui, le meilleur. Comme si la plaidoirie permanente d'un avocat trop habile pouvait conduire le tribunal à oublier la réalité des faits. En un mot, je crains son entêtement. Pourquoi pourra-t-il persévérer longtemps dans l'erreur là où François Mitterrand fut obligé de céder au bout de quelques mois ? Pour une raison simple : l'euro a fait disparaître la contrainte extérieure. (...)


L'EURO ANESTHÉSIANT

(...) Chaque pays de la zone, par définition, a renoncé à sa monnaie nationale et à la gestion souveraine de ses réserves de change... Cette solidarité de fait... explique seule que la tranquille affirmation de François Fillon, premier ministre de la République, annonçant urbi et orbi : "L'Etat français est en faillite", n'ait entraîné aucune conséquence... En d'autres temps, lorsque nous étions sous régime de monnaie nationale, une telle sortie... eût entraîné aussitôt fuite de capitaux, épuisement des réserves en devises et envolée des taux d'intérêt, ce qui aurait obligé le gouvernement à une soudaine dévaluation et à l'adoption du plan de redressement associé. L'euro, qui a par ailleurs tant d'avantages, est donc un formidable anesthésiant. Il masque notre impéritie, à nos propres yeux plus encore qu'à ceux des tiers. (...)

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LES PLUS RICHES

(...) On ne remet pas tout un pays en ordre sans demander un effort aux plus fortunés. Mais à une double condition : que cette contribution exceptionnelle à la solidarité nationale ne devienne ni définitive ni punitive. On peut penser à instaurer une ou deux tranches marginales supplémentaires à l'impôt sur le revenu, de façon clairement affichée comme provisoire. Pour bien marquer qu'il n'y a là aucune sanction à caractère idéologique, aucune volonté discriminatoire, on pourrait en profiter au passage, en contrepartie symbolique, pour supprimer l'impôt sur la fortune... Cette suppression de tout impôt récurrent sur le patrimoine justifierait que soit partiellement redurci le barème des droits de succession... S'agissant des stock-options, leur suppression pure et simple et leur remplacement par une forme de rémunération certes incitative mais moins dépendante des aléas boursiers devraient à mon sens être retenus.

06.01.2008

MMVIII

Chers lecteurs,

C'est après un mois d'une absence blogosphérique émaillée de nombreux doutes, enthousiasmes, désillusions, découragements, espoirs, colères ...etc. que je reprends la plume (ou, plutôt, le clavier) pour vous souhaiter à tous une excellente nouvelle année, une année 2008 non seulement riche en bonheur pour vos proches et pour vous-mêmes, mais également abondante en succès dans tous vos projets.

Certains d'entre vous auront remarqué que ce blogue a connu un changement "cosmétique".
Je peux déjà vous dire que cette mue, superficielle en apparence, annonce des changements plus profonds quant à l'orientation de ce carnet de bord électronique, orientation qui n'est pas sortie indemne de ce mois de réflexion.
Pas indemne certes, mais, paradoxalement ... renforcée.
Ainsi, à la paisible et plutôt consensuelle "Orange démocratique" des temps de fondation et de spéculation succède à présent l'"Orage démocratique" des temps d'action et de confrontation : plus indépendant sur le fond et dans le ton, moins "modémocentré" et modéré, mais toujours - et plus que jamais - farouchement démocrate.

A bientôt,

Joseph