07.02.2010

Candidate NPA : il n'y a pas que le voile qui me choque

ilham moussaid.jpgLargement devancé dans les sondages par un Front de Gauche bien moins sectaire (et pourtant !), le NPA d'Olivier Besancenot est en train de perdre sa place de meneur de l'extrême-gauche. Acculé à la surrenchère populiste à destination d'un certain électorat, le parti anticapitaliste a voulu refaire surface par une provocation : présenter une candidate voilée sur sa liste du Vaucluse.

C'est un bon coup politico-médiatique : le NPA surfe ainsi sur les remous d'un débat sur l'identité nationale qui a tourné au - mauvais - débat sur l'Islam en France.

Mais c'est surtout un mauvais coup porté à la République : le voile n'est pas qu'un indice anodin d'une opinion religieuse vouée, dans un État laïc, à la sphère privée. Celle qui l'affiche ostensiblement n'est pas une Maghrébine de la première génération, à peine arrachée à des traditions ancestrales et patriarcales vaguement justifiées par la religion. Ilham Moussaïd est au contraire une Française qui a choisi de s'opposer à notre République laïque et indivisible en revendiquant le communautarisme confessionnel. A l'avant-garde d'un combat d'arrière-garde ...

Au-delà de ce signe anti-laïc, un autre "détail" vestimentaire me choque : le keffieh. Souvent arboré par les extrémistes de gauche (et par nombre de "rebelles à la mode"), ce foulard est avant-tout l'emblème de la lutte des Palestiniens contre l'État d'Israël.

Je ne veux pas ouvrir le débat sur la légitimité de cette cause (les Palestiniens cisjordaniens devraient effectivement avoir droit à un véritable État, à côté d'Israël, conformément aux résolutions initiales des Nations unies) ou sur l'illégitimité de certaines méthodes qui ne font que desservir cette juste cause (le terrorisme aveugle des extrémistes de la bande de Gaza, contre lesquels les Israëliens, mais aussi les autorités palestiniennes légitimes, ont le droit et le devoir de se défendre).

Je ne veux pas participer à ce débat car j'estime qu'il ne concerne pas les Français. Les Français israélites et les Français musulmans , ainsi que tous les autres, n'ont pas à prendre parti dans ce conflit. Il n'y qu'un seul parti valable : celui de la paix, qui passe par un compromis qui permettrait à deux États de se côtoyer enfin en bonne intelligence.

Les Français qui s'amusent à souffler sur les braises du conflit israélo-palestinien, que ce soit par leurs déclarations irresponsables ou par un "détail" vestimentaire qui pourrait paraître anodin, entretiennent artificiellement des ferments de division dont notre République pourrait se passer.

En attaquant la Laïcité et l'indivisilibilté développées depuis la Révolution française et propres à notre régime depuis plus d'un siècle, les "anti-capitalistes", ces faux révolutionnaires, montrent enfin leur vrai visage : celui de l'anti-républicanisme, celui de la contre-révolution communautariste.

03.02.2010

"Sauf que" ...

" Autonomes au 1er tour, nous pourrons le rester au second, sauf que comme tous les autres nous ne nous interdisons pas d'examiner une stratégie qui renforcerait éventuellement nos positions au Conseil Régional. "

Tels sont les propos que Claude Bellei, tête de liste en région Lorraine, et Nathalie Griesbeck, coordinatrice régionale (autoproclamée) du MoDem, tiennent en réponse à Luc Binsinger, ex-président du MoDem meurthe-et-mosellan. Ce dernier, en rejoignant la liste UMP, a affirmé que les têtes de liste et chefs de file désignés arbitrairement par les instances supérieures préparaient une fusion de second tour avec la liste socialo-communiste.

Je trouve que leur réponse n'est pas un démenti mais bien une confirmation des intentions qui leur sont prêtées.

Leur "sauf que comme", qui vous écorchera les oreilles si jamais vous lisez leur phrase à voix haute, indique bien qu'une hypothèse de fusion est envisagée. Non pas en vue d'un stratégie "qui renforcerait nos positions" (rappelons qu'il n'y actuellement aucun élu MoDem au CR), mais en vue d'un ruée vers les places. Nous sommes déjà habitués, au MoDem, à ce désolant spectacle : quelques opportunistes se servent du MoDem pour mieux aller "à la soupe" de l'UMPS, jetant ainsi aux orties nos idées originales et notre indépendance.

Un tel comportement, joint à un mépris total des militants (tel qu'il s'exprime actuellement, lors d'un vote interne opaque qui n'est qu'un hypocrite plébiscite de plus), est destructeur pour l'image et l'efficacité de notre Mouvement.

Nous aurions du rester fidèles à l'indépendance qui a fait notre force en 2007. Pour ma part, je reste hostile aux démarches visant à renforcer le clivage droite-gauche, et je me refuse de faire du MoDem un supplétif muet des deux "gros" partis, différents par leurs idéologies de façade mais semblables par leur conservatisme et par leur incapacité à constituer une alternative d'avenir.

J'appelle les militants du MoDem à la loyauté, à la fidélite. Non pas en faveur d'un appareil infesté par les ambitions personnelles, mais en faveur de nos valeurs, de nos idées et de notre liberté.

Joseph

30.01.2010

Régionales en Lorraine : mon pronostic

En septembre dernier, j'avais déjà établi un premier panorama des forces en présence. Celui-ci n'a pas radicalement évolué, mais l'approche de la clôture du dépôt des listes lève déjà quelques incertitudes , nous permettant ainsi d'y voir un peu plus clair. Les chiffres que je donne - fruits de mes propres estimations - sont bien entendu à prendre avec précaution : en politique, rien n'est jamais totalement joué avant le scrutin.

 

PREMIER TOUR

* L'armée de réserve de la Gauche : les listes d'extrême-gauche

Philippe Leclercq.jpgIl devrait y avoir au moins trois listes à l'extrême gauche. Celle de Lutte Ouvrière (qui pourrait récolter environ 1,5 %), celle du NPA (environ 3 %) et celle du Parti de Gauche (environ 3,5 %). Comme d'habitude, l'extrême-gauche est éparpillée "façon puzzle", LO et NPA n'arrivant pas à s'accorder sur une liste commune (ils l'avaient pourtant fait en 2004), tandis que le Parti de Gauche,  mené par l'ex-Vert Philippe Leclercq [photo ci-contre] mais séparé des communistes, semble prêt à composer avec la majorité sortante pourvu qu'elle ferme ses portes aux centristes.

Une liste unitaire aurait pu approcher les 10 % et réussir ainsi à exercer une pression sur les sortants PS-PCF. Ces derniers ont donc tout à gagner de l'émiettement de leur gauche : ils pourront récupérer 6 ou 7 points au second tour, sans avoir à négocier avec les candidats éliminée.

* Les sortants : la liste socialo-communiste conduite par Jean-Pierre Masseret (PS)

masseret.pngDeux phénomènes devraient jouer en faveur de la liste PS-PCF. Le premier est la prime au sortant (grâce au conformisme et au conservatisme borné d'une grande partie de l'électorat). Le second est le calendrier : les élections de mi-mandat sont généralement défavorables au pouvoir en place au niveau national.

Cette liste, menée par le sénateur Jean-Pierre Masseret, arrivera probablement en tête du premier tour, avec près de 28 % des voix.

* Les redoutables amis des sortants : la liste Lorraine-Ecologie conduite par Daniel Béguin (Les Verts)

Daniel Béguin.jpgRassemblés sous le signe de l'écologie (même si quelquesuns sont plutôt des écolos du lendemain ou de vagues gauchistes), les Verts et leurs alliés sont là pour négocier en position de force leur fusion de second tour avec le PS. Ils seront probablement en mesure de le faire : je leur attribue, à l'heure actuelle, autour de 12 %. Soit plus que le seuil de maintien (ce qui leur permettra d'exercer une pression considérable sur le PS, qui pourra compter sur un renfort conséquent), mais moins qu'aux européennes, en raison d'un mode de scrutin différent (il y a deux tours, et l'électeur sait qu'ils fusionneront avec les sortants) et d'un contexte politique différent : en juin 2009, la Droite et ses auxiliaires voyaient d'un bon oeil l'émergence d'un parti capable d'affaiblir Bayrou et de ringardiser davantage le PS ; en 2010, ils s'en méfient davantage.

Une autre liste écologiste, celle de l'AEI (dont la principale composante est le MEI de Waechter) "pèse", à mon avis, 2,5 %.

* Un centre à réaffirmer : la liste MoDem conduite par Claude Bellei

claude bellei.jpgOn va dire que je me répète (et on aura raison), mais je persiste à dire que le MoDem doit clairement annoncer aux électeurs qu'il ne fera d'alliance avec personne à l'issue du premier tour, qu'il conservera, coûte-que-coûte, l'indépendance qui faisait sa force en 2007. Actuellement, de nombreux signaux tendent à faire penser à l'électeur que le MoDem serait plutôt socialo-compatible, adoptant presque une posture à la "PRG". La radiation de Luc Binsinger, qui rejoint la liste de Droite, s'est faite en des termes qui démontrent une réelle imperméabilité à l'UMP ... sans appliquer un discours parallèle au PS.

Je suis convaincu que cette démarche peu compréhensible ne nous mènera nulle part : les électeurs qui voulaient d'une liste 100 % indépendante seront troublés et ne voudront pas signer de chèque en blanc (ou en orange) au premier tour. Dans ces conditions, l'accès au second tour sera précaire : avec environ 6 % des voix, Claude Bellei ne sera pas en mesure de négocier autre chose qu'un ou deux strapontins. Les sortants préféreront dérouler le tapis rouge aux Verts et donner des gages "d'union de la gauche" aux électeurs d'extrême-gauche (souvenez-vous de municipales à Paris). De plus, tout accord ferait exploser l'électorat du MoDem : seule une bonne moitié des voix du Centre se reporterait sur la Gauche au second tour (souvenez-vous des présidentielles), et Masseret est bien conscient de cela.

LaurentHenart.jpg* Une droite plutôt unie mais sans réserve : la liste UMP conduite par Laurent Hénart

Laurent Hénart, membre de l'aile radicale de l'UMP aura réussi à fédérer presque toute la droite autour d'une liste d'ouverture (ralliement de membres du MoDem, accord avec le PRG). Il y aura cependant une autre liste à droite, sous l'égide de Debout La République, le mouvement gaulliste de Nicolas Dupont-Aignan (DLR pourrait, à mon avis, atteindre 2 %).

Quoi qu'il en soit, l'effet "mi-mandat" devrait empêcher Hénart d'arriver en tête au premier tour. Avec environ 24 %, il réaliserait un score honorable, pas très loin de celui du PS. Mais le plus dur restera à venir, sans renfort en vue à l'horizon.

* Un populisme xénophobe revigoré mais désuni : les listes d'extrême droites menées par Thierry Gourlot (FN) et Annick Martin (MNR)

thierry-gourlot.jpgLe FN aura bénéficié gratuitement d'une campagne de lancement sans précédent, financée par l'Etat à l'initiative de l'ex-socialiste Eric Besson. Le débat sur l'identité nationale (suivi de celui sur la Burqa) aura en effet requinqué une extrême-droite qui a toujours été préoccupante en Lorraine. Le maintien au second tour de la liste Gourlot pourrait cependant être précarisé par l'existence d'une liste concurrente plus "identitaire", formée à partir des dissidences du parti des Le Pen, et fondée explicitement sur l'islamophobie ambiante (avec une campagne anti-minarets). Mon pronostic : 11 % pour le FN, 2 % pour le MNR.

 

SECOND TOUR

* Liste Masseret : la victoire et une large majorité au Conseil régional (48 sièges sur 73), avec 55 % des exprimés du second tour.

* Liste Hénart : mission (mathématiquement) impossible, vu la faiblesse des réserves de voix (un ou deux points du Centre, pas beaucoup plus de l'extrême-droite). Une seconde place sur le podium est prévisible, mais avec seulement 31,5 % des exprimés. Soit 17 sièges (un de plus qu'en 2004).

* Liste Gourlot : 13,5 %, soit huit sièges (moins qu'en 2004).

Pour résumer, je prévois - à l'heure actuelle - un maintien des rapports de force politiques actuels au Conseil régional de Lorraine.

16.01.2010

Régionales : Sarkozy souhaite-t-il vraiment un succès de ses listes ?

A moins d'un mois de la clôture du dépôt des listes, Nicolas Sarkozy et ses lieutenants affichent des ambitions plutôt modestes. Le Chef de l'Etat considère ainsi comme une performance suffisante la conservation par son parti de deux régions sur vingt-deux : « Si on ne gagne rien numériquement, mais qu'on remporte l'île-de-France et la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, ça ira ».

Il sait en effet que ces élections ne seront pas favorables à l'UMP, et ce pour plusieurs raisons :

- la prime au sortant : les socialistes détiennent toutes les régions moins l'Alsace et la Corse ;

- le mode de scrutin, à deux tours : avec ses listes de concentration de la droite (Nouveau Centre, Villieristes, Radicaux ...), l'UMP peut espérer faire de bons scores au premier tour (autour de 30 %), mais elle n'aura quasiment pas de réserve de voix pour le second ;

- le caractère d' « élection intermédiaire » de ce scrutin, souvent défavorable au pouvoir en place au niveau national ;

- la remontée prévisible du FN, qui pourrait bien rejouer le trouble-fête à l'occasion de plusieurs triangulaires, privant ainsi le parti présidentiel d'une fraction importante de ce vote d'extrême-droite qu'il souhaitait pourtant maîtriser.

Au fond, Nicolas Sarkozy souhaite-t-il vraiment quelques succès régionaux à son parti ? Ce n'est pas si sûr ...

En effet, dans un contexte aussi défavorable à l'UMP, une victoire locale, nécessairement isolée, de ce parti ferait du nouveau président de région un héros providentiel de la droite et ... un présidentiable potentiel. N'oublions que les ambitions présidentielles de Ségolène Royal ont été propulsées par sa victoire symbolique (dans le fief poitevin du Premier ministre de l'époque) aux régionales de 2004. Le triomphe de Royal avait sonné le glas des "éléphants" du PS.

Face au risque de l'émergence d'un nouveau concurrent (alors que Villepin échafaude sa dissidence et que Copé piaffe d'impatience), qu'il faudrait torpiller ou amadouer, Sarkozy préférera peut-être subir une petite gifle aux régionales. De toute manière, les vainqueurs, s'ils sont contraints d'alourdir la fiscalité régionale, ne seront guère populaires en 2012.

05.12.2009

Identité nationale : le débat n'a pas dérapé

Non, le débat sur l'identité nationale n'a pas dérapé, n'en déplaise à ceux qui commentent la sortie un peu "dupont-lajoyeuse" du maire UMP de Gussainville sur TF1 : le débat lancé par Eric Besson est resté bien droit dans ses rails, qui sont ceux de la tentative de récupération par l'UMP sarkozyste de l'électorat populiste et xénophobe.

Je l'ai déjà rappelé dans une précédente note : l'utilisation politique de l'expression "identité nationale" a été inventée par Charles Pasqua en 1988, quand le mentor neuilléen de Sarkozy conseillait Jacques Chirac. Souhaitant récupérer les voix de Le Pen, Pasqua organisa une rencontre stratégique entre le candidat du RPR et le président du Front national et, surtout, il conseilla au candidat Chirac de jouer la dialectique de l'identité nationale contre l'immigration, liée aux affres du chômage et de l'insécurité, lors du débat télévisé du second tour. Mitterrand, qui releva avec amusement le "clin d'oeil" du candidat de droite à l'électorat d'extrème-droite, remporta finalement le scrutin grâce aux voix de l'électorat modéré.

Cela fait donc plus de vingt ans que la droite essaie d'amadouer l'électorat frontiste avec l'appât de l'identité nationale. En vain ... jusqu'en 2007, quand Nicolas Sarkozy remporta la présidentielle après avoir annoncé la création d'un ministre de l'Immigration et de l'identité nationale.

Le débat orchestré par Eric Besson n'est que le prolongement logique et l'approfondissement de cette tactique. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant d'entendre ou de lire quelques propos franchement xénophobes. Ils ne sont que l'écume d'un plan soigneusement établi et destiné à faire ses preuves aux régionales (notamment en région PACA, où le rapporteur du projet de loi fichant génétiquement les immigrés défendra les couleurs de l'UMP sur des terres assez favorables à Le Pen) et à encourager de nouveaux ralliements en vue de la présidentielle de 2012.